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La grippe espagnole dans le Tarn Le virus de la grippe espagnole apparaît aux États-Unis dans les premières semaines de 1918, elle est importée en Europe Occidentale par les soldats américains qui débarquent dans les ports atlantiques, la pandémie se répand ensuite en Europe et dans le reste du monde par le trafic maritime et ferroviaire.
C'est à Carmaux en mai 1918 que la grippe apparaît, elle semble importée par de nombreux ouvriers catalans qui depuis 1915 s'engagent pour de courtes campagnes de travail. L'ensemble des mineurs est atteint. En quelques jours l'infection atteint Albi et en un mois Castres - Début juillet elle disparaît ou presque pour mieux reprendre à nouveau à Carmaux au mois d’août, l'infection s'insinue partout dans le Tarn et provoque de nombreux décès, à Albi en 12 jours elle emporte 125 pensionnaires de l’asile d'aliénés du Bon-Sauveur, soit plus d'un huitième de ses effectifs ! Par vague la maladie retombe et repart , elle sévit dans le Tarn de mai 1918 à avril 1919, elle reparaît par la suite sous une forme saisonnière moins virulente.
Les populations à risque sont les personnes âgées, les poilus rapatriés à l'arrière, les hommes adultes de 20 à 40 ans, les personnels de santé ainsi que les citadins, les populations les moins affectées sont les femmes. Cette épidémie provoquent des désordres socio-économiques : une pénurie de charbon (les mineurs carmausins malades ou alités) empêchent une production normale, également de nombreuses boulangeries sont fermées et faute de personnel, le trafic ferroviaire est aussi à l'arrêt.
Les morts tarnais
La ville de Graulhet comptait au recensement de 1911 : 7912 habitants - La durée de l'épidémie de mai à avril 1919, tout d'abord de mai à juillet 1918 : première atteinte précoce courte et peu meurtrière, ensuite d'août à novembre 1918 : explosion des cas et enfin une dernière période de janvier à avril 1919 assez tueuse. Les effets meurtriers de la grippe est pour la ville de Graulhet de 100 morts : 10 morts pendants la première vague, 58 dans la deuxième et 32 pendant la troisième.
L'ensemble des décès tarnais se monte à environ 1883 morts : 1407 citadins et 476 campagnards, la mortalité grippale s'élève à 5.6 % , en France elle oscille entre 6.2% et 10 %
Parmi les victimes célèbres on recense le sociologue allemand Max Weber, Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand ou encore Egon Schiele, qui eut à peine le temps, avant de mourir, de peindre un tableau le représentant avec son épouse et son enfant, alors que celle-ci venait de mourir, enceinte de six mois. Les conséquences à long terme furent également très importantes. L’épidémie accentua l’importance des classes d’âge creuses, déjà engendrées par les ravages de la guerre. Les médecins constatèrent que celle-ci affaiblissait les organismes, si bien que de nombreuses personnes décédèrent dans la décennie suivante des suites du virus, notamment des femmes lors de leur accouchement. C’est pourquoi les recherches les plus récentes estiment à presque 100 millions les morts causés sur le long terme par cette épidémie. Les services de santé furent débordés par le nombre de malades. Aux États-Unis, il fallut créer des hôpitaux de fortune, dans des tentes et des baraquements, pour pouvoir accueillir les victimes : près de 40 % de la population fut touchée par ce virus, avec un taux de mortalité de 5 %. Les mêmes taux se retrouvent à travers le monde. Non seulement le taux de mortalité fut plus élevé que pour une grippe classique, mais, du fait de sa forte contagion, beaucoup plus de personnes furent atteintes par le virus. D’où l’insuffisance des services sanitaires et des mesures drastiques prises en matière d’hygiène : port obligatoire d’un masque dans les transports, surveillance accrue des populations à risque. La grippe engendra également des complications médicales. Beaucoup moururent des suites d’une pneumonie ou d’une complication bactériologique due à l’affaiblissement des défenses immunitaires. Cela s’explique par une médecine moins performante qu’aujourd’hui (pas d’usage des antibiotiques), par une moindre couverture sanitaire et une désorganisation des pays d’Europe en raison des destructions de la guerre et par un affaiblissement des populations sortant de cinq années de conflit. Sa funeste gravité explique peut-être aussi la faible mémoire de cette maladie. Certes, le nom de grippe espagnole est resté dans les esprits, de façon impropre d’ailleurs, mais on a oublié à quel point l’épidémie fut terrible. Est-ce une manière d’autodéfense pour effacer de l’histoire un événement dramatique de l’Europe et du monde ? Il est vrai aussi que cette épidémie pèse peu face au souvenir omniprésent du premier conflit mondial. La Société des Nations (SDN) créa toutefois un organisme de santé et de surveillance médicale mondiale, qui devint ensuite l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). De quoi rappeler que le danger de pandémie est toujours un risque pour l’homme, que ce soit aujourd’hui la grippe aviaire, Ebola ou le sida. Jean-Baptiste Noé, historien (source https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/82611687) |