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Le crime du receveur des Postes - Avril 1923 - 1ère partie

 

MEURTRE- Le crime du Receveur des Postes

Justin AYRAL (portrait inédit)

Plusieurs mois de recherches dans la presse, plusieurs semaines de composition des articles pour vous faire découvrir un des faits divers criminel les plus retentissants de la première partie du XX° siècle à Graulhet : Le meurtre du receveur des Postes de Graulhet dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1923...Un long récit en plusieurs parties agrémenté d'un lexique bien instructif en fin d'article...Bonne lecture !

- Le crime du Receveur des Postes

LE MATIN 2 AVRIL 1923

Le feu détruit un bureau de poste - On retire des décombres le cadavre du receveur

Un violent incendie,dont les causes sont encore mal déterminées, bien que toute idée de malveillance semble devoir être écartée, éclata la nuit dernière dans le bureau de Poste de Graulhet (Tarn). Les flammes se propagèrent rapidement, envahirent l'appartement du receveur. M. Peytavin, puis l'immeuble en entier. Rien ne put être sauvé. Mobilier postal, mobilier du receveur, ses titres et valeurs personnelles, les valeurs de l’État et bons de la Défense nationale, tout a été détruit. Les pertes sont considérables. M. Peytavin dont la femme était partie la veille pour aller passer les vacances de Pâques à Saint-Elix (Haute-Garonne), et dont le fils est employé des Postes à Paris, périt asphyxié. Son cadavre carbonisé a été retrouvé dans les décombres.

La direction des P. T. T. a établi un poste de fortune sous la Halle.

MEURTRE

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

La carte postale qui a servi pour illustrer l'article du quotidien LE MATIN

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

LA COUPURE DE PRESSE

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

LE MATIN 4 AVRIL 1923

L'INCENDIE DU BUREAU DE POSTE DE GRAULHET
L'enquête n'en a pas révélé les causes

L'enquête ouverte dans le but de découvrir les causes de l'incendie de la poste de Graulhet n'a pas fait un pas.Il faudra s’en tenir aux conjectures. Seul, le disparu aurait pu indiquer comment s'est produit le sinistre.Un industriel qui jetait son courrier vers 1 heure du matin n'a rien aperçu d'anormal. Les voisins, eux non plus, n’ont rien constaté. L'un d'eux, habitant la maison, et qui a perdu son mobilier, a vu l'incendie vers 3 heures et demie. Il a immédiatement prévenu la gendarmerie. Des bruits tendant à incriminer la malveillance ont circulé. Mais le fait que la gendarmerie elle-même a fracturé les portes du bureau, enlevé les appareils télégraphiques et vidé le tiroir-caisse qui contenait 700 francs, s'accorde mal avec cette hypothèse. Aucun indice n'est découvert. Dans les décombres, on a retrouvé une partie seulement du cadavre du receveur, M. Peytavin la tête manque ainsi que quelques parties du corps. Du premier étage, où l'incendie se déclara d’abord, le corps fut entraîné au rez de-chaussée et déchiqueté par l'effondrement des planchers au plafond et de la toiture.

LE MATIN 22 AVRIL 1923

Notre enquête sur la mort tragique du receveur des postes de Graulhet

M. PEYTAVIN DONT LES RESTES FURENT DÉCOUVERTS DANS LES DÉCOMBRES DE SON BUREAU INCENDIÉ AURAIT ÉTÉ ASSASSINÉ

Le dimanche 1er avril, à 3 h. 45 un incendie se déclarait dans l'appartement de M. Peytavin, directeur du bureau de Poste de Graulhet (Tarn). Le feu couvait certainement depuis un moment, car un commerçant, M. Calvel, et ses enfants, qui occupent les deux étages placés au-dessus du bureau, furent réveillés par le crépitement des flammes. Ces flammes, en une longue gerbe, jaillirent de la chambre du directeur des Postes. Aussitôt M. Calvel donna l'alarme. Pompiers et gendarmes accoururent dix minutes plus tard, suivis bientôt de M. Satjé, commissaire de police de Graulhet. L'incendie avait déjà gagné le bâtiment de gauche, où est établi l'atelier du monteur, et à droite le bureau de poste lui-même. On ne put sauver que les registres de comptabilité et les appareils téléphoniques.Deux heures plus tard, des trois immeubles formant l'ensemble du service des P. T. T. il ne restait plus que des murs calcinés menaçant ruine. Du directeur, on était sans nouvelles il n'avait pas été vu sur les lieux du sinistre. Avait-il fuit, affolé, devant l'incendie ? Avait-il, au contraire, trouvé la mort dans les flammes ? Tout ce qu'on savait, c'est que, cette nuit-là, M. Peytavin était seul chez lui, sa femme étant, dans l’après midi partie à Saint-Elix (Haute-Garonne), où elle comptait passer les vacances de Pâques. Cependant, pour être fixé sur le sort du receveur, M. Satjé, commissaire de police, fit procéder, malgré le danger de l'opération, à une exploration superficielle des décombres. Alors, sous les matériaux du premier étage, on mit au jour quelques débris humains : fragments de crâne, tronçon de colonne vertébrale, un cœur, des parcelles de foie. C'était tout ce qui restait du cadavre du malheureux M. Peytavin.

- 1923 - Le crime du Receveur des Postes

Dans là journée, à l'aide des pièces comptables sauvées de l'incendie, on dressa une liste des valeurs présumées détruites par le feu. Le tout représentant environ 900.000 francs se décomposait ainsi Bons du Trésor et de la Défense nationale non émis; 430.000 francs ; recette du bureau de Poste dans la journée du 31 mars, 325.000 francs dont 209.000 francs en billets de 1.000 francs valeurs et obligations, propriété personnelle du receveur et de sa femme 110.000 francs. Il ne restait plus qu'à établir les causes exactes du sinistre. Le parquet de Lavaur laissa ce soin à M. Satjé, commissaire de police. Mais sur ce point tout le monde paraissait d'accord M. Peytavin, indisposé dans la nuit, avait dû se lever et, en allumant sa lampe, enflammé accidentellement sa literie. Incapable de fuir, soit qu'il eût été pris d'une syncope, soit pour toute autre raison, il avait péri dans les flammes. Cependant cette hypothèse était loin d'être exacte. Et à peine était-elle émise que des découvertes faites dans les décombres devaient bientôt la réduire à néant. On peut en effet penser, avec quelque raison aujourd'hui, que M. Peytavin a été assassiné par un malfaiteur venu pour voler les fonds et les valeurs de la Poste, et que le bandit, son crime accompli, et pour en détruire la trace, a volontairement mis le feu à l'appartement occupé par le receveur. Pour la clarté de ce qui va suivre, quelques explications sont indispensables.

M. Peytavin était âgé de 55 ans. Marié en secondes noces, il était d’un premier lit, père de deux enfants, tous deux employés des P. T. T. Paris, où il avait longtemps résidé lui-même. Nommé, à Graulhet en 1918, il venait de Dunkerque, où il dirigea pendant la guerre le service télégraphique avec un courage qui lui valut une citation à l'armée. C'était aux dires de ses chefs et de ceux qui le connurent, un fonctionnaire modèle, méticuleux et précis. Le bureau de Poste de Graulhet ne possédant pas de coffre-fort, le receveur montait chaque soir le tiroir-caisse contenant la recette de la journée dans sa chambre et le plaçait sur une chaise près de son lit. Étant donné le trafic important qui se fait à Graulhet, gros centre de mégisserie, cette recette atteignait aux fins de trimestre des sommes très élevées. Cette situation était connue du personnel des P. T. T. et par les conversations de celui-ci, elle était également connue en ville de bien des gens. M. Peytavin avait grand soin de séparer ses valeurs personnelles de celles de sa femme et des valeurs dont il était responsable vis-à-vis de son administration. C'est ainsi qu'il enfermait les bons de trésorerie non émis dans une pièce spéciale de son appartement dont seul il avait la clé. Dans l'armoire de la chambre qu'il partageait avec Mme Peytavin étaient placés les 30.000 francs d'obligations propriété de sa femme enfin sa petite fortune à lui était contenue dans une valise déposée elle-même dans une chapelière et placée dans une troisième pièce. On va le voir, c'est à cette séparation des propriétés de chacun qu'on doit la découverte d'une partie de la vérité

Dans la journée qui suivit l'incendie, dès que le feu fut devenu moins violent, parmi le tas de décombres, les pompiers et les gendarmes, sous là surveillance du commissaire de police et de l'adjudant de gendarmerie Laporte, entreprirent des fouilles à l'endroit où s'était effondrée chaque pièce dans le but de rechercher les valeurs qui y étaient enfermées. Cette opération ne donna de résultat qu'en ce qui concerne les titres appartenant en propre à M. Peytavin, c'est-à-dire ceux contenus dans la valise et la chapelière. Bien, qu'ils fussent en partie brûlés, il restait un fragment de chacun d'eux, ce qui permit d'en établir la liste à peu près exacte. On découvrit aussi, à demi fondus, les bijoux de Mme et M. Peytavin et quelques sous du tiroir-caisse. On retrouva à peu près trace de tous les objets ou papiers, sauf des liasses de coupures et de la recette journalière, non plus que de l'énorme liasse des billets non émis. Le papier comprimé brûle difficilement. Il laisse des cendres. Vainement, à l'emplacement où avaient dû se consumer les valeurs disparues, on fit des recherches, on ne retrouva même pas trace de cendres de papier. On acquit alors la conviction que les 30.000 francs de Mme Peytavin, les 450.000 francs de bons du Trésor ou de la Défense nationale, les 325.000 francs de coupures n'avaient pas été détruits par les flammes. Ils avaient donc été volés et l'hypothèse du vol engendra immédiatement celle de l'assassinat du receveur et de l'incendie volontaire de la Poste.

Avisé, le parquet de Lavaur ouvrit sous cette triple inculpation une nouvelle information. La brigade mobile de Toulouse reçut mission de rechercher l'auteur de ce crime. Le commissaire Dautel, jadis de la première brigade mobile de Paris où il traita de très importantes affaires, dont la plus notoire fut l’arrestation de Landru, vint à Graulhet Il enquêta une journée, fit demi tour et regagna Toulouse. On ne l'a pas revu depuis et cependant que de faits nouveaux sont venus transformer en quasi certitude l'hypothèse de l'assassinat, du vol et de l'incendie.

Depuis trois jours, j'ai vu des voisins de M. Peytavin. J'ai recueilli d'eux des témoignages des plus importants. Il en ressort que dans la soirée qui précéda l'incendie six personnes dignes de foi virent ou entendirent un inconnu tenter de pénétrer, dans le bureau de Poste. Ces témoignages que la police n'ignore pas, les voici tels que je les ai reçus. M.Mourier mégissier, était occupé le samedi, veille de Pâques, vers minuit à faire son courrier, quand il entendit un bruit insolite - comme la chute d'un objet de métal semblant venir du bureau de Poste. Il se mit à sa fenêtre et sa présence eut pour conséquence de faire fuir un ou plusieurs individus qui devaient stationner dans la rue Cardenal, où est situé l'appartement du receveur, et qui disparurent en contournant l'angle de la rue de la Poste sur laquelle s'ouvre le bureau. M. Mourier ne vit personne, mais il entendit des pas, précipités. Un peu plus tard, M.Mourier aperçut à l'intérieur de l'appartement de M. Peytavin une lueur qui se reflétait sur le mur situé en face et il crut voir en même temps, contre une porte, un individu se dissimulant et semblant guetter l'entrée du domicile du receveur. De son côté, Mme Viguier dont l'appartement fait face rue Cardenal à celui de M. Peytavin, entendit vers 2 heures du matin quelqu'un frapper avec le heurtoir la porte de M. Peytavin. Le receveur n'ouvrant pas les coups devinrent plus violents. Intriguée, Mme Viguier se leva pour, regarder par la fenêtre, mais prise d'inquiétude elle n'osa pas ouvrir et se recoucha. La pendule sonna alors la demie de 2 heures. Une autre voisine, Mme Ouat, vers 1 h. 30, entendit un bruit semblant venir de la Poste, puis elle perçut des coups très distincts qui étaient frappés à plusieurs reprises à la porte de M. Peytavin. Mme Ouat se leva alors, ouvrit une fenêtre et vit un homme arrêté d'abord devant la porte s'éloigner, ensuite, par la rue de la Poste. Mme Marie Pagès, qui est employée fréquemment au bureau de Graulhet, occupe un logement contigu à celui du receveur. Elle entendit ce même soir, vers minuit, un gémissement. « Maman, c'est quelqu'un qu'on assassine » lui dit son enfant. Et en elle-même, elle fit cette réflexion « On dirait, en effet, que c'est quelqu'un qui est à l’agonie » Elle entendit ensuite plusieurs coups bien nets frappés contre la porta du receveur. S'étant levée vers 3 heures, elle perçut chez M. Peytavin un bruit anormal assez semblable à celui que font les rats courant dans le parquet. C'était le crépitement de l'incendie. Une heure plus tard, en effet, la Poste était en feu.

L'homme entendu ou vu rôdant par ces témoins, aux abords de la poste, ne peut être que l'incendiaire et le meurtrier de M. Peytavin. C'est du moins l'opinion à peu près générale ici. Mais nul ne peut fournir sur lui, quant à présent, une particularité permettant de le faire reconnaître. Tout ce qu'on peut dire de lui, c'est qu'il n'appartenait pas au personnel du bureau de Poste ; qu'il était cependant bien avec le receveur, puisqu'il pouvait se permettre de venir frapper chez lui en pleine nuit, et qu'il savait Mme Peytavin absente. Et cela pour les policiers, circonscrit suffisamment les recherches.

LE MATIN 23 AVRIL 1923

La rumeur publique désigne l'assassin de M. Peytavin, receveur du bureau de poste

Un important témoignage a été recueilli aujourd’hui. Il confirme que, un moment avant l'incendie, un mystérieux visiteur, celui-là même que de nombreux témoins entendirent frapper à la porte de M. Peytavin, a pu pénétrer dans l'appartement où était couché le receveur.

Ce témoignage émane de Mme Calvel, une vieille femme de 72 ans, mère du commerçant qui occupe les deux étages situés au-dessus du bureau de poste. Samedi, veille de Pâques, dans la nuit, Mme Calvel fut réveillée en sursaut par le violent claquement de la porte donnant accès à l'appartement du receveur. Mme Calvel perçut ensuite très nettement le bruit de pas de quelqu’un qui montait l'escalier, et qui, après avoir traversé le couloir accédant à la chambre de M. Peytavin, pénétrait dans cette pièce. Mme Calvel connaissait parfaitement le pas du receveur et sa manière habituelle de fermer la porte elle affirme que, cette nuit-là, ce n’était pas le receveur qui déambulait ainsi à l'étage au-dessous. Intriguée par cette visite insolite, la vieille dame ne put se rendormir de la nuit. Cependant, au moment précis de l'incendie, elle n’entendit plus aucun bruit.

Dès le lendemain, lorsqu’elles eurent connaissance des incidents qui avaient marqué cette nuit tragique, notamment de la visite de l’étranger mystérieux, un certain nombre de personnes n’hésitèrent plus à considérer l'inconnu comme le criminel qui avait incendié le bureau de Poste et tué son directeur. Malgré la gravité de la terrible accusation qu’elles allaient faire peser sur lui, elles révélèrent le nom de celui qu'elles croyaient capable d’un tel forfait. La personne que dénonçait ainsi la rumeur publique est un homme jouissant d'une certaine aisance mais il faut reconnaître que son passé est marqué d'incidents dont sa réputation eut quelque peu à souffrir.

Originaire d'une famille excellente, on lui impute, outre une légère peccadille, un larcin qui lui valut une condamnation - des actes plus graves dont la police eut jadis à connaître, mais dont il se tira, grâce à sa grande habileté. Cet homme est domicilié à Graulhet. Il possède de nombreux amis dans le département. Depuis un an, il avait fait la connaissance de M. Peytavin. A la suite de ces témoignages, la police mobile a décidé d'entendre la personne désignée, qui, par une troublante coïncidence, quitta Graulhet le lendemain même de la nuit tragique.

LE MATIN 24 AVRIL 1923

LA TRAGÉDIE DE GRAULHET

Le brandevinier Justin Ayral accusé de l'assassinat du receveur des postes et d'incendie volontaire est arrêté. Il proteste de son innocence aucune charge matérielle n'ayant été jusqu'ici relevée contre lui. L’enquête au sujet de la mort tragique de M. Peytavin, receveur des Postes, activement poussée par M.Satjé, commissaire de police et par M. Dautel, commissaire à la brigade de police mobile de Toulouse, ainsi que par les inspecteurs Bousquet et Pradelle, a provoqué la venue, aujourd’hui, en un d'après-midi, de M. Gso, procureur de la République, et de M. Galibert d'Auque, juge d'instruction du parquet de Lavaur. Ce transport de justice a déterminé l'arrestation d'un habitant du bourg, un brandevinier (fabricant et vendeur d'eau-de-vie), Justin Ayral 43 ans, qui a été écroué à 19 heures à la prison de Lavaur, sous la triple inculpation d'homicide volontaire sur la personne de M. Peytavin, de vol et d'incendie volontaire dans un lieu habité. Justin Ayral est cet habitant de Graulhet que la rumeur publique accusait, comme je vous l'ai dit hier, et contre lequel divers témoins ont apporté des précisions assez troublantes.

A dire vrai, il n'y a, jusqu’ici, aucune charge matérielle probante contre l'assassin présumé du receveur des Postes, mais son passé, son brusque départ au lendemain de l'incendie, et plusieurs contradictions relevées dans ses dires l'accablent.

« C'est un homme capable de tout » Originaire de Briatexte où réside encore sa femme dont il est divorcé depuis deux ans, Justin Ayral, brandevinier aisé, possesseur d'une distillerie ambulante, est fort connu dans la région. De sa profession, voire de bénéfices provenant de contrebande, il tire par an une trentaine de mille francs. Sa réputation est déplorable et de lui on dit communément « C'est un homme capable de tout ». Son casier judiciaire porte une condamnation, quoique mainte fois la justice eut à connaître de ses agissements délictueux. Mais en homme retors et débrouillard, le bouilleur de cru réussit souvent à échapper à la rigueur des tribunaux. Travailleur acharné quand il veut travailler, aimable, serviable à l'occasion, bon vivant, Ayral est une espèce de Don Juan de village.

Au lendemain de l'incendie où M. Peytavin devait périr, le brandevinier quitta brusquement Graulhet. Dans le bourg ce départ ne surprit tout d'abord personne. On savait qu'Ayral mûrissait de vastes projets : un nouveau mariage à Toulouse, la construction d'immeubles, l'achat d'un café dans la région. A son fils, qui habite avec lui, il avait annoncé son intention de pousser peut-être jusqu’à Paris. A certains il avait dit « Je pars pour Toulouse pour suivre un traitement dans une clinique. Aux autres « Je vais à Castres ou à Gaillac". L'enquête reprise ces jours-ci à Graulhet avait permis aux policiers d'enregistrer non seulement les graves accusations colportées sur Justin Ayral mais aussi d'établir que le brandevinier n’ignorait rien des habitudes du receveur des Postes, montant chaque soir, dans sa chambre à coucher, les sommes importantes et les liasses de valeurs dont il était dépositaire. Lorsque se produisit l'incendie du bureau de Poste, le distillateur avait été aperçu aux abords du sinistre. On avait remarqué qu'il était sombre et défait.

Le lendemain matin, son attitude avait été plus étrange encore. Il semblait fuir Mme Peytavin, rappelée en hâte.

Des perquisitions infructueuses ont été opérées à son domicile

S'entretenant avec ses concitoyens, Ayral défendit, contre les partisans de l'assassinat, la thèse de l'accident. Enfin, lui qui ne quittait Graulhet que très rarement, quitta le bourg. Nul ne savait où il s'était rendu. Hier, dimanche, Justin Ayral était de retour à Graulhet. Le commissaire Dautel et ses inspecteurs, informés aussitôt, le convoquèrent à la mairie. A titre de témoin, ils le questionnèrent longuement sur la fin tragique du receveur des Postes.

L'après-midi, les policiers procédèrent, dans la chambre du brandevinier, route de Castres, à une perquisition. Rien d'intéressant ne fut trouvé touchant le sujet préoccupant la police.

A 22 heures, Ayral fut conduit dans un hôtel celui où logeaient le commissaire Dautel et ses collaborateurs. Ce matin le témoin était à nouveau interrogé. A l’hôtel, ignorant qu’il était discrètement surveillé, il avait, dans la matinée, parlé à deux individus, qui l'approchèrent un moment, d’économies tenues cachées chez lui et d’une somme déposée en banque. Cet argent provenait, avait-il dit, de bénéfices non déclarés au fisc, et Ayral paraissait redouter que cette somme ne tombât entre les mains des policiers. Avisé, M. Dautel procéda immédiatement à des fouilles dans l'immeuble habité par le brandevinier. Mais celui-ci n’ayant pas voulu dénoncer la cachette, le magot ne put être découvert.

Au cours de l'interrogatoire que lui firent subir à 17 heures les magistrats du parquet de Lavaur, Ayral, en ce qui concerne l'incendie de la poste et la mort de M. Peytavin, fit des déclarations précises.

Je suis, a-t-il dit complètement étranger à cette sombre affaire. La veille de l’incendie, je me suis couché à 21 heures. Réveillé par le tocsin, je me rendis à la Poste, comme tout le monde. Depuis, ayant affaire à Toulouse, je suis parti pour cette ville. Sur sa situation de fortune, sur ses déplacements, Ayral fut des plus discrets. Il nia les propos tenus le matin même à l’hôtel et relatifs aux économies cachées. Sur certains points n’ayant qu’un rapport secondaire avec l’incendie, Ayral se montra en contradiction à plusieurs reprises non seulement avec lui-même, mais aussi avec l’enquête de la police. Ce sont ces contradictions qui décidèrent surtout de son arrestation.

LE MATIN DU 25 AVRIL 1923

LA MORT DU RECEVEUR DES POSTES DE GRAULHET

Quelques jours auparavant Justin Ayral, avait acheté un pistolet automatique

Quand Justin Ayral quitta, hier, à la fin de l'après-midi, la mairie de Graulhet pour être écroué à la prison de Lavaur, s'adressant aux curieux qui se pressaient sur la place, il leur dit en patois :  Je reviendrai bientôt. Je ne suis pas un assassin

C’est qu’en effet l'arrestation du brandevinier ne démontre pas qu'on tient en lui le voleur, l'incendiaire du bureau de Poste. Contre Ayral, il convient de le souligner, il n'y a aucune preuve matérielle. Seules de très graves présomptions, dont l'importance n'est d'ailleurs pas connue de l'inculpé, ont été retenues contre lui. Elles justifient cependant le mandat de dépôt dont il fait l'objet.

A-t-il un « trésor » ?

C'est en premier lieu le propos que Justin Ayral tint, dimanche malin, en présence de M.Moulis, l'hôtelier chez lequel il avait passé la nuit, et d'un ami, M. Escribe. Il se vanta de posséder un dépôt en banque et de receler en outre en une mystérieuse cachette, des valeurs que la police ne découvrirait pas. Si c'était de la part du distillateur une simple vantardise, combien il doit la regretter aujourd'hui !

M.Galibert d'Auque, juge d'instruction, qui l'invitait à s'expliquer sur le propos tenu le matin, Ayral répondit, après avoir tout d'abord opposé à MM. Moulis et Escribe un formel démenti : Si j'ai dit qu’on ne trouverait pas ma cachette, c'est pour la bonne raison qu’elle n'existe pas et que je n'ai aucun trésor suspect. Il est donc inutile que la police s'entête à la rechercher.

Une autre déposition, plus grave pour Ayral a été recueillie. Elle émane de M. Boujon, armurier à Lavaur, M. Boujon rapporte que, trois semaines environ avant Pâques, Ayral se présenta, dans sa boutique pour faire l'acquisition d'un pistolet automatique du calibre de G m/m 35. En l'absence de son mari, Mme Boujon montra, à l'acheteur différentes armes, mais elle refusa d'en céder. Ayral revint à deux reprises sans rencontrer M.Boujon et se fit connaitre.

Je suis, dit Ayral, le distillateur de Briatexte.

Revenu à nouveau chez l'armurier et rencontrant cette fois M. Boujon, Ayral fit alors l'acquisition du revolver qu'il convoitait. Hier M. Boujon fut mis en présence de son client sans que celui-ci ait été mis au courant des déclarations du témoin. L’armurier, après quelques hésitations, reconnut en Ayral l'acheteur du browning.

Le juge d'instruction se borna à demander à Ayral :

N'avez-vous pas eu à votre disposition d'autres armes que celle-ci. Et il lui présentait en même temps le revolver à barillet saisi au cours de la perquisition opérée la veille à son domicile.

Non répondit le brandevinier : Je n'ai jamais eu d'autres armes.

Ayral, confronté dans la soirée à Lavaur avec la femme et la fille de l'armurier présentes au moment de l'achat, a été formellement reconnu. L'achat de cette arme constitue pour la justice un point capital. Le parquet est convaincu de la culpabilité d'Ayral, et il reconstitue la tragédie de la façon suivante : Justin Ayral s'est présenté chez M. Peytavin dans la nuit, sachant le receveur seul, et sous le prétexte de lui apporter une certaine quantité d'alcool.

A différentes reprises, en effet, Ayral avait donné à M. Peytavin du trois-six et un litre d'une absinthe qu'il fabriquait. Bien que le receveur fût d'une extrême prudence, il ne pouvait recevoir à une autre heure la visite du brandevinier, étant donné la nature délicate de la livraison que devait lui faire celui-ci. Une fois dans la place, Ayral, surprenant le receveur, l'aura alors abattu à coups de browning. Après s’être emparé des valeurs, le meurtrier prit la fuite non sans avoir mis le feu à l'appartement à l'aide de l'alcool qu'il avait apporté. On sait qu'après la tragédie de Graulhet, Ayral disparut. Où se rendit-il ? Il a reconnu être allé à Toulouse, à Gaillac, à Aurillac où il comptait acheter un cinéma. Mais, d'une façon générale, il n'a pas voulu préciser jusqu’ici l'emploi de toutes les journées qu'il passa hors de Graulhet. Peut-être, estime le parquet le brandevinier est-il muet sur ce point parce qu'il craint qu'en révélant fidèlement son itinéraire, on ne parvienne à découvrir, avec les valeurs soustraites, une preuve évidente de sa culpabilité.

Le commissaire Dautel et les inspecteurs Pradelle et Bousquet de la brigade de police mobile de Toulouse, s'attachent actuellement à rétablir les faits et gestes de Justin Ayral depuis le 1er avril.

 LE MATIN DU 26 AVRIL 1923

Les présomptions s'accumulent contre le brandevinier de Graulhet

Disposant simplement de cinquante mille francs il désirait acquérir un cinéma ou une métairie payable deux cent mille francs comptant. Le parquet de Lavaur et la police mobile de Toulouse ont recueilli de nouvelles indications qui semblent devoir être pour l'enquête, d'une réelle importance.

Ainsi, on a appris que le lundi 9 avril, Justin Ayral, l'assassin présumé de M. Peytavin, était de passage à Toulouse. Il remit en payement d'une consommation à l'un des garçons du café Barrier un billet de 1000 francs portant une large tache d'encre. La police dépêcha, hier, un inspecteur pour saisir au café, ce billet, mais il avait été versé depuis à un établissement de crédit. Le gérant déclara à l'inspecteur que le billet remis par Ayral lui avait déjà été réclamé, il y a trois jours, par deux hommes ayant l'allure de paysans. La police fut tout d'abord très intriguée par cette démarche, mais elle sut bientôt, que les deux hommes en question sont de fort honnêtes gens qui sur les conseils d'amis de M. Peytavin ayant eu connaissance de l'échange fait au café Barrier par Ayral avec un billet de 1000 francs avaient cherché à entrer en possession du billet taché afin de le remettre à la justice.

D'autre part, le parquet a été avisé, par un homme d'affaires, que ces jours derniers, Ayral était entré en pourparlers pour l'achat de deux métairies l'une pour son compte, d’une valeur de 200.000 francs, et l'autre pour le compte d'une tierce personne, mais, qu'Ayral devait payer de ses deniers, d'une valeur de 260.000 francs. On a vu aussi qu’il y quinze jours, Ayral s’était rendu à Aurillac pour l'achat d'un cinéma et qu'il avait écrit au vendeur qu'il ne pouvait disposer que d'une somme de 50.000 francs au maximum. Le parquet de Lavaur va dès demain, faire procéder au déblaiement et à un examen minutieux des décombres de l'incendie. Le commissaire Dautel, de la brigade mobile, les inspecteurs Bousquet et Pradelle ainsi que M. Satjé, commissaire de police de Graulhet, se sont transportés ce matin à Flanhac, près de Decazeville (Aveyron), où Mme Peytavin veuve du receveur des Postes s'est retirée depuis la mort de son mari. Mme Peytavin a été longuement entendue et a fourni aux policiers des précisions sur les obligations et valeurs personnelles ou postales que M. Peytavin avait en sa possession la veille du 1er avril.

J'ai été reçu par Mme Peytavin, qui m'a fait les déclarations que voici :

J'ai fait connaissance de M. Ayral l'an dernier, au mois de septembre, au cours d'un dîner de vendanges que nous offrait M. Moulis un de nos amis hôtelier à Graulhet. Mon mari connaissait déjà le brandevinier mais n'était pas en relation avec lui. J'ai revu M. Ayral, toujours chez M. Moulis, à l’occasion d’un baptême, et par la suite, il est venu une ou deux fois chez nous. Nous avons accepté mon mari et moi une petite fiole de trois-six et il devait même, par la suite, apporter à mon mari un litre d'une absinthe qu'il fabriquait.

Le dimanche des Rameaux, M. Ayral est venu prendre le café la maison avec la famille Moulis, et je me souviens que mon mari lui demanda alors «  Quand m’apporterez-vous le litre d'absinthe que vous m'avez promis. Il fut incidemment question ce jour-là au cours de la conversation, des sommes importantes que le bureau de poste de Graulhet encaissait à l'occasion des échéances trimestrielles, sommes que mon mari ne pouvait verser que le lendemain au receveur des finances de Lavaur, sauf, quand c'était un dimanche ou un jour férié. Alors mon mari enfermait la fortune dont il était le gardien temporaire dans une pièce spéciale, dont seul il possédait la clé et où étaient rangées les valeurs, bons du Trésor ou autres, propriété de l'administration

Le dimanche des Rameaux également et toujours devant M. Ayral il avait été aussi question de mon départ pour Saint-Elix le samedi, veille de Pâques. Je ne crois pas que mon mari ait demandé à M. Ayral d'autre alcool que celui qu'il nous avait apporté. Je dois ajouter que si M. Ayral s'est présenté dans la soirée, même à une heure assez avancée à notre domicile, mon mari n'avait aucune raison de se méfier du brandevinier et de refuser de lui ouvrir et de l'introduire au rez-de-chaussée de l'appartement.

LE MATIN DU 27 AVRIL 1923

L'inculpé AYRAL se défend habilement mais l'enquête révèle des faits troublants

Depuis son arrestation, Ayral parait de jour en jour plus déprimé. Cet homme, qui est doté d'une très grande énergie, se ressaisit cependant à chaque interrogatoire que lui fait subir le juge d'instruction, M. Galibert d'Auque. C'est après avoir longuement réfléchi qu'il répond, fort habilement d'ailleurs, aux questions qui lui sont posées.

L'inculpé comparait seul ayant refusé la concours d'un avocat. Le juge n'entend pas aborder pour l'instant les charges les plus importantes l'achat du revolver browning, notamment. Il se borne à établir la situation financière du brandevinier et le total de ses dépenses depuis l'incendie. Ayral, qui, en toute autre circonstance, aurait été plus discret, déclare aujourd’hui qu'avec le produit de la contrebande il gagnait 30.000 francs par an. Mais on a tout lieu de penser qu'il exagère volontairement ses bénéfices, afin de laisser croire à l'existence d'économies suffisamment élevées pour justifier les entreprises nombreuses dont il projetait de se rendre acquéreur. L'ex-Mme Ayral dément sur ce point son mari. Au moment de la séparation, après le divorce, Ayral, qui venait de vendre un camion automobile sur lequel il avait perdu une somme d'argent assez élevée ne semblait posséder comme ressources qu’une somme de 10.000 francs en bons de la Défense nationale, soustraite à sa femme et qu'il avait cachée dans la cave, en la dissimulant sous de vieux chiffons. Depuis cette époque, Mme Ayral, dépouillée de son argent, ne put obtenir aucune somme de son ex-mari, condamné pourtant à lui payer, mensuellement une pension alimentaire pour son fils.

A partir de ce moment, Ayral a vécu fort modestement. Il a pu réaliser néanmoins quelques économies puisqu’il a prêté à différentes personnes des sommes dont le total s'élève à 15.000 francs environ mais c'est là, croit-on, tout son avoir, et il est loin de représenter les disponibilités nécessaires à la réalisation de ses projets. Il s'agit, on le sait, de différents cafés. à Lavaur, à Rabastens, à Rieumes, d'un cinéma à Aurillac et d'un fonds de quincaillerie à Lavaur.

Dans l'après-midi, à 16 heures, Ayral a comparu à nouveau devant le juge instruction M. Galibert d'Auque l'a interrogé sur son emploi du temps, dans la nuit de l'incendie. Ayral a renouvelé au magistrat ses explications qu'il donna au personnel de la brigade mobile. Couché de bonne heure, dit-il, la veille du sinistre, il avait été réveillé par le tocsin, s'était levé et avait couru à la Poste. Sur ce point encore, l'inculpé est en contradiction avec les témoins. D'après ces derniers, quand le tambour de ville quitta la mairie de Graulhet pour battre le tocsin, il était 4 heures. Aux premiers roulements du tambour sur la place de la Mairie un homme se leva en hâte, questionna " Où est le feu ?"  Un autre homme lui répondit « A la poste » cet homme, c'était Ayral. Il était déjà dans la rue, tout habillé, et l'on remarqua qu'outre le pardessus dont il était vêtu, il portait un capuchon sur son bras. On voit l'importance que tire l'accusation de ce fait. Dans l'hypothèse qu'elle émet, elle pense qu'Ayral n'était dehors à cette heure que parce qu'il rentrait de l'endroit où, en homme, prudent, il venait de cacher les valeurs volées à la poste.

La brigade mobile, qui s'efforce de rétablir l'emploi du temps de l'inculpé depuis son départ de Graulhet, a fait, ces jours derniers, d'intéressantes découvertes. C'est ainsi qu'elle a établi aujourd'hui qu'indépendamment du billet de mille francs qu'il avait changé au café Barrier, le 9 avril, à Toulouse, Ayral avait, en outre, remis, dans la même ville, deux autres billets de mille francs l'un au café Michel, boulevard de Strasbourg, et l'autre à une tenancière d'agence matrimoniale, dans les circonstances suivantes : le 12 avril, Ayral s'était, en effet, présenté chez Mme Collet, boulevard Matabiau, pour contracter mariage. il se nomma, déclarant qu’il possédait 100.000 francs d'argent liquide et 50.000 francs représentés par un cinéma dont il était propriétaire. Il invita Mme Collet à faire le nécessaire pour qu'il puisse rencontrer la fiancée qui lui convenait. Suivant la coutume Mme Collet invita son client à lui verser une provision pour la publication des annonces nécessaires. Ayral remit un billet de mille francs qu'il tira d'une liasse de sept ou huit billets de mille francs, non épinglés. Mme Collet, qui ne pouvait rendre la monnaie, conserva le billet, et quelques jours plus tard, quand Ayral revint à nouveau, elle voulut, régler son compte et remettre au brandevinier une somme de 600 francs. Mais Ayral la lui laissa généreusement "Gardez ça pour vous, dit-il et soyez assurée que l'affaire terminée je saurai vous récompenser largement » Ainsi, la police qui n'est pas au bout de sa tâche, a déjà établi qu'en quatre ou cinq jours, Ayral, et pour la seule ville de Toulouse, a dépensé plusieurs milliers de francs Des sept ou huit mille francs dont il était porteur lors de sa visite à Mme Collet, il ne lui restait, dix jours plus tard au moment de son arrestation, que cinq ou six cents francs. Ce sont là on doit le reconnaître, des dépenses excessives. On comprend que M. Dautel et ses collaborateurs aient hâte de retrouver dans les banques où ils ont été versés, les billets de 1.000 francs remis par Ayral à Toulouse.

Un industriel de Graulhet. M. Fernand Ayral, nous prie de faire savoir qu’il n'existe aucun lien de parenté entre lui et l’inculpé Justin Ayral.

LE MATIN DU 30 AVRIL 1923

La justice cherche la vérité dans les décombres du bureau de Poste.

Les fouilles entreprises dans les décombres du bureau de poste incendié se sont poursuivies, aujourd’hui, sous la surveillance du commissaire Amédée Dautel de la brigade mobile de Toulouse, de M. Satjé, commissaire de police de Graulhet et des inspecteurs Pradelle, Sutra et Bousquet. Le concours de ce dernier est des plus utiles, étant donné sa pratique des incendies, puisqu'il accomplit son service militaire dans les pompiers de Paris.

Ce que la police recherche ? - Les restes de l'infortuné M. Peytavin, les vestiges de l'avoir de sa femme ou des valeurs propriété de la Poste, qui ne furent pas, on le sait, retrouvées jusqu’ici et qu'on présume avoir été volées par celui qu'on accuse d'avoir assassiné le receveur.

Ce que la justice cherche surtout ? C'est la preuve du crime ou de l'innocence du brandevinier Ayral.

Dans la matinée, les trois ouvriers qui, à l'aide de pelles et de pioches, s'emploient, avec précaution, à déblayer et à trier les décombres, ont recueilli divers objets, notamment la lampe à pétrole dont s'éclairait, dans sa chambre, le receveur. Cette lampe a été retrouvée sur l'emplacement de la cuisine de M. Peytavin, à côté de la porte d'entrée, à l'endroit même où avaient été ramassés les restes du receveur. Au début de l'après-midi, nouvelle découverte celle des débris d'une bonbonne. La police n'entend tirer et ne peut d'ailleurs tirer quant à présent aucune conclusion de ces découvertes. La lampe, les débris de verre ont été mis sous scellés ainsi que le coup-de-poing américain, le verrou de sûreté et la serrure de la porte d'entrée trouvés hier. Il semble que le verrou de sûreté soit encore fermé, alors que la serrure de la porte au contraire est nettement ouverte. Faut-il admettre que M. Peytavin ait ouvert sa porte à un visiteur nocturne et que celui-ci ait poussé ensuite le verrou ? Mme Peytavin a été priée de venir à Graulhet durant les fouilles qui vont se poursuivre, afin de renseigner les enquêteurs sur les objets déjà recueillis ou pouvant être encore découverts. Le parquet de Lavaur se propose, dès que ces fouilles seront terminées, de soumettre à un médecin légiste parisien, probablement le docteur Paul, les débris humains (une colonne vertébrale, un cœur, une partie du foie), qui ont été découverts le jour même de l'incendie, ainsi que ceux qui pourraient être trouvés au cours des opérations actuelles. M. le commissaire Satjé va s’employer demain à établir la fortune exacte de Justin Ayral. Un compte courant au nom de ce dernier a été découvert dans la succursale d'un grand établissement de crédit.  Le coup-de-poing américain et le verrou de sûreté étaient la propriété personnelle du receveur. Nous avons vu, hier soir à Paris, le fils aîné de M. Peytavin, et nous lui avons soumis les premiers résultats des fouilles opérées dans les décombres du bureau de poste de Graulhet.

M. André Peytavin nous a déclaré

En ce qui concerne les débris de bonbonne, recueillis par la police, je ne puis affirmer que mon père n'en possédait pas. Peut-être y en avait-il une dans la petite cave à côté de la cuisine. Mais en ce qui concerne le coup-de-poing américain et le verrou, aucun doute n'est possible l'un et l'autre appartenaient à mon père. Ces deux objets étaient placés dans une boîte contenant des outils. Le verrou de sûreté avait été, par mon père, rapporté de Paris, et il n'avait pas eu l'occasion de l'utiliser.  L'affirmation de M. André Peytavin ne manquera pas d'être retenue avec intérêt par les enquêteurs. Il n'y avait pas de verrou de sûreté à la porte de l'appartement du receveur des postes, qui, une fois chez lui fermait la serrure à clef. Or, cette serrure avait été retrouvée ouverte.

 

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