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François-Jacques d'Amboise d'Aubijoux, est le petit-fils de Louis d'Amboise d'Aubijoux né en 1606 et mort le 19 novembre 1656 à Graulhet, était un seigneur membre de la Maison d'Amboise.
Titres et fonctions
François-Jacques d'Amboise est comte d'Aubijoux, ami et compagnon de Gaston d'Orléans (frère du roi Louis XIII). Il est seigneur de Castelnau-de-Lévis et de Graulhet.
En 1632, il est blessé à la bataille de Castelnaudary. Le 31 décembre 1646, il est nommé maréchal de camp et en 1650, Lieutenant-général du Languedoc et gouverneur de Montpellier.
Proche de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, il est lieutenant général du Bas Languedoc et protecteur de Molière lors de son séjour en Languedoc. Il sera de tous les complots contre Richelieu et, au moment de l’arrestation de Cinq-Mars, il fuira en Angleterre.
Le premier soin de Gaston d’Orléans nommé gouverneur du Languedoc fut de confier les pouvoirs à trois lieutenants généraux. Parmi eux, le comte de Bioules, seigneur de Gaix, sénéchal de Castres, s’occupe du Haut Languedoc.
Aubijoux, seigneur de Castelnau et de Graulhet, devient alors gouverneur de Montpellier et a le Bas Languedoc sous sa coupe.
Tous deux, complices, font partie de la noblesse languedocienne très remuante et ont rapporté de leur exil en Angleterre le goût des jardins qu’ils développent au château de Gaix et au château de Crins.
Ce train de vie de grand seigneur coûte fort cher et tous les moyens sont bons pour collecter des fonds : droits féodaux, appointements, gratifications…
Aubijoux fait profession de libertinage auprès du Prince de Conti et du Duc d’Orléans chez qui se retrouvent tous les languedociens. Aubijoux y contractera la petite vérole, puis la pelade dont il mourra.
En 1655, Aubijoux doit se retirer sur ses terres où il reçoit ses amis et, parmi eux, Molière. Il meurt le 9 novembre 1656
A la mort de François Jacques d’Aubijoux, sa sœur Louise recueille les terres albigeoises qui lui appartenaient. Elle avait épousé le 13 mai 1637 Jacques de Crussol Saint-Sulpice, de la maison d’Uzès.
Il fut l'amant de la belle présidente Tambonneau, et de Ninon de Lenclos. Il était également amoureux de la reine de Pologne avec laquelle il correspondait régulièrement.
Il fut l'ami et le protecteur de Molière durant ses dix années de tournées en pays d'oc, de 1647 à 1657. En son château de Crins, sur les rives du Dadou, il reçut les troubadours Chapelle et Bachaumont.
En 1654, ayant participé à un duel, interdit, où son lieutenant fut tué, Aubijoux fut condamné à mort par contumace par le Parlement de Paris. Heureusement pour lui, le Parlement de Toulouse se saisit de l'affaire, par arrêt de son président Gaspard de Fieubet, et Aubijoux fut totalement pardonné en 16562.
Il est mort à Graulhet, sans postérité, dernier de la maison d'Amboise dans son château de Crins, petit palais aux jardins magnifiques, le 19 novembre 1656.
Son meilleur ami, Goulas disait de lui : « Il avait une grande fortune, une grande ambition, tant d'esprit, tant d'honneur, tant de cœur, que fort peu l'égalait et que personne ne le surpassait à la cour ».

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du 30 avril 1936
| Dans cet article daté de 1936 , Graulhet est nommé Grouille |
Un original : Monsieur d'Aubijoux
par Edmond PILON
L'infortune la plus grande qui advint à M. d'Aubijoux, au point de vue de la postérité, est d'être né trop tard par rapport à Brantôme et trop tôt par rapport à La Bruyère ; sinon le premier, comme M. d’Aubijoux était grand escrimeur, l'eût nommé dans le Discours si fameux sur les duels, le second l'eût placé parmi les originaux, dans les Caractères, au chapitre de la Mode. Au lieu de cela, ce garçon singulier, animé de lubies et que la régence, sur les instances de Gaston d'Orléans, avait fait maréchal de camp (1646), puis lieutenant-général et gouverneur de Montpellier (1650), n'a été sauvé de l'oubli que par Tallemant des Réaux dans ses Historielles, enfin par Cosnac, le bon évêque d'Aix, dans ses francs Mémoires.
Pour un garçon aussi curieux et dont les actions, ou belliqueuses ou galantes, n'allaient pas sans provoquer du scandale dans le monde, il y a là quelque compensation. D'autant que, descendant de la maison d'Amboise et tenant par ses aïeux à cette seigneurie, François d'Aubijoux était fort bien apparenté, et dans la suite de Monsieur des plus importants. Mêlé, lors de la Fronde, à la cabale qui porta ce nom et dans laquelle s'étaient donné rendez-vous tous les boutefeux et les brouillons de France, M. d'Aubijoux se montra étourdi à souhait, et, parmi les Frondeurs, le mieux disposé à brouiller les cartes. Cela bien entendu lui mit sur les bras plus d'une sotte affaire, notamment avec Chabot, dont le vicomte d'Aubeterre aimait assez follement la sœur. D'où un duel des plus ridicules dans lequel M. d'Aubijoux tint sa partie assez crânement. De tous ces tumultes et rumeurs de la Fronde notre gaillard sortit assez mal en point. Le plus affligeant pour lui est que, dans cette méchante guerre, il perdit Flammarens, un ami des plus chers, tué à l'assaut de la Porte Saint-Antoine, et que rien ne l'en put consoler, sinon la connaissance qu'il fit, à quelque temps de là, de la Présidente Tambonneau d'une part, puis d'une autre de Ninon de Lenclos. Et là étaient des beautés assez rondelettes mais fort impérieuses et dont les faveurs coûteuses pour le moins, n'allèrent point sans incliner notre homme à la rêvasserie et le plonger dans la torpeur.
Au sujet de ses amours avec la Présidente, Tallemant, à son ordinaire, en fait l'objet d'un beau conte. C'est par exemple de nous représenter M. d'Aubijoux, tel le Roméo du drame, accédant la nuit, chez sa belle amie, au moyen d' « une eschelle de corde ». Mais comme cette « eschelle » passait devant les fenêtres d'un certain Président Le Cogneux, dont il était jaloux, amoureux lui aussi de la dame, M. d'Aubijoux ne manquait pas à chaque fois d'enfoncer ses éperons dans les carreaux. Cela au grand ébaudissement des commères et bourgeois du quartier, réveillés en sursaut par le bruit et qui se montraient aux fenêtres en cornette et chandelle à la main.
Avec Ninon, personne abordable, encline à plus de mansuétude, M. d'Aubijoux n'eût point à user de ces moyens pour le moins osés. L'hôtel de la rue des Trois Pavillons, au quartier du Marais, où logeait la belle, ne lui en parut pas moins par trop assailli de soupirants. M. d'Aubijoux, par le fait d'une fatuité assez outrancière, voulait Ninon pour soi seul. Et c'est pourquoi, afin de la soustraire à tant d'importuns, il résolut de la loger au plus près de chez lui, au Faubourg Saint-Germain. C’est durant ce séjour que Ninon, qui n'était point sotte et avait du goût pour tout ce qui était beau et orné, se mit, par voisinage, à fréquenter chez Nicolas Vauquelin, sieur des Yveteaux, le même qui était poète, amateur de jardins et jouait du luth. Une fois elle y conduisit d'Aubijoux. jamais plus grands originaux ne furent mis en présence : d'Aubijoux, le teint bilieux, maigre et long, sa grande rapière lui pendant sur les bottes, véritable épouvantail à moineaux; des Yveteaux accommodé en carême-prenant, « des chausses à bandes comme celles des Suisses du Roy, rattachées par des brides », enfin, comme Tallemant l'a fait voir, « des manches de satin de la Chine, un pourpoint et un chapeau de peaux de senteur et une chaisne de paille à son cou ».
Sans doute est-ce par des Yveteaux, au tant que par Ninon, que M. d'Aubijoux prit la passion des fleurs et se montra par la suite jardinier averti autant qu'habile. Alors qu'ils accomplissaient en Languedoc leur fameux Voyage, Chapelle le joyeux poète, et le petit Bachaumont, le fils du président à mortier, en portèrent témoignage. C'est quand, après avoir quitté Toulouse dans le carrosse de M. d’Osneville, ils arrivèrent à Grouille chez le nouveau gouverneur, autrement dit M. d'Aubijoux « Nous le trouvâmes, écrivent-ils, dans un petit palais qu'il a fait bâtir au milieu de son jardin, entre des fontaines et des bois; et qui n'est composé que de trois chambres, mais bien peintes et tout à fait appropriées. » Il n'y avait rien de plus ravissant que ce lieu-là; et ces jardins de Grouille, disposés pour le caprice et la rêverie, avaient fort grand air.
Toutefois, ajoutent nos pérégrins, « bien que son parc fût très grand, et qu'il eût mille endroits tous plus beaux les uns que les autres pour se promener, nous passions les journées entières dans une petite île plantée et tenue aussi propre qu'un jardin et dans laquelle on trouve comme par miracle une fontaine qui jaillit et va mouiller le haut d'un berceau de grands cyprès qui l'environnent. » Sous ce berceau, ombragé et d'une, exquise fraicheur, Chapelle et Bachaumont, que l'endroit inspirait, composèrent le joli poème commençant par ces vers :
Sous ce berceau qu'Amour exprès
Fit pour toucher quelque inhumaine…
que Sainte-Beuve trouve si agréable et dont, dit-il, dans son Lundi sur Chapelle, on a dû faire un air à chanter sur le luth, comme de certains couplets de Maucroix. » Le portrait que nos voyageurs, venus de Paris, tracent en passant de leur hôte magnifique contraste avec ces beautés et se fait voir assez picaresque. « De vous dire qu’il (M. d'Aubijoux) tenait une fort bonne table et bien servie, écrivent-ils en passant, ce ne serait vous apprendre rien de nouveau; mais peut-être serez-vous surpris le savoir que, faisant si grande chère, il ne vivait que d'une croûte de pain par jour. Aussi son visage était-il d'un homme mourant « Sainte-Beuve, qui nous fait voir, au cours d'une étude sur les Mémoires de Cosnac, M. d'Aubijoux accueillant à Montpellier le prince de Conti, nous représente le gouverneur de toute autre sorte plutôt comme un franc luron. « M. d'Aubijoux, dit-il, est un homme de plaisir qui lance le prince dans une suite de régals, festins, ballets, comédies. » Voire le lance t-il -il dans des aventures, dont quelques unes au moins assez piquantes. Selon Cosnac, c'est « par les conseils de M. d'Aubijoux » que le prince s'éprit à la folie « de Mlle Rochette, à présent Mme de Calvière. Elle était jolie, elle avait le l'esprit et une certaine humeur enjouée ». Pour la divertir, M. d'Aubijoux fit venir des acteurs. Fut-ce de Carcassonne ou de Pézenas ? S'agit-il des comédiens de la troupe du duc d'Epernon, c'est-à-dire de Molière ? Tout le donne à penser et même M. de Breteuil, intendant de la province écrivant aux consuls de la ville d'AIbi : « Messieurs, étant arrivé en notre ville (Carcassonne), j'ai trouvé la troupe des comédiens de M. le duc d'Eperlon, qui m'ont dit que votre ville les avait mandés pour donner la comédie pendant que M. le comte d'Aubijoux y a demeuré. » Des Yveteaux, la belle Ninon, la jolie Rochette et jusqu'à Chapelle, qu'il avait connu à Paris, à la Croix de Lorraine, voilà les relations au moins gaillardes de M. d'Aubijoux. Pour un « homme de plaisir », comme écrit Sainte-Beuve, il n'en était pas de plus appropriées, enfin — si l'on pense à Molière — d'un relief plus glorieux (1). Et cela eût été bel et bien, et le gouverneur de Montpellier eût été, de tous les mortels, le plus fortuné, s'il eût pu continuer, au milieu de son île et sous ce berceau de feuillage « qu'Amour lit exprès », à soupirer pour « quelque inhumaine ». Mais plus que les jardins, les dames, les fêtes et le théâtre, il y avait une passion — hélas! — dominant toutes les autres et dont ne pouvait s'affranchir cet homme si particulier. C'était celle des duels. A propos de n'importe quoi, avec n’importe qui, il fallait que M. d'Aubijoux fût occupé constamment à dégainer et à ferrailler. Le malheur est que, bien que le cardinal de Richelieu fût mort, les édits qu'il avait promulgués contre le duel existaient toujours. On le fit bien voir au gouverneur. Ainsi du moins le rapporte, en ses Mémoires, Mlle de Montpensier. Le pauvre comte d'Aubijoux, dit-elle, le seul qui restait de cette maison d'Amboise qui a eu tant d'éclat, avait quelque démêlé contre un gentilhomme de son pays qui, le rencontrant dans la rue, lui fit mettre l'épée à la main. Aubijoux avait avec lui Trebon, lieutenant du Roi à Montpellier, qui fut tué. Il (Aubijoux, que Mademoiselle, assez drôlement, appelle Obijoux) fut condamné et oblige à fuir. » Tout ce que Monsieur put faire pour sauver son protégé fut de l'accueillir à Blois, dans sa maison. Encore, ajoute Mademoiselle, « la cour lui fit savoir qu'elle ne l'avait pas agréable et qu'Aubijoux eût à chercher asile ailleurs ». Ce que fit le pauvre gouverneur, ami de Ninon, de la Présidente, de Molière et de Chapelle, en se retirant chez le prince de Conti. Mais frappé de tant de traverses, menacé dans sa personne, éloigné de ses jardins si charmants de Grouille, notre héros n'avait plus qu'à quitter ce monde hostile. Ce qu'il fit bientôt (en 1656). « Le comte d'Aubijoux, ajoute la fille de Gaston d'Orléans, avait été toute sa vie à Son Altesse royale, qui lui avait fait donner la lieutenance du Languedoc et lui avait donné le gouvernement de Montpellier. » Et Mademoiselle d'ajouter, dans un mouvement de révolte et de pitié, en voyant que son père, bien que premier prince du sang, ne disposait pas d'assez de crédit pour sauver un pareil serviteur et de tant d'esprit, « Il (Aubijoux), dit-elle, me vint voir un soir à Orléans; je pleurai quasi de la honte qu'il me semblait que ce nous était de ne pouvoir le protéger. » Sans cette folie des duels qui le faillit faire pendre, il est certain qu'Aubijoux eût achevé dans le repos une vie jusque là délectable et ornée. Que n'a-t-on, sur le tombeau d'un pareil homme (et pour lui faire honneur!) taillé en relief un trophée représentant une épée et un râteau mêlés à un carquois rempli de flèches? Là eussent été les armes bien parlantes d'un personnage si cocasse et original.
(1) « D'Aubijoux, qui aimait les gens d'esprit, a montré dans diverses occasions en quelle estime il tenait Molière. » Eugène Despois et Paul Mesnard ; Molière, œuvres (les Grands écrivains).
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Ninon de l'Enclos (1620-1705)

Courtisane, femme d'esprit, épistolière et femme de lettre, Ninon à tenu un salon de 1667 dans l'hôtel de Sagonne au 36 rue des Tournelles dans le Marais. Elle est la fille du libertin Henri de Lanclos et de Marie-Barbe de la Marche et se révèle être un petit prodigue qui citait les grands classiques promenée au côté de sa mère dans les salons. Joueuse de luth et de clavecin, Anne dite Ninon de Lenclos devient rapidement une femme de lettre qui connaitt l'italien et l'espagnol tout en étant habile avec les sciences. Influencée par la philosophie épicurienne, elle affirme son athéisme et son libertinage après la mort de sa mère en 1642 alors même que son renom n'est pas encore acquis parmi le petit monde des salonnière du Marais qui se détournent d'elle. Elle part alors habiter chez Marion Delorme, une courtisane qui devient sa professeur.

Cette femme à l’esprit vif vit entourée d’hommes. Pour distinguer ses amants, Ninon décide de les catégoriser.
- Les payeurs : ce sont eux qui assurent à Ninon de Lenclos une vie confortable. C’est par eux qu’elle est devenue une courtisane, entretenue par de riches clients. On en dénombre deux : Jean Coulon, conseiller au Parlement, et le comte d’Aubijoux.
- Les martyrs : leur nom est sans équivoque quant à leur place dans le cœur de Ninon de Lenclos. Il s’agit de ses soupirants qu’elle a congédié et qui n’obtiendront rien de plus que son amitié.
- Les favoris : ceux à qui elle cède, qui avec lesquels elle ne reste jamais plus de 3 mois
- Et enfin, les caprices du moment : des relations éphémères et surtout très ponctuelles
Ninon, belle et spirituelle cumule une ribambelle d'amants parmi lesquels on trouve le Grand Condé, François de La Rochefoucauld, le maréchal d'Estrées, l'astronome Christian Huygens à tel point qu'elle fut surnommée par Wapole « Notre Dame des Amours ». Elle s'amuse a classer ses amants en trois catégories : les payeurs, les martyrs – les soupirants sans espoir- les caprices – ses élus du moment. Proche de Molière, on dit qu'elle corrigea la première version de Tartuffe. Ninon est emprisonnée en 1656 sur ordre d'Anne d'Autriche, inquiétée par le parti dévot.

Son salon, hôtel de Sagonne, est célèbre pour ses « cinq à neuf » qui ont lieu chaque jour et positionne Ninon de Lenclos comme un symbole de l'évolution des mœurs du XVII° et XVIII° siècle, précurseur de la femme libre et indépendante qui invite et côtoie parfois intimement de nombreux hommes et femmes.
A 77 ans, elle a une aventure avec l'abbé de Châteauneuf tout en menant une liaison avec le chanoine Nicolas Gédoyn puis à près de 85 ans, quelques mois avant son décès, elle se fait présenter au jeune Arouet – Voltaire – âgé de 13 ans et élève au collège jésuite Louis-le-Grand à Paris. Elle lui offre 2000 livres tournois (environ 8000 euros) dans son testament pour qu'il puisse s'acheter des livres.
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