• - Réfugiés belges : le documentaire

    Le documentaire sur la famille belge réfugiée pendant la guerre de 14-18 à Graulhet a été diffusé sur l’antenne de la deuxième chaine flamande  le 2 mai 2017. Voici le lien pour le  visionner...même si c'est en langue flamande. 

    https://www.canvas.be/video/een-trieste-maar-vrolijke-tijd 

    Votre blog est partie prenante dans cet événement puisque Monsieur DEPOORTERE a écrit pour MEMOIRES DE GRAULHET le récit de sa famille et permis la publication de photos. L'Association Mémoire Sociale Graulhétoise également puis que Monsieur Robert PY - membre de cette association - a fait d'importantes recherches auprès des Archives Départementales du Tarn et Madame Line MAZENS - Co-Présidente de cette Association - a servi de guide dans les lieux graulhétois, témoins du passé de cette famille belge réfugiée .

    JUIN 2016
     

    Monsieur Johan Depoortere et son épouse sont venus à Graulhet le lundi 27 juin 2016 et ont pu (re)voir les lieux où la famille a vécu. Ils ont également rencontré Madame Monique MAUREL (ici en photo entre Madame et Monsieur DEPOORTERE), descendante de la famille SICARD ainsi que Line MAZENS co-présidente de l'Association Mémoire Sociale Graulhétoise et de Monsieur Robert PY membre également de cette association.

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Madame Monique MAUREL en photo entre Madame et Monsieur DEPOORTERE

    LA PRESSE FLAMANDE

    Suite à l'article paru  dans la Dépêche du Midi , le quotidien flamand HET NIEUWSBLAD a consacré une page à l'histoire de la famille Thevelein en titrant
    " Je veux savoir qui a aidé ma mère à survivre à la guerre "

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    LA PRESSE TARNAISE

     

    - Réfugiés belges : la suite....

    L'article signé Gérard DURAND paru dans la Dépêche du dimanche 3 juillet 2016.

    Un ancien journaliste belge sur la trace de ses aïeux

    Pour contacter Johan Depoortere, pour d'éventuels renseignements,  jdpwash@gmail.com. /DDM.G.D.

     Pour contacter Johan Depoortere, pour d'éventuels renseignements, jdpwash@gmail.com.

    Il était venu à Graulhet à 19 ans, avec sa mère en route pour Lourdes. À 72 ans Johan Depoortere, a refait la route dans le seul but de retrouver la trace de ceux qui ont accueilli ses grands-parents, durant 5 ans, il y a 100 ans. «Quand en juillet 1914 la guerre éclate, ils fuient leur village de Flandre Occidentale, pour prendre le bateau pour l'Angleterre, et au terme d'un long voyage indécis la famille Thevelein se retrouve à Graulhet. Elle est logée dans une maison modeste de la rue St Jean. Deux fils sont mobilisés, un autre travaille à la mégisserie, les filles vont à l'école. L'accueil a été chaleureux.». L'ancien journaliste international à la télévision belge flamande s'y est rendu, dès son arrivée. «C'est une quête d'histoire et de lieux, un pèlerinage familial !».

    La ville a accueilli de nombreux réfugiés belges

    Il y a quelques années, il avait retrouvé les correspondances d'après-guerre entre ses aïeux revenus au pays et un industriel graulhétois, Lucien Sicart qui semble avoir joué un rôle essentiel dans l'hébergement des réfugiés. «Je me rends compte que très peu de gens ici, savent que la ville a accueilli des réfugiés belges durant la Première Guerre Mondiale. Mes recherches, relayées par le blog d'histoire locale «Mémoires de Graulhet » pour l'instant restent vaines. J'ai rencontré ce mardi Madame Monique Maurel, qui est la petite fille du frère de Lucien Sicart. J'ai appris peu de chose, elle connaissait peu son grand-oncle. Il me manque beaucoup de détails qui me permettraient de me faire une représentation plus complète de ce qui s'est passé il y a plus d'un siècle». Recherches de moments finalement heureux dans le Tarn, avant le retour fin 1919 à Westrozebeke, dévasté par la bataille d'Ypres toute proche. «Tout était à reconstruire. Mais mon grand-père avant de partir avait enterré ses économies au pied d'un pommier. Il y était toujours miraculeusement à son retour. Cette chance les a aidés à reconstruire et repartir». Un périple qui intéresse la télévision belge qui envisage de réaliser un sujet.

    Retrouvez l'article : Réfugiés belges à Graulhet en 1914 

     


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  •  - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Avant-propos

    J'ai été contacté sur ce blog par Monsieur Johan Depoortere originaire de Belgique dont la famille s'est réfugiée pendant la Première Guerre mondiale à Graulhet.A ma demande il a retracé cet épisode familial et a bien voulu me fournir des photos et des lettres personnelles.Si vous avez connaissance d'événement similaires dans votre famille à Graulhet ou ailleurs, n'hésitez pas à nous communiquer ces éléments, nous vous mettrons en rapport avec Monsieur Johan Depoortere.

    En fin de page retrouvez l'article paru dans la Dépêche le 3 juillet 2016

    TÉMOIGNAGE INEDIT

    -----------------------------
    C' ÉTAIT UN TEMPS QUI QUOIQUE TRISTE ÉTAIT GAI....

    Par un hasard extraordinaire il s'est formé une ligne historique entre le village flamand de Westrozebeke en Belgique et la ville de Graulhet dans le département du Tarn en France. Quand en juillet 1914 la Première Guerre éclate, Westrozebeke (Flandre Occidentale) est une communauté rurale paisible d'environ un millier d'habitants, mais le conflit mondial ne tardera guère à bouleverser et même, vers la fin, à totalement détruire le village, qui se trouve à une vingtaine de kilomètres d'Ypres, un des principaux théâtres de la guerre. Quand les Allemands entrent le 20 octobre 1914 la plupart des habitants, dont mes grand-parents s'étaient déjà réfugiés vers la frontière française, à une trentaine de kilomètres à l'Ouest. L'approche des Allemands avait été précédée par le récit des atrocités commises par eux dans le reste de la Belgique.


    Westrozebeke en 1914. Peu après l'occupation allemande en Octobre 1914 le village était désigné village de repos et hospitalier pour les soldats allemands du front. Les quelque 200 habitants qui sont restés seront évacués en Janvier 1915

    Mon grand-père, Henri Thevelein (né en 1861), un cordonnier et épicier, enterrait ses économies en pièces d'or dans le jardin et chargeait ce qu'il pouvait sur une carriole avant de se mettre en route avec son épouse Louise (Ludovica) d'Hondt (née en 1863) et neuf de leur dix enfants, trois garçons âgés respectivement de 12, 22 et 26 ans et sept filles entre 5 et 20 ans. Une d'elles, Bertha de dix ans, sera ma mère. La fille aînée, Marie, se trouvait déjà au Sud du Pays, en Wallonie, où comme beaucoup de jeunes filles flamandes de l'époque elle avait trouvé de l'emploi, dans son cas dans le château d'une famille noble à Ottignies. On peut imaginer l'angoisse des parents et des enfants en quittant leur village pour une destination inconnue et un futur tout à fait incertain. Sans doute auront-ils cru que la guerre ne durerait pas longtemps – c'était l'opinion générale que les troupes des alliés victorieux seraient de retour à la maison à la Noël au plus tard. Néanmoins l'incertitude devait peser lourdement à l'approche de l'hiver et la perspective d'un voyage vers l'inconnu.

    Il est probable que, passés la frontière, les Thevelein se sont dirigés vers le port de Dunkerque où ils ont embarqué dans un navire de transport avec destination – supposaient-ils - l'Angleterre, où beaucoup de Belges trouvaient refuge. Ma mère me racontait que le passage était misérable. Ils se trouvaient dans la cale où avant la guerre on transportait des chevaux. Ils dormaient sur la paille souillée. La mer était fort agitée et tous étaient malades. Quand finalement au bout de quelques jours ils débarquèrent ils n'entendirent à leur grand étonnement pas parler anglais mais français: ils se trouvaient dans le Midi de la France au lieu de l'Angleterre. Finalement la famille nombreuse arrivait en train dans la petite ville de Graulhet, un centre de mégisseries et de tanneries dans la région Albigeoise. Quelle doit avoir été la désorientation et le choc culturel pour ces gens qui n'avaient jamais auparavant quitté leur pays natal et qui se trouvaient dans un environnement complètement étrange avec une langue et des coutumes inconnues.

     La famille Thevelein peu après leur arrivée à Graulhet. Debout: Hypoliet (26), Irma (18), Alida (20), Camille (22), Marthe (15). Assis de gauche à droite: Julia (5), Alphonse (12), Augusta, (9) Henri (53), Bertha (ma mère 10), Louise (51)

    Comment les réfugiés Belges – à part ma famille il y en avait d'autres – étaient répartis de par le pays, comment le transport, le logis et le moyens de subsistance étaient organisés, je l'ignore. Ce qui est certain c'est que Henri et sa famille ont reçu un accueil chaleureux à Graulhet. Ils étaient logés dans une modeste maison dans le quartier Saint Jean. Les garçons aînés, Hypoliet et Camille ne sont pas restés longtemps. Ils étaient mobilisés et vont passer le reste de la guerre dans les tranchées du front de l'Yser. Ils survivront à la guerre. Le fils cadet, Alphonse, allait bientôt travailler dans une des mégisseries. Les filles cadettes allaient à l'école, probablement l'école Gambetta, école laïque pour filles. Ma mère était une bonne élève et une de ses instructrices l'encourageait à étudier et devenir institutrice. Mais mon grand-père, qui était conservateur n'en voulait rien entendre: les études c'était pour les riches et certainement pas pour les filles.

     Ma mère, Bertha Thevelein, devant la maison de son enfance à Graulhet en 1963

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Aujourd'hui en 2016 (photo LM)

     

     Devant l’École Gambetta avec mon père et une amie à elle. (1963)

    C'est alors que des liens d'amitié se sont noués entre les familles Thevelein et celle des Sicard, ingénieurs et industriels à Graulhet. Là encore il me manquent beaucoup de détails sur le caractère exacte des rapports entre les deux familles, mais les lettres écrites par Lucien Sicard après la guerre et adressées aux filles aînées Alida, Irma et Marthe laissent entrevoir une amitié profonde. Lucien Sicard avait marié à Félicie Ayral en 1908. Il avait 31 ans au début de la guerre, son épouse en avait 27. Lucien apparemment dirigeait l'entreprise de son père Marius: “Atelier de Constructions Mécaniques Marius Sicard & Fils.” Il n'est pas clair si Alida, Irma et Marthe étaient d'une certaine façon employées par les Sicard, ou si simplement elles passaient du temps avec le jeune couple. Ou peut-être vivaient-elles de façon quasi permanente chez Félicie et Lucien ?

     La maison Sicard (ou l’Atelier ?) 9, rue Saint Jean (1963)

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Aujourd'hui  le 9 rue Saint -Jean

    Les lettres affectueuses que Lucien écrit après la guerre peignent un tableau de soirées joyeuses et insouciantes passées ensemble, parfois avec de petites mesquineries. Le 8 Avril 1920, Lucien écrit: “Tous les jours nous parlons de vous autres. Nous disons l'an dernier à pareille époque nous faisions cela et j'ajoute de temps à autre: 'Nous nous amusions beaucoup lorsqu'en tapant sur la table je faisais crier Irma, ou que nous frisions Marthe ou que nous lui étirions les bas. Tout cela était du bon temps, on rigolait bien même quand je mettais des haricots sous le cou d'Alida, ou bien des jetons.” Le 6 Août Lucien décrit avec nostalgie la fête du 14 Juillet à Graulhet: “La fête du 14 Juillet qui a eu lieu a été très belle. L'illumination était magnifique. Un feu d'artifice a été tiré pendant que la musique jouait et un grand bal a clôturé la fête. Il y avait beaucoup de danseurs. Mais il n'y avait pas Marthe Thevelein comme l'an dernier.”

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Lucien et Félicie SICARD
    (photos collection personnelle MM)

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Si les données dans les lettres de Lucien sont exactes, les Belges doivent avoir quitté Graulhet vers la fin de l'année 1919. Henri, le père de famille envoie Alida, la fille aînée qui est restée avec la famille, en reconnaissance à Westrozebeke – probablement en Octobre ou Novembre . Alida déconseille à ses parents de retourner. Le village a été complètement rasé de la carte lors de la dernière offensive de la guerre sur le front d'Ypres. Les quelques habitants qui sont revenus habitent dans des baraques misérables. Mais Henri, qui a toujours eu le mal du pays, est impatient et veut retourner vers son village coûte que coûte. Six mois plus tard, le 6 Août 1920, Lucien écrit: “Toujours je me rappellerai le matin de votre départ. Toute la journée j'ai été triste. Le matin, devant la porte lorsque je vous ai fait mes derniers adieux j'étais très angoissé et je regrettais beaucoup votre départ car depuis le temps que vous étiez chez nous il me semblait impossible qu'il vous faille nous quitter.”

     La famille Thevelein en 1918. Debout: Bertha (14), Irma (22), Marthe (19), Alphonse (16), Alida (24), Augusta (13). Assis: Louise (55), Julia (9), Henri (57)

    Les Thevelein prenaient donc le chemin du retour, à contrecœur en ce qui concerne les filles et peut-être aussi ma grand-mère qui s'était bien adaptée à la vie en France et qui jouissait pleinement du soleil méridional, du vin et des fruits exotiques tels que les melons, les oranges et les figues – inconnus dans son Westrozebeke natal d'avant la guerre. Mais le retour dans un village en ruines produisait un choc énorme. Ni une maison était restée debout. Pendant un ou deux ans ils vivaient dans une baraque au milieu de la boue en hiver, la poussière en été.

     Westrozebeke en 1918 après la dernière offensive de la guerre

    A son arrivée Henri cherchait frénétiquement le coffret avec ses épargnes qu'il avait enterré dans le jardin. Comme par miracle, la cache était toujours dans le même endroit sous le pommier, intacte.

    C'est sans doute ce qui lui permettait de construire une nouvelle maison et de relancer l'épicerie.

     Ma grand-mère Louise, Irma, Bertha ma mère et Hypoliet devant la nouvelle maison et épicerie en 1925

    A Graulhet aussi, l'après-guerre apportait ses problèmes de crise économique et sociale. On en trouve des échos dans les lettres de Lucien Sicard. En avril 1920 par exemple: “La mégisserie marche bien mais il y a un peu moins de demandes. Les ouvriers avaient demandé de gagner 120 francs par semaine et les femmes 80. Les patrons n'ont pas accepté.” En août de la même année il est plus sombre: “Les peaux finies ne se vendent pas du tout. Toutes les usines sauf celles qui travaillent à la façon ne font que 4 jours par semaine. Si cela ne s'arrange pas bientôt je crois que cette année-ci il y aura de la misère.”

     Et la situation ne s'arrange pas. Dans une lettre non datée: “Le chômage dure toujours et rien n'indique qu'il prenne fin sous peu. Malgré cela le cinéma marche et les cafés sont remplis de clients. On ne dirait pas que beaucoup parmi eux travaillent que quelques jours par semaine. Ils se privent à la maison mais n'hésitent pas à aller dépenser au café ce qui leur ferait grandement besoin chez eux.” On voit que c'est le patron qui parle!

    Qu'a signifié le passage des réfugiés Belges à Graulhet? Est ce que tout le monde était aussi accueillant comme les Sicard ? Quels moyens de vivre avaient ces déplacés de guerre, est ce qu'il y avait de l'aide sociale? Comment se portaient les autorités? Ce sont des questions auxquelles il est difficile après plus d'un siècle de trouver des réponses. En plus: comment les habitants de Graulhet et d'autres endroits en France se rapportent-ils vis-à-vis des réfugiés de guerre et les chercheurs d'asile maintenant? Seraient-ils toujours aussi généreux? Je sais que ma famille a toujours été reconnaissante de l'accueil chaleureux qui leur était réservé par les gens de Graulhet. Les lettres de Lucien Sicard démontrent qu'il y avait une sympathie sincère et même de l'amitié pour une famille démunie de tout. Était ce un cas exceptionnel ou plutôt général ?

    De la part de la famille Thevelein la sympathie était réciproque. Il est vrai que mon grand-père ne s'est jamais réconcilié avec son exil. Il ne faisait aucun effort à apprendre le français et selon la tradition orale de la famille il restait assis devant la maison des heures entières, le regard fixé sur le Nord. Il y a cette anecdote selon laquelle Henri réparait les souliers des Graulhétois. Un jour un bonhomme vient chercher ses chaussures ressemelées et à sa question combien il doit Henri répond brusquement en flamand: “ne franc” - ce qui veut dire: “un franc.” Le client stupéfait exclame: “Neuf francs! Mais monsieur Thevelein, ils ne sont quand-même pas d'argent vos clous?” Grand-mère Louise par contre s'adaptait admirablement au pays qui les avait accueillis si généreusement. Elle serait sans doute volontairement restée en France comme beaucoup de ses compatriotes qui y ont reconstitué une nouvelle vie après la guerre. Le chef de famille en a décidé autrement.

    Comme ma grand-mère, ma mère, Bertha Thevelein, a conservé de son passage à Graulhet de meilleurs souvenirs. En 1963 elle est revenue à Graulhet où elle a visité les lieux de son enfance: la maison dans le quartier Saint-Jean, l'école, la maison des Sicard. En fait, elle m'a souvent assuré que ses années en France étaient les plus heureuses de sa vie. Cela malgré les horreurs de la guerre et malgré les angoisses pour les deux frères aînés qui se trouvaient au front. C'était comme l'exprime Lucien dans une de ses lettres “un temps qui quoique triste était gai.”

    Johan Depoortere
    Journaliste à la retraite

     Note de l'auteur: Il est évident que beaucoup de détails de cette histoire restent dans l'obscurité. Je remercie les Graulhetois qui m'ont aidé dans mes recherches afin de reconstituer ce qui s'est passé il y a plus de cent ans, particulièrement MM. Robert PY de l'Association Mémoire Sociale Graulhétoise et François MAZENS du Blog Mémoires de Graulhet Je serais extrêmement reconnaissant aux lecteurs qui puissent me fournir plus de détails sur l'histoire de ma famille ainsi que celle des Sicard et plus généralement des réfugiés de guerre 14-18.

    LETTRES DE
    MONSIEUR LUCIEN SICARD

    par Monsieur Johan Depoortere

    Après la guerre Lucien Sicard a écrit plusieurs lettres à la famille Thevelein qui avait passé cinq ans environ à Graulhet, et surtout aux sœurs aînées Alida, Irma et Marthe. Une partie de ces lettres a été conservée. Ce sont des textes parfois émouvants qui témoignent d'une amitié sincère entre deux familles d'origines géographiques et sociales tellement diverses. Ce sont d'autre part des documents historiques qui nous parlent d'évènements et de la vie quotidienne d'après-guerre dans une petite ville du Midi.Lucien évoque comme on l'a vu la situation économique et sociale assez pénible du début des années vingt. (Les porcs sont très chers, l'on dit qu'ils valent environ 400 francs les 50 kg.”) Mais il parle aussi des inondations qui ont coûté la vie à deux personnes à Albi, des mariages et des naissances, du vendange et du prix du vin.  Comme ici par exemple: “Ma belle-mère est venue nous voir à l'occasion de la foire. Elle a apporté des pêches énormes, ainsi que des amandes. Les raisins commencent de murir. Il y a même certaines qualités qui sont complètement mûres.” Et d'ajouter cette note nostalgique: “Quel dommage que vous ne puissiez venir les ceuillir comme vous le faisiez l'an dernier.”  Ou encore: “Les vendanges sont maintenant terminées. Le vin est bon et il y en a eu beaucoup. On le vend 1 franc le litre au détail. (...) Quel dommage que vous ne soyez pas là chères amies comme vous vous régaleriez avec du vin nouveau et des châtaignes.”

     Lucien mentionne aussi les autres Belges qui se trouvaient dans la région:

     “Yvonne Papaïs va se marier avec le fils du boulanger de Saint-Mémy, celui chez qui était ce Belge qui a été tué pendant la guerre.”

    Il y a quelque temps que je n'ai pas vu les Belges qui sont chez Tignol."

    La semaine prochaine Madame Claessens et son mari partent pour la Belgique, ils vont passer un mois à Anvers. Nous sommes très bien avec eux. Vous voyez par là que nous avons un attachement tout particulier pour les Belges.”

    Les cancans ne manquent pas non plus: “Je crois qu'Adrienne Puech va se marier avec le fils de la Gazaniole, celle qui portait une fois le lait pour celle des Voûtes. Vous voyez que ce n'est pas son premier bon ami qu'elle se marie, c'est le quatrième ou cinquième. L'on dit que Cécile doit se marier, mais dans six ou sept mois”

    Je crois que Tine(?) et Berthe Plo si elles ne sont pas en famille ne tarderont pas a en être.”

    Comme toujours dans des lettres de ce genre il y a question de la santé. Lucien a eu quelques ennuis:

    Une barre de transmission pesant un 110 Kg m'est tombé sur le pied gauche. L'ongle du gros orteil a du être enlevé. Je vous assure que j'ai souffert."

    La description d'une opération effectué sur la table de la cuisine est hilare et donne une idée de l'état de la médecine au début des années vingt du siècle passé:

    Le lundi 29 Mars le docteur m'a fait une opération. Il m'a fait disparaitre une bosse qui m'était survenue au bas-ventre il y a près de deux ans à la suite d'un coup que j'avais reçu. (...) seule Félicie assistait à l'opération et faisait passer au docteur ce qu'íl demandait. Une fois sur la table il m'a recouvert de linges bouillis ne laissant à nu que la partie à opérer. Puis sans m'endormir il m'a piqué la partie à opérer pour l'insensibiliser, cela avec de la cocaïne, après m'avoir passé de la teinture de iode.”(...)

    Après l’opération:

    on m'a mis au lit après de l'avoir bien chauffé et mis des bouillotes. On m'a fait boire du café très fort."

    LES LETTRES EN FAC-SIMILE
    parfois incomplètes
     

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    JUIN 2016

    Monsieur Johan Depoortere et son épouse sont venus à Graulhet le lundi 27 juin 2016 et ont pu (re)voir les lieux où la famille a vécu. Ils ont également rencontré Madame Monique MAUREL (ici en photo entre Madame et Monsieur DEPOORTERE), descendante de la famille SICARD en compagnie de Line MAZENS co-présidente de l'Association Mémoire Sociale Graulhétoise et de Monsieur Robert PY membre également de cette association.

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    Le quotidien flamand HET NIEUWSBLAD a consacré une page à l'histoire de la famille Thevelein en titrant
    " Je veux savoir qui a aidé ma mère à survivre à la guerre "

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

     - Réfugiés belges à Graulhet en 1914

    L'article signé Gérard DURAND paru dans la Dépêche du dimanche 3 juillet 2016.

    Un ancien journaliste belge sur la trace de ses aïeux

    Pour contacter Johan Depoortere, pour d'éventuels renseignements,  jdpwash@gmail.com. /DDM.G.D.

     Pour contacter Johan Depoortere, pour d'éventuels renseignements, jdpwash@gmail.com.

    Il était venu à Graulhet à 19 ans, avec sa mère en route pour Lourdes. À 72 ans Johan Depoortere, a refait la route dans le seul but de retrouver la trace de ceux qui ont accueilli ses grands-parents, durant 5 ans, il y a 100 ans. «Quand en juillet 1914 la guerre éclate, ils fuient leur village de Flandre Occidentale, pour prendre le bateau pour l'Angleterre, et au terme d'un long voyage indécis la famille Thevelein se retrouve à Graulhet. Elle est logée dans une maison modeste de la rue St Jean. Deux fils sont mobilisés, un autre travaille à la mégisserie, les filles vont à l'école. L'accueil a été chaleureux.». L'ancien journaliste international à la télévision belge flamande s'y est rendu, dès son arrivée. «C'est une quête d'histoire et de lieux, un pèlerinage familial !».

    La ville a accueilli de nombreux réfugiés belges

    Il y a quelques années, il avait retrouvé les correspondances d'après-guerre entre ses aïeux revenus au pays et un industriel graulhétois, Lucien Sicart qui semble avoir joué un rôle essentiel dans l'hébergement des réfugiés. «Je me rends compte que très peu de gens ici, savent que la ville a accueilli des réfugiés belges durant la Première Guerre Mondiale. Mes recherches, relayées par le blog d'histoire locale «Mémoires de Graulhet » pour l'instant restent vaines. J'ai rencontré ce mardi Madame Monique Maurel, qui est la petite fille du frère de Lucien Sicart. J'ai appris peu de chose, elle connaissait peu son grand-oncle. Il me manque beaucoup de détails qui me permettraient de me faire une représentation plus complète de ce qui s'est passé il y a plus d'un siècle». Recherches de moments finalement heureux dans le Tarn, avant le retour fin 1919 à Westrozebeke, dévasté par la bataille d'Ypres toute proche. «Tout était à reconstruire. Mais mon grand-père avant de partir avait enterré ses économies au pied d'un pommier. Il y était toujours miraculeusement à son retour. Cette chance les a aidés à reconstruire et repartir». Un périple qui intéresse la télévision belge qui envisage de réaliser un sujet.

     

     


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     - Un Graulhétois périt dans le sous-marin JOULE en 1915

     - Un Graulhétois périt dans le sous-marin JOULE

     - Un Graulhétois périt dans le sous-marin JOULE

    Le 1er mai 1915, le sous-marin JOULE a coulé dans le détroit des Dardanelles, après avoir touché une mine au cours d'une tentative d'attaque contre des bâtiments ennemis dans les parages de Nagara, 29 tués dont le commandant Lieutenant de Vaisseau Louis Aubert Du Petit-Thouars de Saint-Georges.

    Parmi les victimes un graulhétois né le 19 mars 1891 : Yves Armand Louis BLANC (son nom figure sur le Monument aux Morts)

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE - Un graulhétois

     LE SOUS - MARIN

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE - Un graulhétois

    LE SOUS-MARIN

    Le "Joule" (Q-84) est un sous-marin de Type "Brumaire".


    Le type "Brumaire" (ce sont des "Pluviôse" à moteurs diesels) comprend 16 exemplaires.
    Ils sont fabriqués selon les plans Laubeuf aux Arsenaux de Cherbourg, Rochefort et Toulon. Ce sont des submersibles à double coque. Ils sont différents des type "Brumaire" également par des formes extérieures retouchées par M. Fenaux. Ce qui améliore la vitesse ainsi que par le remplacement de 248 éléments d'accumulateurs de 360 kilos chacun par 124 éléments de 560 kilos chacun. Ordonné le 29 Octobre 1906, mis sur cale le 01 Novembre 1906, lancement le 07 Septembre 1911, il est mis en service le 10 Mai 1912. 1914 : basé à Brindisi, il effectue des patrouilles en Adriatique. Il participe au blocus de Cattaro. Mars 1915 : il est affecté à Moudros (Grèce) avec le "Bernoulli". Le 01 Mai 1915, le "Joule" est sous les ordres du Lieutenant de Vaisseau Aubert Dupetit Thouars de Saint Georges , lorsqu'il se perd corps et biens. On pense qu'il a heurté une mine, les Turcs ayant signalé une explosion dans les parages des détroits. Il n'y a aucun survivant. On recueillit plus tard, le réservoir d'une de ses torpilles.

    L’ÉQUIPAGE / LES DISPARUS

    LISTE DES DISPARUS

     

    L.V. (Commandant ) Aubert DUPETIT THOUARS de SAINT GEORGES
    E.V. (Officier en second) FORTOUL Gustave Louis
    Q.M.( Quartier maître) ALLANIC Jules
    Q.M. ARHURO Charles
    Q.M. BLANC Yves
    Q.M. BORREIL Samuel
    Q.M. BOULIC Michel
    Q.M. CANN François
    Q.M. CASTANDET Armand
    Q.M. CASANAVE Pierre
    Q.M. COLOME Louis
    Q.M. FLOURET Angel
    Q.M. GARNIER Adrien
    P.M. GROSSETETE Émile
    Q.M. HAGNOUS Jean
    S.M. HIPEAU Edmond
    Q.M. HORELLOU Corentin
    S.M. JEANTET Antoine
    Q.M. KORNER Victor
    Q.M. LAMOTTE Henri
    Q.M. LE GROUIEC Aristide
    S.M. MADOUAS Ambroise
    Q.M. PLEGLION Paul
    Q.M. PETRISSANS Jean
    Q.M. PIGEAULT Hippolyte
    Mlot PINGAL André
    Mlot SALAUN Gaston
    Q.M. SEGUINEAUD Firmin
    Mlot SEPTVANTS Charles
    S.M. SOLIER Alphonse
    Q.M. VAN PETEGHEM Charles

     RÉCIT

    ...." Jusqu'au début de mars 1915, Louis du Petit Thouars reste à Bizerte où il travaille avec acharnement à la mise en état de son sous-marin. Le travail effectué, il prend alors la mer et reçoit la mission de croiser en Adriatique pour surveiller et surprendre les mouvements de la flotte autrichienne devant Cataro où il se trouve à plusieurs reprises en situation difficile.

    Lors de l'expédition des Dardanelles, il est appelé, le 15 avril 1915, à faire partie des forces navales sous les ordres de l'amiral Boué de Lapeyrère, et, le 28 avril, il reçoit l'ordre d'accomplir une mission périlleuse à l'intérieur des détroits : torpiller des transports turcs. Le Joule part le 1er mai pour ne plus revenir. Le 2 mai, un bâtiment anglais, l'Agamemnon envoyé à sa recherche, recueillait en surface un réservoir d'air comprimé ayant appartenu au sous-marin.

    Tout semblait indiquer que celui-ci, ayant heurté une mine dérivante, avait été ouvert en deux par l'explosion, et enseveli avec tout son équipage...."

    AUTRE RÉCIT

    Gérard Garier, dans son ouvrage : L’odyssée technique et humaine du sous-marin en France Tome III A l’épreuve de la Grande Guerre, page 148 relate la perte du Joule ainsi :

    "Le 18 avril, le Bernoulli et le Coulomb se rendent à Tenedos pour une surveillance hypothétique de la sortie des grands navires turcs ou allemands des Dardanelles. Pendant ce temps, du Petit-Thouars ronge son frein et proteste auprès de l’amiral Guépratte de l’inaction entretenue. De Robeck accepte, mais le commodore Roger Keyes émet une réserve sur la qualité de notre matériel pour ce genre d’opération, ce en quoi il a absolument raison. Du Petit-Thouars enrage. Le Bernoulli et le Joule continuent leur lassante faction, [la surveillance du détroit] tandis que deux sous-marins alliés ont pour mission de remonter le détroit jusque dans la mer de Marmara. Enfin, le 28 avril, l’officier de sous-marins français le plus ancien dans le grade le plus élevé reçoit de la part du commandant en chef britannique fervent de cette opération, un message destiné à l’amiral de Robeck et dont voici la traduction : "Informez le plus ancien des officiers de sous-marins français que, s’il considère la chose comme possible, un sous-marin pourra essayer de passer le détroit pour attaquer les navires entre Chanak et Nagara demain ; il devra revenir sitôt l’opération effectuée. Je désire savoir à quel moment il se propose de donner dans le détroit et quand il compte revenir. Avisez-le que deux sous-marins de la classe E [britanniques] ont dépassé Nagara." Le commandant du Joule ne cache pas sa joie et propose même à Defforges, [le commandant du Bernoulli] qui est l’officier le plus ancien, de prendre sa place.

    Message à l’amiral :

    "Le sous-marin Bernoulli entrera dans le détroit le 29 avril à 3 heures du matin et reviendra après le coucher du soleil, si possible." Comme prévu, le Bernoulli passe devant Kilid-Bahr [en face de Chanak sur la rive d’Europe] à 7 heures. Il est canonné par les Turcs et s’essaie au torpillage d’un torpilleur ennemi. Après Chanak, aucun navire ennemi n’est en vue. A force de lutter contre le courant, ses accumulateurs se sont vidés.  Le commandant du Bernoulli s’exprime ainsi :

    "Mon voyage n’est pas intéressant. J’ai été servi par une veine incroyable pour ne trouver ensuite que l’éternel torpilleur que l’on tente en vain d’attaquer."

    Le 30 avril, l’amiral adresse aux Français un message similaire au précédent :

    "Un autre sous-marin français peut, s’il le désire, exécuter les ordres contenus dans mon précédent télégramme."

    Cette fois, c’est au tour de du Petit-Thouars et du Joule. Il se fait donner tous les détails de l’expédition par Defforges qui expédie le message suivant :

    "Le sous-marin Joule entrera dans le détroit le 1er mai à 3 heures du matin et reviendra avant le coucher du soleil."

    Et tout se passe comme prévu. Sauf qu’au coucher du soleil, le Joule n’est pas rentré et il ne rentrera plus jamais. Le Joule est perdu corps et biens.  A deux heures du matin, [le 2 mai, donc] un message ennemi en clair donne : "Un sous-marin a sauté sur une mine en voulant forcer les détroits…"

    Les registres des pertes (en bâtiments) du SHM le donne perdu le 1er également, ceux des pertes en hommes ne portent pas de mention de date et lieu de disparition. 

    PORTRAIT DU LIEUTENANT DE VAISSEAU

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE

     Louis Aubert du Petit Thouars de Saint Georges

     Louis-Félix-Edmond-Marie Aubert du Petit Thouars de Saint-Georges est né à Loudun, le 7 février 1882, deuxième fils de Georges-Charles-Henri.  Il se destine tout jeune encore, par goût et par tradition de famille, à la carrière de marin. Une maladie grave contractée à Cannes où il passait l'hiver en 1894 avec ses parents, le conduit à toute extrémité. Résistant à l'attaque du mal, il se rétablit malgré toute espérance et reprend ses études dans le sein de sa famille. Sous la direction de l'abbé Lombard, devenu son précepteur, il travaille avec assuidité. Sa vocation pour la carrière de marin s'étant précisée en même temps que sa santé s'était affermie, sa mère se décide à se séparer de lui et à l'envoyer à l'école des Jésuites, à Saint-Hélier (Jersey) pour y suivre les cours de préparation à l'Ecole Navale.  A la suite d'une brillante préparation, il est reçu à l'Ecole Navale à l'âge de 17 ans où il entre le 1er octobre 1899, 18e sur 100 admis. Il en sort le 1er août 1901, avec le n°11, aspirant de 2e classe et effectue une croisière comme tel à bord du navire école, le Duguay-Trouin.  Promu aspirant de 1ère classe, le 5 octobre 1902, il embarque sur le Montcalm, escadre d'Extrême-Orient, puis sur la canonnière Vigilante (même escadre).  Enseigne de vaisseau, le 5 octobre 1904, il rentre en France et est embarqué sur le Condé, escadre du Nord, le 1er octobre 1905, puis sur le Léon Gambetta en 1906 jusqu'en septembre 1907.  Il repart alors en Extrême-Orient, embarqué sur l'aviso-transport Manche, commandant Rageot de la Touche, en mission hydrographique, division navale d'Extrême-Orient, jusqu'en mars 1908. Détaché au service hydrographique à Paris, du 7 avril au 7 juillet 1908.  Il embarque, le 27 juillet 1908, comme second sur le contre-torpilleur Cognée de l'escadre de la Méditerranée, sous les ordres du commandant Ollivier, y reste jusqu'en juin 1910 et, à suite d'une demande, il entre aux sous-marins de Bizerte, le 7 août 1910, à bord de la Circé, commandant en second jusqu'au 12 décembre 1911.  Promu lieutenant de vaisseau le 26 décembre 1911, il reçoit le commandement du sous-marin Monge du 1er juillet 1912 jusqu'à la fin de 1914. En congé de trois mois, l'ordre de mobilisation générale le rappela à Toulon. Il est alors adjoint, le 2 août 1914, au commandant du torpilleur de haute mer le Dehorter, à la tête d'une escadrille de sous-marins. En novembre 1914, il reçoit le commandement du sous-marin Joule à Bizerte. Jusqu'au début de mars 1915, Louis du Petit Thouars reste à Bizerte où il travaille avec acharnement à la mise en état de son sous-marin. Le travail effectué, il prend alors la mer et reçoit la mission de croiser en Adriatique pour surveiller et surprendre les mouvements de la flotte autrichienne devant Cataro où il se trouve à plusieurs reprises en situation difficile. 
    Lors de l'expédition des Dardanelles, il est appelé, le 15 avril 1915, à faire partie des forces navales sous les ordres de l'amiral Boué de Lapeyrère, et, le 28 avril, il reçoit l'ordre d'accomplir une mission périlleuse à l'intérieur des détroits : torpiller des transports turcs. Le Joule part le 1er mai pour ne plus revenir. Le 2 mai, un bâtiment anglais, l'Agamemnon envoyé à sa recherche, recueillait en surface un réservoir d'air comprimé ayant appartenu au sous-marin.Tout semblait indiquer que celui-ci, ayant heurté une mine dérivante, avait été ouvert en deux par l'explosion, et enseveli avec tout son équipage.

    Ainsi disparu à l'âge de 33 ans, entre Chanak et Nagara, Louis Aubert du Petit Thouars. Dans l'accomplissement de l'inexorable mission de combat qu'il avait reçu de ses chefs, il fit preuve d'une ardeur, d'une sérénité, d'une abnégation complète, apanage naturel des grandes âmes et des grands chefs. Dans un geste d'admirable générosité et de profonde pitié pour ceux qu'il emmenait avec lui à une mort à peu près certaine, l'héroïque commandant, avant de partir, confiait à sa mère adorée en quelques lignes d'adieu la noble mission de remettre, aux familles de tous ceux qui le suivaient, une somme d'argent qu'il prélevait sur son propre patrimoine, léguée aux descendants des héros dont il était le chef sublime. Magnifique manifestation de solidarité du chef et des exécutants devant le sacrifice accepté pour la Patrie.

      - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE*

    Louis AUBERT DU PETIT THOUARS de SAINT GEORGES
    le troisième à gauche sur le rang 2.

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    Texte de la citation à l’ordre de l’Armée -  (Journal officiel du 6 août 1915)

    « Le sous-marin JOULE a trouvé une fin glorieuse le 1er mai 1915 au cours d’une mission périlleuse dans le détroit des Dardanelles. Ayant touché une mine, a disparu avec tout son équipage ». Le sous-marin JOULE, parti pour franchir les détroits des Dardanelles et exécuter une reconnaissance offensive entre Chanak et Nagara le 1er mai, n’a pas reparu. Une dépêche ennemie, interceptée le 2 mai, informe qu’un sous-marin a sauté sur une mine en tentant de forcer les détroits.  

    Le JOULE est donc tombé au champ d’honneur au cours de l’exécution de sa mission.

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE

     

    L’ÉQUIPAGE

    AUBERT DUPETIT-THOUARS de SAINT GEORGES (L.C.M.F.), Lieutenant de vaisseau, commandant

     FORTOUL (G.L.), Enseigne de vaisseau, officier en second,
     GROSSETETE (Emile), premier-maître électricien, Saint-Malo, n° 4.881,
     HIPEAU (Emmont), second-maître électricien, Toulon, n° 5.839,
     SOLIER (Alphonse), second-maître patron pilote, Dinan, n° 939,
     JEANTET (Antoine), second-maître torpilleur, Bordeaux, n° 9.559,
     MADOUAS (Ambroise), second-maître mécanicien, Toulon, n° 5.158,
     KORELLOU (ou HORELLOU) (Corentin), quartier-maître électricien, Brest, n° 12.956,
     KORNER (Victor), quartier-maître électricien, 96.541-2,
     LE GROUIEC (Aristide), quartier-maître électricien, Paimpol, n° 26.693,
     CANN (François), quartier-maître électricien, 87.120-2,
     COLOME (Louis), quartier-maître électricien, 43.835-5,
     ARHURO (Charles), quartier-maître de manœuvre, Auray, n° 4.586,
     GARNIER (Adrien), quartier-maître de timonerie, 13.861-4,
     SEPTVANTS (Charles), matelot électricien, T.S.F., 31.118-1,
     SALAUN (Gaston), matelot électricien, 94.098-2,
     BOULIC (Michel), quartier-maître torpilleur, 83.629-3,
     CASANAVE (Pierre), quartier-maître torpilleur, 46.096-5,
     ILEGLION (Paul), quartier-maître torpilleur, 50.856-5,
     PETRESSANS (Jean), quartier-maître torpilleur, Bayonne, n° 953,
     PIGEAULT (Hippolyte), quartier-maître mécanicien, Cherbourg, n° 3.242,
     VAN PETEGHEM (Charles), quartier-maître mécanicien, 21.939-3,
     LAMOTTE (Henri), quartier-maître mécanicien, 31.044-1,
     ALLANIC (Jules), quartier-maître mécanicien, 20.798-3,
     SEGUINEAUD (Firmin), quartier-maître mécanicien, 13.577-4,
     BLANC (Yves), quartier-maître mécanicien, 20.341-3,
     FLOURET (Angel), quartier-maître mécanicien, 47.466-5,
     BORREIL (Samuel), quartier-maître mécanicien, 23.308-3,
     HAGNOUS (Jean), quartier-maître mécanicien, Bordeaux, n° 10.103,
     CASTANDET (Armand), quartier-maître mécanicien, 57.988-5,
     PINGAL (André), matelot cuisinier, 35.604-1,

     du sous-marin JOULE.

    Ont fait preuve d’un grand héroïsme en accomplissant une expédition des plus périlleuses. Sont morts à leur poste engloutis avec leur bâtiment.

    LE DETROIT DES DARDANELLES

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE - Un graulhétois

    Le détroit des Dardanelles est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de « Dardanelles » (et d'« Hellespont ») désignait les régions situées de part et d'autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd'hui le détroit lui-même.

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE

    Monument commémoratif aux sous-mariniers - TOULON
    Situé à l'entrée du parc de la Tour Royale - " A la mémoire des sous-mariniers morts en service commandé "   Photo Laetitia FILIPPI 

    LA FICHE DU GRAULHETOIS DISPARU DANS LE SOUS-MARIN

     - 01/05/1915 - Sous-marin JOULE - Un graulhétois

    Identification
    Nom : BLANC Prénoms : Yves Armand Louis
    Informations militaires et Résistance
    Conflit : 1914-1918
    Grade, unité : Quartier-maître mécanicien - [Marine] - Joule (1911-1915)
    Sous-marin coulé le 1er mai 1915 dans les détroits des Dardanelles, après avoir touché une mine au cours d'une tentative d'attaque contre des bâtiments ennemis dans les parages de Nagara, 29 tués dont le cdt LV Louis Albert Dupetit-Thouars de Saint-Georges,
    Matricule au recrutement : 20341 - 3
    Naissance
    Date : 19/03/1891
    Département : 81 - Tarn
    Commune : Graulhet

    Adresses : En dernier Graulhet (81)
    Décès
    Date : 01/05/1915  (24 ans)
    Département : 998 - En mer
    Commune :
    Lieu, complément :
    Genre de mort : Mort lors du naufrage
    Mention Mort pour la France : Oui
    Jugement
    Date : 20/01/1919
    Département : 83 - Var
    Commune : Toulon

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