
Les années AUBRAC
Ceux qui y étaient s'en souviennent encore...
par Gérard DURAND
participant à la première classe de neige à Aubrac en 1967
Les mois à venir s'annonçaient troubles mais ce matin d'hiver était clair. Le maire était là, les adjoints en nombre et les parentèles au complet sur la place trop petite. Pas question de manquer la première. Nous étions cinquante garçons, nous étions émus de quitter Graulhet et les nôtres mais nous étions fiers, nous étions des pionniers. Pensez-donc. Des fils de patrons mégissiers, aux côtés de ceux d'ouvriers dans le même bus d'un départ vers l'Aubrac à l'aube d'un inédit mois complet de "classes de neige". Premier émois d'une belle jeunesse. La route était longue le parcours sinueux et les arrêts fréquents entre Rodez et Laguiole. Puis, le paysage a changé. Les amas de neige noircie de bord de route ont laissé place aux congères. Les chauffeurs ont mis les chaînes. Un grand bâtiment de pierre sombre nous attendait, marquant le terminus. Nous étions à Aubrac. Premiers pas dans la fraîche tombée la veille en abondance. Nous étions à l'étage, des chambres de six, les lavabos en commun et les instituteurs au bout du couloir. La première nuit a révélé nombre d'insomniaques. Ca pleurait, ça gémissait, ça toussait, ça parlait en rêvant, ça suffoquait, ça tournait dans les couchettes. Le lendemain, l'anxiété a laissé la place à la fébrilité. Chacun a récupéré ses planches vernies aux fixations à gros ressort, ses souliers à crochets et ses bâtons à dragonne de cuir, enfilé son pantalon fuseau, son bonnet tricoté par maman et ses lunettes en mica de Paris-Graulhet. Attentifs aux explications des moniteurs, nous nous sommes essayés aux premières glisses, raidis par la sensation, grisés par la vitesse! La pente était moindre, les arbustes dépassaient de la neige, les chutes étaient plus ou moins artistiques, la mécanique du téléski faisait des soubresauts, mais le plaisir accompagnait la découverte. Classe le matin, ski l'après-midi, c'était le programme quotidien, avec thé bouillant en rentrant des pistes. Et puis il y eut à mi-séjour la visite des familles. Histoire de raconter ses premiers exploits, de relater de vertigineuses descentes, d'avancer sa maîtrise du schuss pour les plus téméraires, du sage chasse-neige pour les moins entreprenants. Le dimanche était jour de relâche scolaire, une partie du groupe descendant à Aubrac pour la messe du matin, les autres façonnant un bonhomme de neige ou jouant au Nain Jaune. Un jour, le restaurant Chez Germaine, au coeur du village mais à trois kilomètres du chalet nous avait invité à un copieux goûter. La tempête de neige s'annonçant, il fallut quitter précipitamment la grande salle à manger, et revenir dans la tourmente, mains dans la main, sous les injonctions des instits nous demandant de ne surtout pas lâcher celles de celui de devant et de celui de derrière. Les nuits tourmentées s'étaient apaisées, les batailles de polochons étaient fréquentes, les surveillants bon-enfants. Côté ski, pour tous, les progrès ont été constants. Au point d'envisager trois étoiles au départ du slalom spécial qui délivrerait les précieuses médailles en fin de séjour. Les plus adroits ont réussi à en décrocher deux, tous les autres ont eu droit à une, remise par l'édile au retour, à la grande fierté des parents revenus à la mairie accueillir leurs garçons rentrant d'une belle épopée. C'était il y a plus de 50 ans. Ceux qui y étaient s'en souviennent encore.
Gérard DURAND (Texte inédit pour le blog Mémoires de Graulhet)



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LES PHOTOS 1967
Les photos de la première classe de neige en février 1967


Le groupe 1967 devant le réfectoire

Des élèves et Henri AURIOL


Henri Auriol et Pierre DURAND

Pendant les cours...

L'arrivée du courrier


Si la neige manque à Aubrac, les cours de ski se passent à LAGUIOLE


Les instituteurs Pierre DURAND et Henri AURIOL étaient aidés par des élèves de l’École normale tout au long du séjour. Ici lors du repas pris en commun au réfectoire
L'année suivante 1968
En 1968 deux classes iront à AUBRAC dont celle de Madame ESCRIBES de l’École BARRICOUTEAU et une classe de l’École VICTOR-HUGO

Le groupe 1968 dans le Royal Aubrac
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A Graulhet réception à la mairie par le Maire Monsieur DUMONTIER
On peut reconnaitre sur ces photos Mesdames ESCRIBES, JULIE,
Messieurs PONTIER, DRUGEON, LASSERRE.


Pendant le séjour le jeune élève MORO (ici en photo à gauche sur la photo) s'est blessé et a dû être hospitalisé à Albi. Monsieur AURIOL instituteur l'a accompagné en ambulance d'Aubrac à Albi mais le retour pour Monsieur AURIOL fut mouvementé. En effet une tempête de neige a empêché l'ambulancier d'arriver à Aubrac. Le chauffeur et Monsieur AURIOL ont du prendre une chambre d'hôtel. Le lendemain Henri AURIOL a pu rejoindre Aubrac dans la voiture du facteur faisant sa tournée avec le chasse-neige qui ouvrait la route !
Rappel historique des premières années
Première année : 1967 à Aubrac jusqu'en 1977
A compter de 1978 : Saint-Lary suivront Egat (près Font-Romeu) en 1981
et Vielle Aure (1982)...
Les articles publiées dans les BROCHURES ANNUELLES DE LA VILLE DE GRAULHET


une lettre publiée dans le BULLETIN ANNUEL DE GRAULHET de 1976

Quelques années après à Saint-Lary dans les Hautes-Pyrénées


Merci à Henri AURIOL, Gérard DURAND et David RECORDS pour leurs collaborations et le partage des souvenirs et des photos
Archives privées - Brochures de la Ville de Graulhet