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Jean Pierre ALENGRIN

 

- Pierre ALENGRIN

 

Quelques éléments  de la vie de Jean-Pierre ALENGRIN

Naissance de Jean-Pierre ALENGRIN le vendredi 9 mai 1749 à Lacaune
Parents : Pierre ALENGRIN né en 1711 - médecin à Lacaune  - Marie-Anne MAURY née à Lavaur  en 1718 - Deux garçons et deux filles agrandiront le foyer, bien que vivants et habitant Lacaune, la famille possède une propriété à Graulhet dans le quartier de Carlac - Jean-Pierre affectionne particulièrement cet endroit
Études : Tout d'abord à l'école consulaire de Lacaune puis le Collège royal de Castres et ensuite le séminaire sulpicien Saint-Charles à Toulouse
Sacerdoce : 18 septembre 1773 : Jean-Pierre reçoit le sacrement de l'Ordre.
2 octobre 1773 : Installation au presbytère de l'église de Saint-Salvy du Sérail
18 janvier 1775 - Vicaire de Notre Dame du Val d'Amour à Graulhet - Jean-Pierre ALENGRIN habite dans la maison de Carlac - demeure spacieuse sans prétention , l'ensemble de deux hectares s'étend jusqu'à la route du château de Lésignac et jouxte du côté de la ville l'enclos des Capucins. Son père veuf s'est installé avec lui et ses deux derniers enfants. Le 22 avril 1789 Jean-Pierre devient archiprêtre de Graulhet (prise effective le 28 avril 1789), très proche du maire Germain ROSSIGNOL, Jean-Pierre ALENGRIN est associé à la vie politique en tant que conseiller politique et de renfort, une fonction qui lui donne voix consultative au conseil politique de la ville ( mais l'archiprêtre n'assistera à aucune réunion) - L'Assemblée constituante issue de la Révolution française a adopté des mesures concernant l’Église : la première : nationalisation des biens matériels du clergé, la deuxième : suppression des vœux monastiques et les ordres où se font de pareils vœux, la troisième : la constitution civile du clergé : l’Église sera organisée par une loi (découpe de la carte diocésaine, nomination des pasteurs...) - Les prêtres devront signer cette constitution sous peine d'être démis de leurs fonctions. Jean-Pierre ALENGRIN refuse de prêter serment à cette Constitution. De facto celui ci est remplacé par un curé " constitutionnel" Étienne DAURADE. Jean-Pierre ALENGRIN se retire dans sa maison de Carlac.Des changements à la tête de la municipalité, un durcissement des mentalités même des plus modérés révolutionnaires, une pression du curé constitutionnel ainsi que la fermeture de l'église Saint-Jean de la Rive dernier bastion des réfractaires contraignent les prêtres réfractaires à la clandestinité...de mai 1792 à janvier 1795, il est difficile de suivre la trace avec précision de Jean-Pierre ALENGRIN, qui accomplit de maisons en maisons de fermes en fermes son ministère sacerdotal.La municipalité graulhétoise est clémente envers les réfractaires et ne communique pas aux autorités une liste des prêtres, dans ses circonstances Jean-Pierre ALENGRIN quitte les monts de Lacaune pour Graulhet...En 1795 Jean-Pierre ALENGRIN se trouve à Lavaur chez un cousin par alliance le notaire CLAUZADE, par un mauvais concours de circonstance et quelques délations le prêtre est arrêté et à la suite d'un interrogatoire conduit à Castres.Le 6 février 1795 se tient son procès.

- Pierre ALENGRIN

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- Pierre ALENGRIN

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L'exécution aura lieu le jour même Place de l'Albinque (CASTRES) à l'emplacement de l'actuelle halle aux grains. Deux semaines après l'exécution, la République abroge toute la législation anti-religieuse et rétablit la liberté du culte. L’église Notre Dame du Val d'Amour sera en 1796 une des premières église du Tarn à avoir été rouverte au culte catholique romain. Les restes d'ALENGRIN et des autres prêtres réfractaires reposent dans le caveau de la chapelle des fonts baptismaux de la cathédrale Saint-Benoît. Une croix en fer forgé sera placé devant la maison des ALENGRIN à Graulhet.

Résumé et documents tirés de l'ouvrage

JEAN-PIERRE ALENGRIN (1749-1795) évangélisateur et martyr par Paul de CASSAGNAC

- Pierre ALENGRIN

 

 

- Allengrin

 

- Allengrin

- Allengrin

 L'article du quotidien LA CROIX du 28 avril 1937

Combien fut douloureuse pour les prêtres et les catholiques l'épreuve de la Révolution française ! Elle est très longue la liste des martyrs et des exilés, ainsi qu’en témoignent les histoires des diocèses écrites depuis cette époque. Il en reste encore à écrire : celle des trois diocèses qui, à la Révolution, devaient constituer le département du Tarn : Albi, Castres et Laveur. Que d'événements à rapporter, même après l’ouvrage, toujours si utile à consulter, du chanoine Salabert : les Saints et les martyrs du diocèse d’Albi (1893) ; après les études parues dans l’Albia Christiane, cette revue trop tôt disparue, et après les articles de celui qui certainement connaît le mieux la période révolutionnaire dans ce coin de Languedoc, M. le chanoine de Lacger ! Que d'événements à rapporter, que d’actes d’héroïsme à relever, que d’attitudes crânement chrétiennes à souligner ! Et que de noms à citer : ceux des prêtres qui moururent sur l’échafaud — notamment : Jean-Baptiste Imbert, Dominicain de Castres ; Jacques Barthe, vicaire de Saint-Etienne de Terrabusset ; Guillaume Cabrié, vicaire à Mazamet ; Antoine Puech, curé de Saint-Salvi de Fourestès ; de ceux qui, allant en Espagne, furent arrêtés et massacrés à Saint-Chinian : — ceux des laïques dont la tête tomba sous la guillotine : Jacques Sudre et Antoine Julien, cordonniers… A cette liste, forcément incomplète, il faudrait ajouter les noms des prêtres enfermés à la Chartreuse de Saix, à quelques kilomètres de Castres, où beaucoup moururent, et des prêtres exilés, par centaines, en Espagne, en Angleterre, au Portugal, en Suisse, ou déportés à l’Île de Ré, à la Guyane… Que leur nombre fût élevé, rien d’étonnant, quand on sait que les prêtres demeurés fidèles comprenaient la très grosse majorité du clergé des trois diocèses, tandis que les prêtres réfractaires étaient assez rares, groupés autour de Gausserand, l'évêque constitutionnel du Tarn, qui s’était substitué au cardinal de Bernis, archevêque d’Albi, ainsi qu’à Mgr de Royère, évêque de Castres, et à Mgr de Castellane, évêque de Lavaur, tous les trois ayant refusé de prêter le serment à la Constitution civile du clergé. Comment ne pas souhaiter que se lève l’érudit consciencieux, impartial et zélé, qui écrira l'histoire religieuse de la Révolution dans le Tarn ! Les documents abondent. Toutes les archives n’ont pas été dépouillées… En voici précisément qui sont d’un réel intérêt et qui concernent l’un des prêtres exécutés à Castres. Oh ! la belle figure que celle de Pierre Alengrin, archiprêtre de Graulhet, que nous présente M. l'abbé Fernand Bousquet, le docte professeur de l’école Sainte-Marie d’Albi (1).
Il était né à Lacaune le 9 mai 1749. Ses parents avaient puisé dans leur famille respective et dans leur milieu social une foi profonde, à laquelle ils demeurèrent fortement attachés et qu’ils transmirent à leurs cinq enfants. L’un d'eux, Jacques, se destinera à la prêtrise comme son aîné. De bonne heure, toute la famille vint à Graulhet, cité qui comme Lacaune, faisait partie du diocèse de Castres. C’est dans cette dernière ville où Mgr de Barral avait récemment établi un Petit Séminaire que Pierre et Jacque firent leurs études. Le premier fut ordonné prêtre par Mgr de Royère, qui avait succédé à Mgr de Barral. Son ordination (1778) devait être suivie d’assez prés par celle de son frère. Le curé de Saint-Salvi-du-Séral, Cabanel, originaire de Lacaune, fut heureux de retenir l’abbé Pierre Alengrin dans le pays de Graulhet, en lui confiant les fonctions de vicaire dans sa paroisse. Il s’acquitta de ses devoirs avec une telle conscience et un tel succès que l’archiprêtre l’attacha, peu après, au service de l’église de Notre-Dame du Val d’Amour. En même temps, les consuls de la ville lui offraient la « régence de la première école des garçons », c’est-à-dire la classe supérieure. Les enfants aimaient beaucoup leurs maîtres dont ils écoutaient attentivement les leçons, et les paroissiens trouvaient une joie bien chrétienne aux sermons que donnait le jeune prêtre. Sa réputation devait bien vite franchir les limites du diocèse de Castres. Mgr de Castellane l’appela à Lavaur en 1779, comme vicaire à la cathédrale Saint-Alain. Entre temps, il était pourvu du bénéfice de la paroisse de Belcastel dont il confiait le service à l'un de ses cousins, Antoine Alengrin, en faveur duquel il se démit quelques années plus tard (1788) de son hebdomadaire de Saint-Alain pour aller à Graulhet comme archiprêtre. C’était une cité très active avec ses tanneries et son industrie du tissage. Au point de vue agricole, elle passait pour le centre d’une région fertile en céréales, vins, pâturages. Il y faisait bon vivre ; et cette vie, les discordes politiques inexistantes ne la troublaient en rien. La vie religieuse y était intense, à tel point, remarque l'abbé Bousquet, que l’histoire des années révolutionnaires de Graulhet apparaît avant tout comme son histoire religieuse, tant la religion y a tenu de place. On y voyait une cathédrale, Notre-Dame du Val d’Amour, où le clergé paroissial était secondé par des prêtres chargés de services spéciaux ; et encore les églises de Saint-Projet, de Saint-Jean de la Rive, des Capucins. Ajoutons-y l’hôpital où des religieux de Saint-François assuraient, en même temps que le service de l’assistance et de l'administration, le service religieux. Dans la banlieue immédiate : la chapelle Saint-Roch ainsi que les églises paroissiales de Saint-Pierre des Ports, de Saint-Pierre de Rozède et de Saint-Sernin. On comprenait que, dans une atmosphère aussi pénétrée de religion et de piété, la population eût réprouvé avant tout la persécution de la foi catholique.

(1) Un volume, 10 francs. Chez M. l’abbé Ségur, curé doyen de Graulhet (Tarn).

Les premiers événements politico-révolutionnaires de 1789 n’eurent à Graulhet aucune répercussion. L’entente entre le clergé et les pouvoirs constitués s’avérait parfaite. Elle le serait demeurée sans doute si des impulsions extérieures n’étaient venues la rompre ; et encore, les pouvoirs civils garderont-ils, même aux plus mauvais jours, une louable modération. Mais les mauvais jours approchent. L’année 1790 voit les 134 évêchés de France ramenés à 83, les évêques contrôlés par des vicaires épiscopaux…, la suppression des Ordres monastiques à vœux solennels. Cette dernière décision fut désapprouvée par les habitants de Graulhet, et l'écho de leurs sentiments trouva sa franche et nette traduction dans une délibération municipale. Le couvent des Capucins fut acheté et la chapelle demeura ouverte. La fête de la Fédération – juillet 1790 – fut célébrée par diverses manifestations, en particulier par une messe solennelle suivie du Te Deum. Cependant, la mise en application de la Constitution civile n’était pas sans tourmenter notre archiprêtre et le clergé dont il était le chef. Personne ne pouvait être surpris de son attitude. Le 27 février 1791, jour fixé pour la prestation de serment, il y eut grande affluence dans l’église de Notre-Dame d’Amour. Au prône, l’abbé Alengrin. ayant affermi ses fidèles dans la foi traditionnelle, démontra que l’Église, séparée de son Chef, le Pape, n’est plus qu’un corps mort dont l’Esprit-Saint est absent. Il protesta de son attachement indéfectible à la Chaire de Pierre. Puis, se tournant du côté des autorités municipales, il leur déclara qu’il refusait de prêter le serment. Un peu plus tard, les électeurs du district de Lavaur nommaient à sa place Étienne Daurade, prêtre jureur, auquel le nouvel évêque constitutionnel du Tarn, Gausserand, adressait ses lettres d’institution canonique ( !). Le 10 juillet, il prenait possession de Notre-Dame du Val-d’Amour. L’archiprêtre demeuré fidèle se retira dans le domaine de Carlac, à côté de Graulhet, tout en assistant aux séances de l’assemblée communale. Son prestige n’a nullement diminué. Il célèbre la messe dans sa petite propriété où viennent le retrouver d’autres prêtres « réfractaires ». Les catholiques s’éloignent de l’intrus. Celui-ci, devant cette hostilité demanda à la municipalité d’établir et d’assurer son autorité. Mais les élus réservèrent leurs sympathies à Pierre Alengrin, ce qui les fit dénoncer au Directoire du département. Celui-ci étant intervenu s’attira une digne et ferme réponse qui était une très noble leçon. Un arrêté du même Directoire prescrivit la fermeture de presque toutes les églises et interdit toute fonction curiale aux prêtres qui avaient refusé de prêter le serment. Des incidents et des troubles éclatèrent bientôt où l’intrus n’eut pas le beau rôle. Le fanatisme et la calomnie s’en mêlèrent, tandis que le Conseil municipal ne cachait pas — ainsi que la majorité de la population — sa sympathie au véritable archiprêtre. Le 7 novembre 1791, un club révolutionnaire se constitua, le club des « Amis de la loi ». Les événements allaient maintenant se précipiter. Un nouveau maire fut élu, qui laissa en sommeil la législation hostile à la religion et aux prêtres réfractaires. Les devants d’un redoublement de persécution furent pris par le prêtre « républicain » qui, avec quelques « Amis de la loi », dénonça au Directoire du département Alengrin et les autres prêtres fidèles, demandant qu’ils fussent chassés de Graulhet… La fin de 1791 et les premiers mois de 1793 virent l’internement des prêtres réfractaires — beaucoup, des trois diocèses qui formaient le département du Tarn, furent enfermés à la Chartreuse de Saïx — ou l’exil sur la terre étrangère. Pierre Alengrin ne partit pas. Il continua de vivre à Graulhet dans une tranquillité relative, avec une quinzaine d’autres prêtres ou religieux, jusqu’en janvier 1793. Désormais, on allait traquer tous les  réfractaires. Les biens de Pierre Alengrin furent inventoriés et mis sous séquestre, jusqu’à ses ornements sacerdotaux et ses effets personnels de sa maison de Carlac. On dénonça sa « conduite plus qu’exécrable » en même temps que celle du maire qui avait déclaré ne point connaître de suspects, — ce qui en traîna sa révocation. Ailleurs, les troubles succédaient aux troubles. Il y eut même des insurrections. En très grande majorité, le peuple défendait les prêtres insermentés. Le sang coulait. Hélas ! il coulait également sur l’échafaud. Le P. Jean-Baptiste Imbert, Dominicain de Castres, était guillotiné sur une place de cette ville le 14 avril 1794; le 26 novembre voyait la mort semblable de l’abbé Jacques Barthe, vicaire de Saint-Etienne de Terrabusset; le 28 novembre, celle de l’abbé Guillaume Cabrié, vicaire de Mazamet; le 1er décembre, celle de l’abbé Antoine Puech, curé de Saint-Salvi de Fourestès... Et cependant, Robespierre était tombé le 28 juillet... La Terreur continuait donc dans le département du Tarn. En janvier 1795, on trouvait Pierre Alengrin à Lavaur, où il circulait à la faveur d’un déguisement, à la faveur surtout de la nuit. Visite des malades, mariages, baptêmes, célébrations clandestines de la messe, le labeur était grand et les ouvriers manquaient. Il fut reconnu et naturellement dénoncé, il était arrêté dans la maison d’un ami où il s’était réfugié — cet ami fut également arrêté avec d’autres « complices » ( !) — et conduit vers la maison d’arrêt du tribunal criminel de Castres : c’était le 21 janvier 1795. Très court fut le procès. Avec une dignité parfaite, sans attaquer les institutions, mais avec une clair-voyance de justice et de docteur, ne s’inspirant que des droits de l’Église catholique, de sa conscience, du besoin des âmes chrétiennes et des droits de celles-ci, il avait combattu, et pour son compte systématiquement ignoré toutes les lois entachées de schisme. Il n’y avait eu dans son attitude aucune hésitation apparente, aucun fléchissement, aucune fausse déclamation. Il n’avait jamais formulé de plainte contre qui que ce fut ; mais il avait constamment accompli son devoir, fait tout ce que son sacerdoce exigeait de lui, et chaque jour il s’était exposé sciemment aux pénalités prévues, à la mort. Le tribunal criminel ne s’arrête pas à ces considérations. Devant le refus réitéré de Pierre Alengrin de prêter serment schismatique, il voulut s’enquérir de ce que disaient les témoins ou mieux les complices, ce qui prolongea le procès de quelques jours. Le 6 février, l’archiprêtre de Graulhet comparut pour la dernière fois devant ses juges qui prononcèrent la sentence de mort — tandis que ses complices étaient acquittés. La sentence devait être exécutée dans les vingt-quatre heures. Son biographe nous dit qu’il accueillit l’arrêt de mort avec ta fermeté coutumière, l’héroïsme d’un martyr, la sérénité d’un saint déjà hors du monde et de ses vaines agitations. Une foule immense avait envahi la place de l’Albenque... Pierre Alengrin, entouré de gardes nationaux, s’avança d’un pas tranquille et grave. Il gravit avec fermeté les degrés de l’échafaud, tandis qu’une vague d’angoisse s’épandait sur l’assistance. Le bourreau s’acquitta de son office avec respect. Le prêtre s’abandonnait à lui avec tant de noblesse et de dignité que l’homme en paraissait ému. L’émotion était grande et beaucoup de spectateurs priaient à haute voix. Quand l’ordre fut donné, Pierre Alengrin s’inclina sur la planche, en murmurant ; « Veni, Jesu Domine... Venez, Seigneur Jésus... » Le bourreau fit un geste et la tête tomba. Un gémissement aigu jaillit de la foule. Elle invoquait déjà le martyr. Tel est le récit de témoins oculaires rapporté par M. l’abbé Bousquet. Le corps du prêtre « réfractaire » fut enseveli dans le cimetière de Saint-Jean. Il y resta jusqu’au 25 juin 1816. Ce jour là, on exhuma ses restes et ceux des autres prêtres martyrs dont nous avons donné les noms plus haut, et on les déposa dans une chapelle de la cathédrale Saint Benoît où ils se trouvent encore. Une dalle de marbre était apposée avec l’inscription sur le caveau dont voici la traduction : L’an de salut 1816 Du champ où sans honneur amoncelé ils gisaient — Solennellement furent transportés — Et dans la crypte de celle chapelle déposés — Les ossements — De J.-B. Imbert, de J. Barthe, de G. Cabrié, de J.-P. Alengrin — Prêtres — Frappés par le glaive de l’impiété — Accablant les Gaules au cours des ans 1794 et 95 – Vous vivez maintenant aux cieux d'une vie éternelle — Vous qui avez glorieusement porté les palmes des martyrs.

A Carlac, devant la maison où s'était retiré l'archiprêtre, une croix commémorative a été dressée, symbolisant la victoire de la conscience chrétienne sur la tyrannie religieuse et l’attachement indéfectible de nos pères à l’Église romaine. Un peu plus d’un an après la mort de Pierre Alengrin, sa chère église de Notre Dame de Val d’Amour était à nouveau ouverte au culte catholique. On y honore la mémoire du martyr. — Peut-être, ajoute M. l’abbé Bousquet, le moment est-il venu de solliciter pour ce saint prêtre des temps révolutionnaires, pour ce martyr de la fidélité à l’Église de Rome, le culte public que celle-ci se plaît à rendre aux vertus héroïques de ses enfants prédestinés ? Peut-être le moment est-il venu de promouvoir l’élévation de notre martyr sur les autels ?
Et Mgr Cézerac, dans sa lettre à M. l’abbé Ségur, curé doyen de Graulhet — qui a obtenu du prêtre guillotiné une grâce inestimable – a écrit en tête, du volume (2) qui porte ce titre, Pour Rome « Puissent les vœux de l’auteur et les vôtres se réaliser ! Que Rome daigne les exaucer, et que nous puissions invoquer bientôt le « témoin », le « martyr » qui pour elle et ses paroissiens a donné son sang ».

Jean DALBIGA.

 

- Pierre ALENGRIN

Moyen de faire prêter serment aux évêques et curés aristocrates, en présence des municipalités suivant le décret de l'Assemblée nationale. estampe, 1791. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

 

 La Terreur dans le Tarn (1792-1795) par Philippe Nélidoff

Extrait de l'article : ( https://books.openedition.org/putc/11372 ) :


Des trois anciens évêchés d’Albi, Castres et Lavaur, la Constitution civile du clergé n’a conservé que celui d’Albi. Le 15 mars 1791 est élu évêque constitutionnel du Tarn : Jean Joachim Gausserand, ancien curé de Rivières et député du clergé aux États généraux. Cette élection a lieu au troisième tour de scrutin contre le Père Hyacinthe Sermet qui sera élu à Toulouse évêque métropolitain du Midi. Le nouvel évêque, vite réputé schismatique, aura le plus grand mal à mettre en place l’Eglise constitutionnelle, en raison de la faiblesse du clergé assermenté. En effet, le département du Tarn est l’un des plus réfractaires du pays. En 1792, la proportion de prêteurs jureurs est de 20 % dans le district d’Albi, 19 % dans celui de Gaillac, 16 % dans celui de Castres, 14 % dans celui de Lavaur et de 5 % dans celui de Lacaune....(...)

 La répression antireligieuse, dans sa dimension la plus violente, présente une certaine ambiguïté dans le département du Tarn. D’un côté, la répression effective, longtemps freinée par les autorités locales, n’est déclenchée que tardivement (fin 1794), par rapport aux autres départements du Midi toulousain engagés dans cette politique dès le début de l’année 1793. Il est significatif, à cet égard, que quatre des cinq condamnations à mort de prêtres réfractaires prononcées par le tribunal criminel départemental interviennent après Thermidor. Pour autant, cette répression est loin d’être négligeable et il n’est pas tenable de considérer que les prêtres qui en ont fait l’objet aient en quelque sorte forcé la main des autorités pour obtenir la palme des martyrs. Des travaux récents montrent que la répression antireligieuse est loin d’avoir été marginale dans un département réputé modéré. Le bilan de cette répression peut Être résumé de la manière suivante. Cinq à six cents prêtres ont été contraints à l’exil, principalement en Espagne. Cent quarante-cinq ecclésiastiques ont été reclus à la Chartreuse de Saïx, près de Castres, entre le 20 juin 1792 et le 9 septembre 1794, dans des conditions extrêmement dures puisque quarante d’entre eux sont morts en réclusion, douze d’épuisement peu de temps après leur sortie et six en déportation. Au total, 40 % des ecclésiastiques reclus ont donc trouvé la mort. Cent quatorze ecclésiastiques ont été déportés dont cent onze à Cayenne. Cinq exécutions capitales ont été prononcées par le tribunal criminel départemental et exécutées à Castres, à l’encontre de prêtres ou de religieux. Il faut y ajouter une autre condamnation à mort prononcée contre un laïc, Jacques Sudre, cordonnier à Albi, , âgé de soixante-onze ans, coupable de recel de prêtre réfractaire dans sa maison. Toutes ces condamnations54 interviennent entre le 13 avril 1794 et le 6 février 1795, ce qui montre bien le prolongement de la Terreur après la chute de Robespierre. Il faut ajouter à ce martyrologe, deux prêtres tarnais exécutés en dehors du département55 et cinq prêtres tarnais, titulaires de passeports en règle visés par la municipalité d’Albi, se rendant en Suisse, massacrés à Saint-Chinian dans l’Hérault, le 9 mai 1793 par un groupe de volontaires de la légion de Tonneins (Lot-et-Garonne). Le mot "massacre" n’est pas trop fort puisque le procès-verbal d’autopsie des cadavres fait état outre de larges plaies à la tête, à la cage thoracique ou à l’abdomen, de l’arrachement des oreilles, du nez ou des parties génitales.

Tel est le bilan sommaire que l’on peut faire de la Terreur dans le Tarn, au vu de l’activité du tribunal criminel départemental. Cette Terreur "ordinaire", exercée dans un département modéré est loin de n’être qu’institutionnelle. Si les autorités officielles ont plutôt tendance à amortir l’onde de choc révolutionnaire, il faut tenir compte de l’activisme de groupes incontrôlés qui, au-delà même des parastructures révolutionnaires incarnent, à leur manière, l’essence de la Révolution qui est, par nature, subversive de toute légalité.

Les prêtres victimes de la Terreur dans le Tarn sont les suivants :
– Jean-Baptiste d’Imbert, ex sous-prieur du couvent des Dominicains de Castres, exécuté le 13 avril 1794, à l’âge de cinquante-trois ans,
– Jacques Barthe, ancien meunier, devenu prêtre à 29 ans, vicaire de Saint-Étienne de Terrabusset (1787-1792) près de Teillet dans l’Albigeois, arrêté à Albi le 18 novembre 1794 au moment de la célébration d’une messe clandestine chez le cordonnier Jacques Sudre. Tous les deux seront exécutés à Castres le 26 novembre 1794, à 37 ans et Jacques Sudre à soixante-onze ans,
– Bernard-Guillaume Cabrié, ancien vicaire à Mazamet exilé en Espagne puis revenu dans le département, arrêté à Castres dans la nuit du 24 au 25 novembre 1794, exécuté à Castres le 27 novembre 1794, à l’âge de trente-cinq ans,
– Jean-Antoine Puech, ancien vicaire à Dénat puis à Salvy de Fourestés (paroisse annexe de Teillet), commune du Terre-Clapier, exécuté le 2 décembre 1794 à Castres, à l’âge de trente-sept ans,
– Jean-Pierre Alengrin, originaire de Lacaune, archiprêtre de Graulhet à Notre-Dame du Val d’Amour, exécuté le 6 février 1795 à Castres, à l’âge de quarante-six ans.

 

En 1795, pendant la Terreur, qui suivit la révolution française, c'est sur la place de l'Albinque que se trouvait l'échaffaud, à l'emplacement de l'actuelle halle aux grains. On y conduisit à la mort des prêtres réfractaires (c'est-à-dire qui refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du clergé en 1791 et voulurent rester fidèle à l'Eglise catholique), dont Jean-Pierre Alengrin (1749-1795). Une monographie lui a été consacrée par Paul de Cassagnac, aux éditions Périé, Lacaune (Jean-Pierre Alengrin, évangélisateur et martyr). Une croix élevée près du parvis de l'église Saint Jean-Saint Louis rappelle ces évènements dramatiques.(http://les-rues-de-castres.blogspot.com)

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P
Merci de cette évocation émouvante de l'abbé Jean-Pierre Alengrin né le 9 mai 1749 à Lacaune et guillotiné à Castres le 6 février 1795. Coïncidence étonnante: l'actuel curé de la paroisse Notre-Dame, mère de l'Eglise, l'abbé Jean-Marc Vigroux, est originaire de Lacaune.<br /> Bien à vous. Pierre-Jean ARNAUD. Graulhet, le 27 avril 2023.
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