• - Soeur Saint-François -Soeur Mitraillette !

     - Soeur Saint-François - Soeur Mitraillette !

     - Soeur saint-François

    S’intéresser à la personne de la Sœur Saint-François, nouvelle personnalité à intégrer le panthéon des illustres graulhétois sur ce blog, c'est rentrer de plein pied dans autre monde, une autre époque, une époque héroïque ! De Toulouse à Bordeaux, de François Mauriac aux maquis tarnais, des USA à la Rue Pasteur à Graulhet ...la Sœur Saint-François n'est pas une femme comme les autres !

    - Soeur saint-François- Soeur Saint-François

    NAISSANCE à TOULOUSE - ADOLESCENCE à BORDEAUX CHEZ LES MAURIAC !

    Celle qui deviendra en religion Sœur Saint-François est née Marie-Louise Murat à Toulouse le 13 juin 1899 d'une mère célibataire Uranie Louise Murat qui l'a reconnue, une mère modeste immigrée espagnole. L'avenir de Marie-Louise s'annonce difficile, c'est pourquoi sa mère l'envoie dans une famille bourgeoise à Bordeaux chez le Docteur Pierre Mauriac, frère du célèbre écrivain François Mauriac. Marie-Louise grandit à Malagar, leur propriété bordelaise, accompagne souvent l'illustre académicien à la messe dominicale, s'occupe des enfants de chacun. François Mauriac entend Marie-Louise vouloir devenir infirmière. Il pense la confier à la Communauté des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, compagnie de soignantes, qui ont un idéal de religieuses mais sont exemptées de tout ce qui faisait alors les conditions de la vie religieuse : la clôture, le voile, les vœux solennels mais dans les années 1920 le recrutement est saturé, s'offre alors la voie des sœurs de Massac-Séran et la congrégation des " Pauvres Filles de Jésus". Marie-Louise passe une adolescence baignée dans un milieu imprégné de religion : François Mauriac a décidé d'être un écrivain catholique et pense que l'éducation des jeunes filles passe par le couvent, il agit avec Marie-Louise comme il le ferait pour sa fille c'est pourquoi Marie-Louise Murat va devenir Sœur Saint François de la congrégation des " Pauvres Filles de Jésus" François Mauriac son parrain spirituel.

    L’ENTRÉE EN RELIGION

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    Marie-Louise entre à la congrégation de Massac en 1922, le 7 septembre 1931 elle prononce ses vœux définitifs. A partir de 1923 son diplôme d’État d’infirmière en poche elle débute à la clinique Jaur à Albi pour rejoindre un an après la clinique Pasteur à Perpignan où elle reste six ans. De 1930 à 1932 ce sera à Port Bou puis Béziers à la clinique Pasteur. En 1934 elle rejoint Sœur Sophie et Sœur Timothée à l'Hospice de Graulhet, qui influenceront d'une manière indéniable l’œuvre de charité chrétienne à laquelle se vouera Sœur Saint-François. L'Hospice devient son lieu de vie.

    A L'HOSPICE DE GRAULHET

    Sœur Sophie est née Élisabeth Marfaing le 16 juillet 1851 à Gestiés dans l'Ariège, c'est dans un orphelinat de Perpignan qu'elle débute, en 1874 elle est déléguée à Graulhet en qualité d'adjointe à la directrice avant d'occuper elle-même cette responsabilité. Son dévouement est total pendant l'épidémie de la petit vérole en 1889, pendant la grande grève de 1909-1910 et surtout pendant la guerre de 14-18. Elle sera récompensée par la médaille de bronze pour services rendus à l'Assistance publique. Sœur Sophie décède en 1937, ses obsèques ont lieu le 27 janvier 1937 au Cimetière Saint-Roch.
    Sœur Timothée est la propre sœur de Sœur Sophie, née Philomène
    Marfaing le 9 janvier 1864 à Gestiés, elle rejoint l'Hospice de Graulhet en 1882 pour y devenir supérieure également. Elle décédera le 24 novembre 1953. Quant à la Sœur Saint-François toute sa vie elle œuvrera pour les nécessiteux, octroyant soins et conseils, n'hésitant pas à bousculer par ses façons les règles établies en allant par exemple quêter au domicile des riches pour aider au soin. Elle assiste les malades jusqu'au bout comme Monsieur Elie Théophile maire de Graulhet.

    HÉROÏNE DE LA RÉSISTANCE TARNAISE

    En 1940 Sœur Saint-François est directrice de l'Hospice graulhétois, une nouvelle équipe municipale a été mise en place par l’État français : Jean Imart est le nouveau maire. Comme partout en France la situation est difficile, certains vont prendre le maquis et d'autres (la majorité) vont continuer leur vie normale en luttant secrètement et dans la clandestinité, en aidant les maquisards dans leur lutte quotidienne : Sœur Saint-François en fait partie. Dès 1940 la Sœur transporte des plis relatifs au camouflage d'armes et de munitions récupérés lors de la démobilisation des troupes, elle entre en contact avec Jean Roux de Mazamet un des chefs de la Résistance du Sud du Tarn. Vers la même époque elle est en relation avec Fernand Farssac adjoint à Lautrec. Elle transmet des plis et remet de fausses pièces d'identités, transporte des armes, des munitions, ravitaille les maquisards ....A partir de novembre 1942 elle entre en Résistance, elle passe donc dans la clandestinité et devient un agent de liaison, elle a eu plusieurs fois à accomplir des liaisons difficiles entre divers maquis et notamment les maquis Tout-Y-Va de Fernand Farssac, le groupe Vendôme du Colonel Pierre Vandeven , le réseau américain Mission Jean, le maquis graulhétois Lulu des groupes Vény avec pour chefs le lieutenant Lucien Pélissou et le commandant Naudy. A la Libération elle obtiendra le certificat d'appartenance aux Forces Françaises de l'Intérieur. La Sœur Saint-François participera pendant ces sombres années à un nombre important d'opérations souvent périlleuses, en risquant sa vie à de nombreuses reprises. Son statut de religieuse et son ample robe de bure lui facilitaient sa tâche d'agent de liaison. Elle y transporta même en pièces détachées une mitraillette. On la surnommera Sœur Mitraillette !

    Extrait de Notes et Mémoires de guerre de Fernand FARSSAC dit Toutyva (document rédigé par Gérad Farssac fils de Fernand Farssac qui résume l'action de son père entre 1940 et 1944)

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    © Notes et mémoires de guerre -  ajl.celeonet.fr/docs/Farsactexte.doc
    Disponible sur internet ( merci)

    A la fin de la guerre en 1946, elle part aux USA retrouver un maquisard qui faisait partie du maquis graulhétois (le sergent André Boulet) mourant pour le rapatrier, mais il meurt quelques semaines après son retour en France. La presse nationale s’intéresse à cet événement et Sœur Saint-François fait la une du journal Soir Express qui titre : Le voyage de la petite sœur, 9000 km pour sauver un malade. Cette action dérange les autorités religieuses.

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    EXCLUSION DE SON ORDRE ET INSTALLATION RUE PASTEUR

    Ses activités para religieuses furent mal vues pendant la guerre et même ensuite, en effet la première des règles de la communauté religieuse est l’obéissance et souvent Sœur Saint François a passé outre, en s'exposant, en étant agent de liaison, son voyage aux USA ...En 1946 elle est exclue de son ordre religieux, elle quitte l'Hospice et part s'installer au 20 rue Pasteur sans pour autant quitter l'habit ! Son franc-parler, sa détermination ne correspondaient pas à l'image que l'on se fait d'une religieuse mais ses actes ont montré à beaucoup le chemin du devoir et de l'honneur.

    LES HONNEURS ET RÉCOMPENSES

    Malgré tout,  la reconnaissance arrive en 1947 avec la citation à l'ordre du corps d'armée, l'obtention de la Croix de Guerre avec étoile vermeil et de la Médaille de la Résistance. Le 17 mars 1949 elle fut reçue dans le premier Ordre National à Toulouse , promue au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur avec attribution de la Croix de Guerre avec palme. En 1950 elle reçoit le diplôme d'honneur de la Résistance. En 1970 l'Italie lui remet le diplôme de la Formation Militaire italienne Lazzarini ainsi que la médaille qui s'y rattache pour services rendus (hébergements et convoyages d'agents alliés). Enfin en 1971 elle est faite Officier de la Légion d'Honneur  à Graulhet par Monsieur Gaston Vedel Compagnon de la Libération et maire de Saint-Paul-Cap-de-Joux. L'action de la Sœur Saint-François est désormais reconnue au niveau national.

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    MANIFESTATIONS DU SOUVENIR - INFIRMIÈRE LIBÉRALE

    Pendant les années 60 et 70 Sœur Saint-François participera à de nombreuses manifestations du souvenir comme l'inauguration de la Place Jean Moulin (voir article ici )à Graulhet dont elle est à l'initiative, des expositions à Albi, Graulhet.
    Ne pouvant plus exercer à l’hôpital hospice de Graulhet elle s'installe au 20 rue Pasteur et devient infirmière libérale et continue à soigner la population graulhétoise, en aidant ensuite les populations immigrées dans les années 60 et 70.

    LA FIN DE SA VIE

    En 1979 trop fatiguée par cette vie de dévouement, elle est placée à l'hospice à qui elle a tant donné. Les représentants de l’Église et sa congrégation sur l'intervention de Gaston Vedel, Compagnon de la Libération "l'amnistie ". Dans la nuit du 12 au 13 avril 1982 la Sœur Saint-François décède. Elle sera inhumée au cimetière Saint-Roch dans le caveau des religieuses, son cercueil recouvert du drap de la Légion d'Honneur et des différentes décorations. En 1982 la rue de l'Hospice devient la rue Sœur Saint-François.

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    la plaque au Cimetière Saint-Roch

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    PRÉCISIONS - REMERCIEMENTS

    Le mémoire de maîtrise de Lalanne Émilie - que je remercie  - m'a permis amplement de retracer la vie de Sœur Saint-François (il s'agit d'un résumé de cette vie si remplie).

    François Mazens

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  • Commentaires

    1
    Papi Mougeot
    Jeudi 9 Novembre 2017 à 23:03

    Au début des heures sombres de la guerre, j'eus le privilège de correspondre avec soeur Saint-François et d'apprécier à la fois,  son savoir, ses dons d'écriture et son dévouement envers les malades ...

    C'est pourquoi, je suis particulièrement sensible à l'hommage pertinent que vous lui rendez et auquel je m'associe qu'autant plus que je regrette de n'avoir pas su la remercier en son temps des services qu'elle me rendit personnellement.

    Merci à vous !

     

      • Papi Mougeot
        Vendredi 10 Novembre 2017 à 10:57

        Rectification d'un lapsus : il faut lire :   je m'associe   "d'autant plus"  ....

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