Le crime du receveur des Postes - Juillet 1924 à 1932 - Lexique - Troisième partie
LE MATIN DU 7 JUILLET 1924
Le brandevinier Ayral va comparaître devant le jury du Tarn
Au rôle de la session des Assises du Tarn, qui s'ouvre aujourd'hui, est inscrite l'affaire mystérieuse, de l'assassinat du receveur des postes de Graulhet, M.Peytavin.
C'est dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1923 que dut être assassiné M. Peytavin. Dans la même nuit, un incendie détruisait, à peu près complètement l'immeuble de la recette. Les soupçons se portèrent aussitôt sur un repris de justice, un malfaiteur « redoutable et redouté » qui restera, aux annales criminelles, le brandevinier Ayral Justin Ayral, âgé de 41 ans, est en effet bouilleur de cru à Graulhet.
La veille de Pâques, le 31 mars 1923, Mme Peytavin, et c'était exceptionnel, s'absentait pour passer les fêtes à Saint-Félix, dans la Haute-Garonne. Elle laissait absolument seul à la maison M. Peytavin, qui devait veiller sur des sommes importantes à savoir 828.000 francs en bons de la Défense nationale et 200.000 francs de coupures, constituante le trésor postal. Il y avait, en outre la fortune personnelle des époux 110.000 francs de titres environ.
En dépit de sa fâcheuse réputation, le brandevinier, habile à dissimuler son vrai caractère, à feindre la bonhomie et faire au besoin, preuve d'une extrême servilité, s'était insinué dans les bonnes grâces de M.Peytavin. Bouilleur de cru, il multipliait les présents en alcool au receveur. M. Peytavin eut le tort de montrer à Ayral, au moins une fois, les fonds publics dont il était comptable et qu'il avait accoutumé de déposer chaque soir sur sa cheminée ou sur une tablette. La nuit du 31 mars, c'est exactement à 3 heures 30 que l'incendie se déclara, à la Poste. L'alarme fut donnée par le tambour de ville. Dans la matinée du lendemain on trouvait les restes carbonisées de M. Peytavin, à l'emplacement de la cuisine sous la chambre du receveur. Or, des témoins, dont une voisine affligée d'insomnie, ont entendu soit des coups de revolver, soit des pas autres que ceux de M. Peytavin, un peu avant que le feu, fit son œuvre. Depuis son arrestation, Ayral dont le casier judiciaire était déjà riche de sept condamnations a été lors d'une précédente session d'assises, condamné à 5 ans de travaux forcés et 10 ans d'interdiction de séjour pour vol qualifié
LE MATIN DU 8 JUILLET 1924
Le fils du receveur des postes assassiné à Graulhet se voit refuser l'assistance judiciaire.
Les débats du procès du brandevinier Ayral, accusé de l'incendie volontaire du bureau de Postes de Graulhet et de l'assassinat du receveur M. Peytavin, ne commenceront que mercredi devant les assises du Tarn. Le fils de la victime, M. André Peytavin, employé des Postes à Paris, ayant décidé de se porter partie civile au procès, avait pour cela sollicité l'assistance judiciaire. En compagnie de son avocat, Me Maurice Garçon, M. André Peytavin, nanti de toutes les pièces nécessaires, s'était présenté au bureau d'assistance judiciaire de Paris , qui avait donné, sans aucune difficulté, un avis favorable. Or, à la surprise de tous, le bureau d'assistance judiciaire d'Albi, appelé à statuer sur la demande de M. André Peytavin, a refusé, au cours de sa séance, tenue aujourd'hui, d'accorder le bénéfice de l'assistance judiciaire à l'employé des Postes. M. Peytavin dans ces conditions hésite à se porter partie civile au procès Ayral car si ce dernier était acquitté, bien que les poursuites actuelles soient engagées sur ordre du Parquet c'est le fils de la victime qui serait condamné aux frais du procès environ 15.000 francs. M. André Peytavin gagne à peine 7000 francs par an il n'a aucune fortune personnelle et on sait que le patrimoine de ses parents, 110.000 francs de titres, a disparu dans l'incendie du bureau de Poste.
Sur les conseils de son avocat, M. André Peytavin est parti ce soir pour Toulouse afin de faire appel par devant le procurer général de la surprenante décision du bureau d'assistance d'Albi.
LE MATIN DU 9 JUILLET 1924
L'assistance judiciaire est finalement accordée au fils du receveur des Postes de Graulhet
Le procureur général de la cour d'appel de Toulouse, saisi de la réclamation de M. André Peytavin, commis des Postes, qui s'était vu refuser l'assistance judiciaire par le bureau d'Albi, a estimé que le fils du receveur des Postes de Graulhet était en droit d'en bénéficier. Aussi a-t-il saisi d'urgence le bureau de l'assistance judiciaire de Toulouse de l'appel formé par M. André Peytavin. Celui-ci a été admis sans discussion au bénéfice de l'assistance « provisoire ». M. André Peytavin, par l'organe de M. Maurice Garçon, avocat à la cour d'appel de Paris, se portera donc partie civile demain, au cours de la première audience.
Ayral qui refusa obstinément un avocat consent à se laisser défendre
Demain mercredi, le brandevinier Justin Ayral, accusé d'assassinat sur la personne de M. Peytavin, receveur des Postes à Graulhet, d'incendie volontaire de la recette postale et de vol de valeurs et numéraire appartenant à l’État, comparaîtra devant ses juges. Du moins, le pense-t-on, sans en être trop certain à Albi, où l'on discute passionnément de ce qui demeure le mystère de Graulhet. C'est qu'en effet, Justin Ayral n'est pas un accusé ordinaire. Le brandevinier dont, avant le drame de Pâques 1923, sept mésaventures judiciaires ne purent abattre la jovialité notoire, peut bien se montrer aujourd'hui en sa cellule un peu moins goguenard. Il demeure optimiste, ayant dès le premier jour refusé de faire choix d'un défenseur. Justin Ayral vit, selon la généreuse coutume des barreaux provinciaux, confier ses intérêts au bâtonnier d'Albi, Maître Alibert. Le brandevinier s'employa à le décourager et y parvint. Toutefois le parquet s'émut et le président désigné des assises, M. le conseiller Gleizes, voulut vaincre la résistance de cet extraordinaire accusé obstiné à se présenter devant le jury sans défenseur. Me Berbier, à son tour, fut commis d'office. Il se trouva en présence d'un détenu énigmatique et qui lui tint à peu près ce langage : "Merci, mais je n'ai pas besoin de défenseur. Mon affaire va de soi, tant elle est simple. Je n'ai même pas besoin de me défendre.."
Seulement ce qu'il ajouta laisse entendre que maintenant c'est lui-même qui pourrait faire défaut.
Justin Ayral a-t-il tout son bon sens ?
LE MATIN DU 10 JUILLET 1924
Le brandevinier Ayral comparaît, impassible devant les jurés
Le père du procureur de la République étant mort subitement l'affaire est renvoyée
Dans une salle étroite, aux murs revêtus de ce même rose qu'ici le soleil donne aux monuments de briques, on s'écrase, bravant la chaleur, pour suivre les débats de l'affaire du brandevinier Ayral. M. le conseiller Gleizes préside, M.de Andréis occupant le siège du ministère public. Voici Ayral, encadré de six robustes gendarmes auxquels on envie leur légère tenue de toile kaki. Le brandevinier de Graulhet n'a certainement pas, au premier regard, la mine du malfaiteur « redoutable et redouté » du repris de justice dont il a été parlé. Il est vrai que l'accusation ajoute que Justin Ayral est habile à feindre. Portant durement sa quarantaine, Ayral, proprement vêtu d'un complet gris, cravate grise, linge bien empesé, a ce teint basané qu'il doit à son métier de distillateur ambulant inlassable batteur de routes. Le front haut est couronné d'abondants cheveux gris une longue moustache relevée a la pandour barre l'ovale du visage. Le regard serait expressif si Ayral n'était affligé d'un léger strabisme. Les lèvres sont minces et généralement, le personnage se présente comme assez fin, d'esprit vraiment délié. Sagement assis à son banc, il croise sur son ventre deux mains énormes brunies autant que celles d'un maure Justin Ayral est défendu par Me Barbier d’Albi. Justin Ayral suit la lecture de l'acte d'accusation avec une attention évidente, mais sans broncher. Pas un muscle de son visage ne tressaille à s'entendre qualifier d'assassin, de voleur et d'incendiaire, le tout avec préméditation.
Tandis qu'on procède à l'appel des témoins, il s'entretient tranquillement avec ce défenseur dont, hier encore, il hésitait à accepter les généreux services. Soudain, grosse émotion. L'audience est suspendue. Chacun s’interroge. On parle déjà de fait nouveau et de renvoi. Mais la vérité se fait jour, et elle n'est pas de nature à précipiter les débats M. de Andréis, père du procureur de la République, est décédé subitement. Bientôt le timbre retentit. M. le président Gleizes confirme la triste nouvelle et l'impossibilité où se trouve le ministère public d'assumer présentement sa lourde tache. C'est la proposition de renvoi à la session d'octobre Me Garçon, qui s'est porté partie civile y souscrit.
Toutefois, Me Barbier intervient, pour réclamer en faveur d'Ayral, un examen mental que justifie son hérédité, mais Ayral ne l'entend pas ainsi et refuse formellement, déclare-t-il, cet examen mental. " Je ne suis pas fou. Et pourtant il y a de quoi le devenir, entendre contre soi de pareils mensonges. J'ai pu être violent, soit, et je suis encore prêt à le montrer à certains gaillards." Et après avoir entendu Me Garçon qui, de son côté, s'y oppose, la cour rejette l'examen mental et décide qu'Ayral attendra les assises d'automne.
Inédite photo de Justin Ayral
L'EXCELSIOR DU 9 OCTOBRE 1924
L'EXCELSIOR DU 11 juillet 1924

Un des nombreux avocats de Monsieur Justin AYRAL ici Maître Maurice GARCON
LE MATIN DU 26 JUILLET 1924
L'incrimination d'une tierce personne est démentie par l'avocat de l'inculpé
Le brandevinier Ayral, accusé d'avoir tué le receveur des postes de Graulhet M. Peytavin, comparaîtra en octobre prochain devant les assises. Il sera défendu par Me Berbie. Ce dernier nous a fait d'intéressantes déclarations concernant certains bruits qui, d'après lui, sont absolument fantaisistes et ne reposent sur aucun fondement. C'est ainsi qu'on prête à cet avocat l'intention de réclamer, au cours des assises, l'arrestation d'un personnage de premier plan sur lequel l'accusation fonderait même de grands espoirs pour obtenir la condamnation du brandevinier. Me Berbie nous a autorisé à dire qu'il n'a jamais fait à ce sujet une déclaration quelconque à qui que ce soit. Il entend seulement aux assises démontrer premièrement, combien restent mystérieuses les conditions dans lesquelles a été incendié le bureau de poste de Graulhet et a disparu le receveur Peytavin ; deuxièmement, que la moindre preuve sérieuse de culpabilité ne peut être apportée contre Ayral, les exagérations de l'opinion publique et les rapports de police ayant seuls amené l'inculpation. Quant à la déclaration de la voisine du bureau de poste, affirmant une fois, mais ne voulant pas le répéter, qu'Ayral avait mis la feu et qu'elle l'avait vu sortir du bureau peu avant l'incendie, Me Berbie nous a affirmé que le dossier n'en portait aucunement trace. D'autre part, il semble qu'on ne puisse attacher une trop grande importance aux propos prêtés à cette voisine. Les débats de l'audience pourront d'ailleurs les élucider facilement. Quant aux ossements trouvés dans les décombres de la maison incendiée, ce sont bien les vertèbres, d'un homme, nous ont déclaré quelques personnalités que nous avons vues et très au courant de l'affaire. Les rapports des experts et la radiographie sont concluants. D'autres cependant nous ont dit « on ne peut rien affirmer ». Ces ossements peuvent appartenir à un mouton ou à un porc. Le feu en a certainement détruit une partie. Leur nombre ne peut rien prouver d'une façon péremptoire. C'est la forme seule qui importe, et non le nombre, les vertèbres des animaux n'ayant pas la même forme que celles des personnes. Un vétérinaire serait donc particulièrement qualifié pour donner son opinion. Le coup de théâtre sensationnel que certains prédisent semble donc des plus problématiques, l'accusation, comme la défense, ne fondant aucun espoir sur l'incrimination d'une tierce personne.
LE MATIN DU 29 JUILLET 1924
Le commissaire de police de Castres est entendu par le président des assises du Tarn
M. Gleizes, conseiller à la cour d'appel de Toulouse, qui présidait la cour d'assises du Tarn à Albi, où comparaissait ces jours derniers, sous l'inculpation d'assassinat, de vol et d'incendie, le brandevinier Justin Ayral, a longuement recueilli cet après-midi la déposition de M. Satgé, commissaire de police à Castres, et précédemment à Graulhet, sur les résultats de sa première enquête à propos du drame de l'hôtel des Postes de Graulhet. Le bruit s'était répandu qu'un coup de théâtre se produirait, car un témoin viendrait affirmer, disait-on, avoir vu le brandevinier sortir de la poste quelques minutes à peine avant le tragique incendie. Le commissaire de police ,a certifié au magistrat que jamais un voisin quelconque du receveur Peytavin ne lui avait fait part d'une circonstance aussi troublante.
LE MATIN DU 6 OCTOBRE 1924
Le brandevinier Ayral accusé d'avoir incendié la recette des postes après avoir assassiné le receveur, comparaîtra demain devant les assises du Tarn
Le 9 juillet dernier comparaissait devant le jury du Tarn Justin Ayral, le brandevinier accusé du meurtre de M. Peytavin, receveur des Postes à Graulhet (Tarn) et de l'incendie de l'immeuble des P.T. T., l'incendie ayant pour but de dissimuler le crime, et ce crime ayant eu le vol pour mobile 110.000 francs de titres, dont 80.000 appartenant à M. Peytavin et 30.000 à Mme Peytavin, absente le soir du drame, plus l'encaisse postale, soit 828.000 francs.
L'attentat fut commis dans la nuit du 31 mars 1923, veille de Pâques. Or la session de juillet des Assises du Tarn, qui avait en connaître, dut être brusquement interrompue. En pleine audience, la première de l’affaire Ayral, qui en devait occuper trois, le Procureur de la République recevait à son siège une dépêche l'avisant qu'un deuil cruel le frappait. Aucun substitut n'étant en possession du dossier très important et très délicat, le président prononça le renvoi, en dépit des protestations du brandevinier.
L'affaire reviendra devant le jury demain.
Justin Ayral, titulaire de sept condamnations, est accusé :
1° D'avoir à Graulhet, le 31 mars 1923, donné volontairement la mort à M. Peytavin, avec préméditation et avec cette circonstance que l'homicide a précédé ou accompagné; les crimes de vol et d'incendie volontaire
2° D'avoir frauduleusement soustrait valeurs et numéraire tant aux époux Peytavin qu'à l'administration des Postes. Le tout chargé de la kyrielle classique des circonstances aggravantes ; la nuit, dans une maison habitée, étant porteur d'une arme apparente où cachée.
LE MATIN DU 9 OCTOBRE 1924
Ayral sourit devant les jurés
Ayral qui commençait à s'échauffer en fin de la première audience, aura voulu se ressaisir. Aussi bien, le voilà-t-il aujourd'hui calme à souhait, même s'il entend évoquer les heures les moins favorables de sa vie accidentée, il a toute patience et ne se permet plus d'inviter Me Garçon, partie civile, à ne pas « lui bourdonner aux oreilles ».
Lorsque parut à la barre M. Satgé, commissaire de police à Graulhet lors de l'assassinat du receveur Peytavin, une observation de M. le président Gleizes vint révéler brusquement à l’auditoire que entre autres fautes commises des témoignages capitaux n'ont pu être recueillis ou l'ont été trop sommairement, voire de façon hasardeuse, cause de l'absente d'accord entre les différents services de police.
A la reprise tout en rendant paternellement hommage à son zèle, le président montre à l'actuel commissaire de Graulhet, auteur d'un « rapport spontané », les inconvénients qu'il y a à tirer des conclusions « d'un problème dont on ne possède pas toutes les données »
Et l'auditoire n'entend pas sans émotion l'intègre magistrat déclarant : "Je ne sais pas ce que c'est qu'une pièce secrète !"
Il était fatal que l'adroit Me Berbié demande alors que l'observation présidentielle s'applique à tous les rapports de police dont la discussion occupa la matinée. C'est au tour de M. Moulis à déposer. C'est cet hôtelier qui a fait retenir contre son ami Ayral l'argument de la pèlerine et c'est lui qu'un instant mit en cause le rapport de M. Gebhardt commissaire à Graulhet, admonesté par le président.
MOULIS : J'affirme être bien certain que lorsque Ayral se rendait à l'incendie au son du tambour, il n'avait pas encore sa pèlerine sur l'épaule.
AYRAL. Il y a contradiction avec ce qu'il dit, mais pas avec ce qu'il pense (sic).
LE PRÉSIDENT. Il ment ? Lui, votre ami ?
AYRAL : Il y a des cas où il n'y a plus d'amis. Pauvre Moulis ! Il en oublie encore ! On ne lui a fait qu'à moitié le catéchisme ! (Rires.)
On entend divers employés du malheureux receveur. La déposition de l'un d'eux tend, à soulever quelque émotion, c'est celle du téléphoniste Buzenach.
Quand éclata l'incendie, ma première pensée fut qu'en allant se rafraîchir à sa cave, le receveur avait renversé sa lampe.
Hypothèse !
C'est à quoi s'oppose le témoignage des voisins. Mme Pagès a entendu des gémissements s'élever de la chambre du receveur et M. Mouriès a perçu les pas d'un inconnu qui s'enfuyait. Enfin, dépose le brave tambour de ville graulhétois, et c'est la retraite. Demain suite des débats, et peut-être verdict.
L’ÉCHO DE PARIS DU 11 OCTOBRE 1924
LE BRANDEVINIER AYRAL est condamné aux travaux à perpétuité
La matinée tout entière a été consacrée au réquisitoire prononcé par M. de Andréis, Procureur de la République. Réquisitoire minutieux et clair, implacable, de l'exorde à la conclusion. La voix du ministère public ne s'était pas fait entendre au cours de ces longs et ternes débats. Elle ne s'élève que pour démontrer qu'Ayral, assassin incendiaire et voleur, a mérité le suprême châtiment, et qu'aucune circonstance atténuante ne saurait être admise en sa faveur. Dès une heure et demie de l'après midi, Me Berbié commence sa plaidoirie. La besogne est dure, je l'ai dit. Avec cœur et avec talent, le brillant avocat du barreau d'Albi la poursuit pendant trois heures.
Le Verdict
Après une heure et quart de délibération, le jury rapporte le verdict suivant, qui sanctionne de manière étrange le mystère de Graulhet : Ayral est reconnu coupable de vol et d'incendie volontaire. La culpabilité d'assassinat est repoussée. Ayral obtient le bénéfice des circonstances atténuantes. En conséquence, Justin Ayral est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
La partie civile obtient quinze mille francs de dommages intérêts.
Le brandevinier a sauvé sa tête. C'est sans doute tout ce qu'il désirait.
L’ŒUVRE DU 8 NOVEMBRE 1924
Le commissaire Dautel est mort
Ce matin est mort subitement, à Toulouse. M. Amédée Dautel, commissaire de police mobile, qui eut à s'occuper de quelques affaires retentissantes, entre autres, à Paris, de l'affaire Landru. C'est lui qui procéda à l'arrestation du Barbe-Bleue de Gambais. Dans la région, il fut chargé d'enquêter sur le cas de Justin Ayral, condamné dernièrement aux travaux forcés à perpétuité pour l'incendie de l'hôtel des Postes de Graulhet...
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Quelques années après dans L’ÉCHO DE PARIS DU 26 JANVIER 1932
Les débats s'ouvrent à deux heures de l’après-midi dans cette même salle froide où nous entendîmes naguère condamner le brandevinier Ayral, incendiaire et assassin, qui, vient, de s'enfuir du bagne….
Dans son livre "Graulhet 1000 ans d'histoire" Monsieur Georges VERGNES relate ce fait divers et indique que Justin AYRAL a été envoyé au bagne de Cayenne ....La liste des bagnards est consultable en ligne mais la condamnation doit dater de plus de 120 ans, ce qui n'est pas le cas pour cette affaire ...A suivre
LEXIQUE
BRANDEVINIER : Celui, celle qui vend du brandevin (Eau de vie de vin) à la troupe, et aussi, dans quelques provinces, celui qui fabrique de l’eau-de-vie - Distillateur itinérant.
MAILLECHORT : Le maillechort désigne un alliage de cuivre, nickel et zinc, apprécié pour son aspect argenté ou son reflet blanc métallique, et pour cette raison parfois abusivement appelé argentan ou alpacca.
HENRI SIZAIRE :(un des nombreux avocats de M. AYRAL) né le 11 septembre 1878 à Rieux-Minervois (Aude) et mort le 14 août 1951 à Castres (Tarn), est un homme politique français, membre de la SFIO, avocat au barreau de Castres. Député du Tarn de 1924 à 1932 - Maire de Castres de 1919 à 1940 (révoqué).
BOUTEILLE DE 3/6 : Nom d’une boisson obtenue en additionnant trois mesures d’alcool à trois mesures d’eau, la proportion du liquide était alors de 3 / 6. On l’appelait également « Preuve de Hollande » et elle titrait 19° Cartier. Il y avait d’autres combinaisons possibles, notamment le Cinq-Six. Toutefois dans la région le Trois-Six c’était l’alcool de vin à 95 / 96°, produit dans les distilleries avec le marc de raisin.
HOTEL MOULIS : Se trouvait au 34 Place du Jourdain - Auparavant Hôtel-restaurant de la Fontaine
COMMISSAIRE DAUTEL : Commissaire de la Sûreté générale - Célèbre car à l'origine de l'enquête et de l'arrestation de LANDRU ! - Meurt subitement à Toulouse en 1924 ( voir coupure de presse )
MAURICE GARCON : Né le 25 novembre 1889 à Lille et mort le 29 décembre 1967 à Paris, est un avocat, essayiste, parolier, romancier, aquarelliste, polygraphe et historien français. Il est surtout connu pour avoir défendu un grand nombre de causes, tant littéraires que criminelles, notamment celles de Georges Arnaud et de Jean-Jacques Pauvert.