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La grande grève 1909-1910 - A travers la presse française - Décembre 1909 à Janvier 1910

Première partie : Décembre 1909 à Janvier 1910

Pour illustrer les cartes postales éditées sur cette grève MEMOIRESDEGRAULHET propose de vous replonger dans la presse nationale de l’époque et de relire articles et dépêches tels qu’ils sont parus. Articles et depêches que j'ai retranscrits pour vous.
L’ensemble de la presse n’étant pas disponible en ligne, c’est donc une sélection involontairement subjective, mais qui décrit bien l’ampleur de ce mouvement et certainement la violence qui devait régner durant ces longs mois. Volontairement je n'ai pas choisi uniquement des journaux proche de la classe ouvrière , toutes les sensibilités politiques sont représentées.
La presse quotidienne s’est intéressée à ce mouvement que tardivement, cependant le premier mois de grève (décembre 1909) on trouve quelques articles. A partir de janvier et jusqu’à début mars 1910 les articles et surtout les dépêches sont plus nombreux. Les gros titres sont souvent en une de quotidiens tirant à plus d’un million d’exemplaires ! J’ai essayé de mélanger les titres de journaux et de donner aux principales dates, les événements marquants mais également les faits quotidiens. En particulier vous pourrez lire, en date du mardi 11 janvier 1910 et dans le journal LE TEMPS, un article passionnant qui donne un regard intéressant sur Graulhet et son industrie en 1910.

L'ensemble de cette chronologie est illustrée par notre collection de cartes postales, de cartes photos. Toutes ces cartes sont rares et recherchées. D'autres cartes de la grève de 1910 seront publiées prochainement....

Maintenant, ouvrons les journaux d'époque et laissons filer l'histoire...

Quotidiens cités :
LE MATIN :
Le Matin journal quotidien français créé en 1883. Il fut l'un des quatre grands quotidiens dans les années 1910 et 1920, tirant un million d'exemplaires à la veille de 1914
LE FIGARO
Le Figaro journal français fondé en 1826 est un journal de droite et de centre-droit.
LE PETIT PARISIEN
Le Petit Parisien journal français qui a existé de 1876 à 1944. A la veille de la guerre de 1914-18, c'est l'un des quatre plus grands quotidiens français d’avant-guerre.
LA PRESSE
La Presse quotidien français lancé en 1836. La Presse est avec Le Siècle le premier des grands quotidiens populaires français.
LA CROIX
La Croix quotidien français catholique créé en 1880.
L’HUMANITE
L’Humanité journal français, socialiste jusqu'à fin 1920 puis communiste, fondé en 1904 par le dirigeant socialiste Jean Jaurès.
LE TEMPS
Le journal fut fondé en 1861 devenant ensuite le journal le plus important de la Troisième République.

NOUVEAUTES vendredi 10 décembre 1909

La grève est complète à Graulhet. Dix-huit cents ouvriers ont quitté le travail, qui a cessé dans toutes les usines. Des réunions entre patrons et ouvriers n'ont donné aucun résultat. Les grévistes ont fait appel aux organisations syndicales et à la C.G.T. qui va envoyer un délégué. Des soupes communistes ont été organisées. Jusqu'ici le calme est complet.

Deux rares cartes postales des soupes communistes 

 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Carte postale : Epluchage de pommes de terre par le Comité de la grève (au centre Vincent AURIOL futur président de la République)

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 NOUVEAUTES lundi 13 décembre 1909

L'accord n'est pas fait à Graulhet, les patrons avaient accordé une augmentation de salaires, mais avaient refusé une diminution parallèle de la durée du travail.

NOUVEAUTES mercredi 29 décembre 1909

On signale de nouveaux troubles à Graulhet où les ouvriers mégissiers sont en grève depuis trois semaines. Des manifestations ont eu lieu dans la rue et des balles de sumac ont été éventrées. Le sous-préfet est sur les lieux.

Carte postale :  Manifestation gréviste carrefour Saint-Projet

 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 

- La grève de 1910 inédite

 jeudi 30 décembre 1909
Violents incidents de grève a Graulhet
LES MÉGISSIERS FORCENT UN TRAIN A S'ARRÊTER

La grève des mégissiers de Graulhet qui, depuis trois semaines, s'était passée sans incident grave, a pris, hier, un caractère de violence spontané.
Les grévistes, après avoir parcouru les rues de la ville hier soir, se sont rendus en cortège dans les environs. Ils ont brisé les vitres des usines Cathalo, puis se précipitant sur les balles de sumac, les grévistes les éventrèrent et répandirent leur contenu dans la boue. Une autre usine voisine eut le même sort.
La nuit a été calme en ville où les patrouilles de cavaliers cavalcadaient à de courts intervalles. Par contre, dans la campagne, une vingtaine de poteaux amenant l'énergie électrique aux usines, ont été sciés.
Les grévistes, de leur côté, ont organisé des patrouilles qui ont mission de surveiller les paysans qui vont travailler aux usines. La ville a perdu son aspect de calme. Des groupes stationnent au coin des rues, des incidents nombreux se produisent.

Fac-similé de l'article en première page du Petit Parisien daté du 30 décembre 1909, illustré par ce cliché inédit, pris devant la Halle.

greves

 

- La grève de 1910 inédite

dimanche 2 janvier 1910
NOUVEAUX INCIDENTS A GRAULHET

On annonce que de violentes manifestations se sont produites à Graulhet. Les grévistes, qui, pendant les deux dernières journées, étaient restés très calmes, ont recommencé leurs sorties hors la ville. On signale qu'ils ont commis des actes graves. Ils auraient, en effet, renversé plusieurs poteaux électriques pour interrompre les communications. On ne possède aucun détail sur ces faits, mais l'autorité militaire, prévenue de ces nouveaux incidents, est prête à expédier à Graulhet un bataillon du 154° d'infanterie.

Carte postale : Ouvrières grévistes

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 NOUVEAUTES Lundi 3 janvier 1910

De nouveaux actes de sabotage ont été commis l'avant-dernière nuit sur la route de Labessières. Des poteaux ont été sciés et des câbles électriques rompus le résultat en a été la privation de force motrice pour Graulhet et d'éclairage pour Albi.
NOUVEAUTES Mardi 4 janvier 1910

Le Préfet du Tarn s’est rendu aujourd'hui à Graulhet, où il a conféré avec le comité de la grève et avec quelques patrons.
Le nombre des grévistes est actuellement de 1800, nourris à l'aide de soupes communistes. Ils viennent d'adresser un pressant appel à la solidarité ouvrière et aussi au concours des municipalités républicaines de la région.
Un fort chargement de peaux entièrement préparées a été escorté à la gare par les gendarmes. Les grévistes préparent de nouveaux départs d'enfants, qui auront lieu, mercredi, pour Saint-Sulpice et Toulouse.  

Carte postale : Camions de marchandises escortés par la troupe (sur le Pont Neuf)

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Carte postale : La gare protégée par la troupe

                      

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 

LE TEMPS mercredi 5 janvier 1910

La grève des mégissiers de Graulhet
On mande de Graulhet qu'il se produit toujours des actes de sabotage sur les lignes portant le courant électrique; des patrouilles de gendarmerie surveillent les usines.
L'exode des enfants a commencé vingt ont été dirigés sur Decazeville, d'autres vont partir sur Toulouse, Castres, Mazamet et Albi.    

                  Carte photo : Les enfants de Mazamet Graulhet sont tous frères

 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Des soupes communistes fonctionnent. Un appel est adressé par le comité de grève aux municipalités républicaines et socialistes, demandant des secours pour pouvoir faire face aux dépenses de ces soupes communistes qui doivent alimenter trois mille huit cents bouches.
Le préfet du Tarn et le sous-préfet sont sur les feux.

NOUVEAUTES Jeudi 6 janvier 1910

Un groupe de grévistes ont tenté d'empêcher ce soir la rentrée des charrettes chez un patron mégissier. Ces voitures portaient, sous escorte de gendarmes diverses marchandises. Une cinquantaine d'hommes et de femmes se sont couchés devant le portail de la petite vitesse, afin d'arrêter la marche des chevaux.
Le sous-préfet et le commissaire spécial parlementèrent avec les grévistes, et l'incident n'eut pas de suites fâcheuses.
Dans la soirée, des pierres ont été jetées dans les vitres de la maison Fabre.


NOUVEAUTES Vendredi 7 janvier 1910

LES GRÈVES DE GRAULHET
De nouveaux départs d'enfants de grévistes ont eu lieu hier et aujourd'hui pour Saint-Sulpice, Castres et Toulouse. Cela a donné lieu à quelques manifestations, car un imposant cortège accompagnait les partants à la gare.
Carte postale :   L'exode des enfants (devant la Halle)

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Les gendarmes procèdent sans cesse à des patrouilles, ils accompagnent les convois de marchandises à destination soit des usines, soit de la gare.
Je vous disais hier soir que des pierres avaient été lancées dans les fenêtres de M. Laurent-Fabre. Le bruit ayant couru parmi les grévistes que celui-ci avait, à cette occasion giflé la femme du président du syndicat ouvrier, une formidable manifestation fut organisée devant sa demeure. La force armée barra la route, et les grévistes et manifestants, voulant passer outre, se heurtèrent à elle. Pris entre deux pelotons, les grévistes hommes et femmes se couchèrent devant les chevaux des gendarmes et chantèrent l'Internationale. La gendarmerie put cependant, grâce à son extrême modération, éviter toute collision fâcheuse. M. Laurent Fabre affirme qu'il ne gifla pas la femme du président du syndicat, Mme Bressolles, mais il lui aurait reproché seulement sa conduite. Une enquête est ouverte à ce sujet.

- La grève de 1910 inédite

Dimanche 9 janvier 1910

Un pétard de dynamite explose devant la maison d'un patron

Les délégations des patrons, des ouvriers, de la municipalité et des commerçants se sont réunies hier soir à la mairie. Aucune concession n'a été consentie par les parties en conflit. Personne ne veut céder.
On se souvient que la principale revendication des ouvriers porte sur la durée du travail qu'ils désirent voir réduite à neuf heures au lieu de neuf heures et demie. Les commissions patronale et ouvrière se sont mises d'accord pour se réunir à nouveau dimanche, à deux heures de l'après-midi.
La nuit d'hier a malheureusement été marquée par un grave incident.
Un pétard, probablement chargé de dynamite, a éclaté devant la porte de la maison de M. Fonvieille, président de la commission patronale. Les traces de l'explosion sont très apparentes. Une des marches est descellée, mais la maison n'a pas souffert. On recherche le coupable.
Un renfort de cinquante gendarmes est arrivé dans la nuit.
Au cours de la même nuit, le poste d'infanterie détaché à l'usine Pages a dû mettre baïonnette au canon pour repousser des personnes qui étaient entrées dans l'usine après avoir franchi la clôture.
On suppose que les agresseurs mis en fuite par le geste des fantassins pénétraient dans l'usine, pour débaucher ceux de leurs camarades qui y travaillaient encore.
Ce matin, une laitière a été arrêtée par les grévistes : le lait qu'elle portait a été transporté à la Maison du peuple. Plainte a été déposée.
Aujourd'hui, les grévistes se sont livrés à une grande manifestation leur cortège s'est déroulé sur cinq kilomètres environ. En passant devant quelques usines du quartier Saint-Pierre, ils ont sifflé et hué les patrons.


NOUVEAUTES Lundi 10 janvier 1910

LE CONFLIT DE GRAULHET
Les patrons mégissiers de Graulhet ont accepté la proposition du conseil municipal de constituer une commission mixte en vue de solutionner le conflit, et ont fait connaître les noms des cinq délégués.
Cette commission doit tenir sa première réunion cet après-midi.
Une cinquantaine d'enfants de grévistes sont partis à destination d'Albi et de Decazeville. Or les mégissiers apprenant au retour de la gare qu'un départ de peaux était tenté, se portèrent en foule sur la route de Lavaur, aux alentours des usines signalées. Les gendarmes intervinrent, mais uniquement pour rétablir la circulation.
Le lieutenant-colonel Velly du 15e de ligne, est venu prendre aujourd'hui le commandement des forces militaires.
Au cours d'une réunion tenue cet après-midi, à la Maison du peuple, le comité de grève a annoncé qu'il avait reçu des sommes relativement importantes de quelques syndicats.

 
Toulouse, 9 janvier. Dépêche particulière du « Matin »

 
A Graulhet. la réunion de la commission mixte patronale et ouvrière s'est, ainsi que je vous l'ai dit précédemment réunie cet après-midi. Les ouvriers offrirent aux patrons de signer un contrat collectif assurant aux ouvriers la journée de neuf heures pour dix heures de présence aux usines, une demi-heure de repos leur étant accordée dans la matinée et la soirée. Ce contrat aurait une durée à déterminer, les ouvriers s'engageant sur l'honneur à respecter les clauses dudit contrat.
Les grévistes demandent aussi que l'augmentation déjà accordée aux femmes soit maintenue, et pour elles aussi la réduction des heures de travail devant rester acquise. Le préfet proposa de confier à une commission d'arbitrage le soin de solutionner le conflit sur la base de la création par les patrons d'une caisse de chômage, en attendant que ceux-ci puissent accepter les revendications des ouvriers.

Les patrons ne firent aucune proposition nouvelle et se bornèrent à déclarer qu'ils avaient déjà consenti tous les sacrifices que la situation précaire de leur industrie leur permettait de faire. La discussion dura trois heures et finalement la commission se sépara sans avoir rien décidé.
Ce soir, de huit à dix heures, les grévistes tinrent un nouveau meeting dont la sortie s'effectua sans incidents.

Carte postale  : Les patrons mégissiers au travail

 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

 Carte postale : Comité ouvrier de la grève

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

LE TEMPS Mardi 11 janvier 1910

La grève de Graulhet

Les incidents de grève qui se déroutent dans le Tarn, à Graulhet, prononcez Grauillet, sont trop loin de nous pour qu'on ait attaché jusqu'ici beaucoup d'importance à ce mouvement. Le nom même de la cité ouvrière était peu connu du grand public avant que le télégraphe nous annonçât ces scènes déplorables. Il en était ainsi de Fourmies, quand eut lieu la tragique journée dont le souvenir n'est point effacé.
Graulhet, cependant, est une ville de plus de 8000 âmes, dont le développement est d'autant plus remarquable qu'elle est en dehors des voies de grande circulation. Mais elle participe de l'étonnante fortune d'une cité voisine elle met en œuvre les peaux de mouton qui ont subi à Mazamet l'opération du délainage. Ces peaux sont mégissées à Graulhet, la ville et ses environs vivent uniquement par la mégisserie.
La ville se prolonge donc au bord du Dadou, le noyau primitif est assez exigu, car l'accroissement est tout moderne la population a triplé depuis un siècle. La cité ancienne est un de ces vieux bourg albigeois étroitement serrés, percés de rues étroites et sinueuses c'est la Ville Haute, où l’on a érigé la statue de l'amiral Jaurès: la famille du grand amiral est originaire du pays.
Le Dadou coule au pied de la Ville Haute, entre des mégisseries dont les charpentes capricieuses et grises donnent un certain caractère au site, le pittoresque est accru par un moulin flanqué de tours. Sur la rive droite, les établissements sont plus nombreux et ont fait naître autour d’eux le vaste faubourg de Saint-Jean-de-la-rive ou Ville-Basse.
La mégisserie de Graulhet a une place bien à part dans l'industrie française du cuir, c'est le centre pour la production des maroquins pour doublures de chaussures et des peaux employées dans la reliure, la maroquinerie, la gainerie, etc... Les fabriques sont arrivées à une vivacité de teintes remarquable. Le type des cuirs pour doublure de Graulhet reste bien confiné dans la région; on ne trouve que peu d'usines similaires; je crois bien qu'il n'en est, et en nombre infime, qu'à Mazamet et à Bordeaux.
De tout temps Graulhet a travaillé les peaux de mouton, produites en quantité en Albigeois, mais pendant bien des années ce fut surtout un centre pour la chapellerie. Celle-ci a peu à peu disparu. A mesure que Mazamet se livrait davantage au délainage, Graulhet progressait, les matières premières étant de plus en plus abondantes. Aujourd'hui on évalue à plus de 700.000 douzaines le nombre des peaux préparées chaque année.
C'est vers 1850 que l'industrie prit son essor, alors naquit au bord du Dadou la préparation des peaux de mouton pour doublures de chaussures. La mégisserie locale diffère de celle d'autres centres, comme Annonay et Saint-Junien, par la méthode de tannage, celui-ci eut lieu longtemps uniquement à l'aide de tan, écorce de chêne ou sumac mais les extraits entrent chaque année davantage dans les usines. Les cuirots venus de Mazamet sont ensuite répandus dans le monde entier pour doubler les souliers, il n'y a que deux autres fabriques à l'étranger pour cet article l'une à Gênes, l'autre à Turin. Graulhet produit également beaucoup de basanes.
Longtemps l'outillage est resté primitif, mais comme partout, les petits ateliers sont fermés. Il y a vingt-cinq ans, il y avait 102 fabriques; la moitié de ces établissements ont disparu, ceux qui restent sont plus considérables, et malgré l'ardente hostilité des ouvriers, ont remplacé une partie de la main-d'œuvre par les machines. Le changement n'a pas été aussi profond qu'il eût pu l'être, et c'est une cause sérieuse d'infériorité pour l'active petite ville. Si des usines outillées à la moderne venaient à naître dans le rayon de Mazamet, Graulhet serait gravement menacé.
Graulhet n'a comme voie de communication qu'un chemin de fer à voie étroite, le reliant d'un côté à la gare de Laboutarié, sur la ligne de Castres, de l'autre à la gare de Lavaur, matières premières et produits fabriqués sont donc soumis à des transbordements.
Malgré cette situation désavantageuse, la ville ne cesse de s'accroître, l'industrie y fait montre d'une énergie et d'une activité remarquables, malheureusement les grèves sont fréquentes en 1885 le travail cessa pendant quatre mois, en 1889 nouvelle grève de trois mois, en 1898 autres arrêts des fabriques. La grève actuelle est une des plus graves qui aient agité Graulhet, une des plus menaçantes aussi pour l'avenir d'une industrie dont un chiffre donnera l'importance. Le mouvement d'affaires atteint chaque année 12 millions de francs les peaux mégissées ont pour débouchés outre Paris et le marché français, l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande, la Belgique, l'Autriche, Hongrie et la Suède.
Il ne faudrait pas beaucoup d'agitations semblables à celle dont le pays est actuellement témoin pour faire tenter l'exode de cette fabrication. L'exemple de Fougères mérite d'être retenu.
Les commissions patronale et ouvrière ont eu hier après-midi une conférence. Les patrons ont déclaré accorder l'augmentation de vingt-cinq centimes demandée pour le salaire des femmes, mais ils ont ajouté ne pouvoir discuter aucune autre proposition. Cependant sur intervention du préfet, ils ont accepté de soumettre à leurs collègues, dans la réunion de jeudi, une proposition des ouvriers relative à un contrat collectif.


NOUVEAUTES Mercredi 12 janvier 1910

A Graulhet, ce matin, sous la protection des gendarmes, des dragons et des fantassins, divers chargements de marchandises ont été transportés de la gare à deux usines. Les grévistes se sont massés sur les divers points du parcours des charrettes, mais la consigne fut sévèrement observée et personne ne put franchir le cordon de troupes.
Quelques poussées se produisirent. Un patron fut conspué, mais finalement les chargements et les transports purent se terminer sans encombre.
M. Jaurès, député, est arrivé à midi. Les grévistes, qui étaient allés le recevoir à la gare, assistèrent cet après-midi à une réunion où le député de Carmaux prit la parole.                                                                                                                                 

 Carte postale : Jean Jaurès à Graulhet

 LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Carte postale : Commission ouvrière de la Grève

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Après avoir conféré avec le comité de grève, et le préfet du Tarn, M. Jaurès a rendu visite à la commission patronale, essayant, sans succès, de faire accepter les propositions des ouvriers au sujet de la signature d'un contrat collectif, garantissant que pendant deux ans aucune autre revendication ne serait soulevée par les ouvriers et que si le travail était abandonné à l'expiration dudit contrat, il ne le serait qu'après préavis de trois jours.
M. Jaurès déclare que dans ce conflit il y a une question d'hygiène industrielle, à propos de laquelle, dès son retour à Paris, il a l'intention d'interpeller le gouvernement.

- La grève de 1910 inédite

 Jeudi 13 janvier 1910

Les grévistes  s'opposent au transport des marchandises
La nuit dernière a été marquée par des alertes vives.
A deux heures du matin les clairons et les tambours des grévistes ont parcouru la ville. Quelques centaines d'ouvriers se réunirent aussitôt à la gare et sur les ponts du Dadou. Le bruit s'était répandu que des marchandises allaient être transportées des usines à la gare pour être expédiées sur l'Angleterre. Le mardi est, en effet, le dernier délai d'expédition des peaux de Graulhet pour ce pays.
« Les gendarmes ont eu hier leur journée, disaient les grévistes, nous aurons la nôtre aujourd'hui. » Après une intervention de M. Jaurès et du préfet, les manifestants ont regagné leurs demeures.

Carte postale : La gare occupée militairement

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

A six heures nouvelle alerte. Cette fois, c'étaient les patrons mégissiers au nombre d'une quinzaine que les ouvriers ont arrêtés aux ponts du Dadou. Ils n'ont pas voulu leur permettre de se rendre aux usines. MM. Brisac et Jaurès intervinrent et finalement, les ouvriers cédèrent.
Après l'agitation de cette nuit, la journée s'est déroulée dans un calme absolu. On annonce pour demain une réunion de la commission patronale.

NOUVEAUTESLundi 17 janvier 1910

Plusieurs entrevues ont eu lieu cet après-midi entre grévistes et patrons, mais elles n'ont pas donné de résultats.

NOUVEAUTES Mardi 18 janvier 1910

A Graulhet, le préfet du Tarn a eu aujourd'hui une nouvelle entrevue avec la commission patronale et ouvrière. Les patrons saisis du projet d'un contrat collectif ont déclaré qu'ils en délibéreraient à nouveau.
M. Jaurès a télégraphié ce soir aux grévistes le résultat du vote de la Chambre.

NOUVEAUTES  Vendredi 21 janvier 1910

Deux soldats du 15° d'infanterie d'Albi, qui est détaché à la grève de Graulhet, ont voulu traverser la rivière près d'une usine. Leur barque, prise par le courant, a chaviré. L'un d'eux, Paul Fabry, s'est noyé.

Carte postale :

Rare témoignage d'un soldat détaché à Graulhet en date du 8 janvier 1910 

LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

Graulhet le 8/01/1910  - Votre carte qui m’apportait tous vos vœux de bonne année est venue me trouver à Graulhet où je suis depuis hier. Il y a 1500 grévistes qu’il faut le reconnaître ont été assez calmes depuis notre arrivée. Je suis chargé avec mon escouade de garder une usine où nous montons la garde toute la nuit. Malgré tout nous ne sommes pas trop mal logés, couchés dans la laine il ne fait pas trop froid malgré la rigueur des températures.
Recevez pour vous et votre famille mes meilleurs souhaits de bonheur à l’occasion de l’année qui s’ouvre.

NOUVEAUTES Mardi 25 janvier 1910
 
Le préfet du Tarn vient de faire placarder un arrêté rappelant qu'aux termes de la loi de 1848 les attroupements sont interdits sur la voie publique. Il ajoute qu'il compte sur le bon sens et la sagesse de la population pour l'exécution de ces prescriptions, seules capables de permettre la prompte solution d'un douloureux conflit. La ville demeure calme. Cependant, en prévision de tout événement, un bataillon du 122° d'infanterie de Rodez et un escadron du 1er hussards de Béziers vont arriver cette nuit.

Carte postale : Grévistes devant la gare

 LA GRÈVE DE 1910 A TRAVERS LA PRESSE ET LES CARTES POSTALES

NOUVEAUTES Jeudi 27 janvier 1910

Quelques manifestations tumultueuses ont eu lieu à Graulhet, la nuit dernière des devantures ont été brisées à coups de pierres. La ligne téléphonique d'Albi a été coupée.

NOUVEAUTES Vendredi 28 janvier 1910

A Graulhet, le Parquet a procédé à l'arrestation du gréviste Henri Pic, soupçonné d'avoir coupé les fils télégraphiques Un convoi de marchandises, sous la protection de la troupe, a pu arriver sans incidents à une usine.

NOUVEAUTES Dimanche 30 janvier 1910

A Graulhet, la situation s'améliore sensiblement les transports s'effectuent sans encombre. On attend un délégué de la C.G.T.
 

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