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Exécution capitale à Graulhet - 30 juillet 1856 - 3ième partie

Exécution capitale à Graulhet - 30 juillet 1856 - 3ième partie

3ième partie 

l'unique exécution capitale à Graulhet

Meurtre d'un jeune garçon dans la nuit
du 29 au 30 juillet 1855

EXECUTION CAPITALE A GRAULHET
le mercredi 30 juillet 1856 - 8 h
Place du Foirail (Jourdain)

 

LE DROIT JOURNAL DES TRIBUNAUX 31/12/1855


Exécution capitale

On nous écrit de Graulhet, le 30 juillet : « Il y a un an aujourd’hui, un crime effrayant venait attrister cette ville. Un jeune homme de seize ans avait été étranglé pendant la nuit, et on ramenait, dans sa charrette, le cadavre à peine refroidi de François Galinier.

Le drame judiciaire commençait. La justice cherchait les coupables, bientôt elle les désignait. La Cour d’Assises d’Albi, et enfin celle de Toulouse, constataient le crime et infligeaient la punition.

Aujourd’hui, jour anniversaire du crime, l’un des coupables a subi sa peine. L’échafaud vient de se dresser pour Jean-Pierre Camboulives, condamné à mort le 25 mai dernier par la Cour d’Assises de la Haute-Garonne.

La fatale nouvelle est arrivée hier à Craulhet. Elle y a causé une impression profonde. La fête des chapeliers, qui dure ordinairement trois jours, avait commencé dimanche. Elle a été interrompue, et une morne tristesse a succédé aux chants joyeux.

Ce matin, un grand nombre d’étrangers arrivait à la ville et encombrait les hôtels. On venait de Lavaur, d’Albi et de tous les pays environnants. Les voitures succédaient aux voitures, les piétons envahissaient les rues. L’autorité avait pris toutes les mesures nécessaires pour assurer le bon ordre. Un peloton de vingt-cinq gendarmes à cheval, formé des brigades d’Albi, de Graulhet, de Gaillac, de Saint-Paul et de Lavaur, commandées par le lieutenant de Lavaur; un détachement de 66 hommes du 19e de ligne, venus d’Albi sous la conduite d'un capitaine et d’un lieutenant, devaient assurer la circulation et maintenir la multitude. M. le maire, M. le commissaire de police de Graulhet, M. le juge de paix de Briatexte, assistés des gardes champêtres de la commune, s’étaient entendus avec les autorités militaires pour concourir au même but.

Pendant toute la journée d’hier, le crime commis au pont d'Agros, dans la nuit du 29 au 30 juillet, servait de texte aux conversations. Plusieurs personnes ont voulu visiter les lieux témoins du crime, et le suivre pour ainsi dire pas à pas, depuis la marnière où il a été conçu, jusqu’au pont d’Agros ou il a été commis. Il a fallu une hardiesse bien rare pour commettre un assassinat pendant une belle nuit d’été, sur une grande route fréquentée par des rouliers et des cultivateurs, dans un endroit entouré de métairies, dont la plus proche n’est guère qu’à une centaine de mètres.

On visitait aussi la maison de la femme Cagneulle, chez laquelle Camboulives était logé, et dont la déposition a produit tant d’effets aux débats.

Le lieu de l’exécution était le foirail de Graulhet, vaste place irrégulière, bordée de trois côtés par des sycomores et bornée par une muraille naturelle qui s’élève à pic, à environ quarante mètres de hauteur. En haut se trouve une terrasse derrière laquelle s’étend la partie haute de la ville.

A dix heures du soir, l’exécuteur de Toulouse, assisté de deux aides, venus l'un d'Albi, l’autre de Rodez et de deux ouvriers charpentiers requis par l’autorité municipale, commençait à dresser l’échafaud. Un poste de fantassins repoussait les curieux et les tenait à distance. À la lueur rougeâtre des torches de résine, ces hommes, occupés à ce lugubre travail, parlant à voix basse, tantôt perdus dans l’ombre de la nuit, tantôt rendus visibles par les reflets de la flamme cette masse noire qui s’élevait pieu à peu et comme d’elle-même, frappaient l'imagination et donnaient un aspect sinistre à la grande place de Graulhet.

Le condamné devait partir hier soir de Toulouse ; on avait annoncé son arrivée pour six heures du matin. A six heures moins un quart, les gendarmes apparaissaient au bout de la longue avenue d’ormes séculaires qui conduit à Graulhet. A six heures, l'escorte mettait pied à terre devant la caserne de la gendarmerie.

Camboulives était dans une citadine de Toulouse, dont on avait gratté le numéro. Deux gendarmes de la brigade de Toulouse étaient dans la voiture. M. l’abbé Ratier aumônier des prisons, dont le zèle pieux n’a pas cessé de soutenir le condamné, était assis à côté de lui.

En face de la mort, Camboulives était calme et résigné. On lui avait annoncé la veille, à six heures du soir, le rejet de son pourvoi et l’heure de l’exécution. Il était monté en voiture sachant très bien qu’il allait au supplice. Il n’avait montré ni exaltation ni abattement. Au bas-fond de Girou, avant d'arriver à Verfeil, il avait prié un gendarme de fermer les carreaux de la voiture, disant que la fraîcheur de la nuit pouvait lui donner un coup d’air.

A Verfeil, il avait bu quelques gorgées d’eau-de-vie et demandé des cigares. Il avait fumé tranquillement pendant la plus grande partie de la route. Un quart de lieue avant Briatexte, il montra une briqueterie aux gendarmes, et leur dit en soupirant : « C’est la maison de mon père. »

Arrivé à Graulhet, on le conduisit dans une salle basse au rez-de-chaussée de la caserne de la gendarmerie. Un lit de camp, une cruche d’eau, un peu de paille et deux chaises formaient tout le mobilier de cette cellule. C’est là qu’il est demeuré pendant les deux heures qui ont précédé sa mort, s’entretenant avec le prêtre, baisant le crucifie et exprimant le plus sincère repentir.

Le garde-champêtre Pélissier, qui a contribué à son arrestation et qui le connaissait de longue date, est entré un moment dans la cellule pour lui offrir un peu d'eau-de-vie, Camboulives l’a reconnu et lui a dit en patois: Ah! mon pauvre Pélissier, tu vois combien je suis malheureux! donne-moi la main - Pélissier lui a tendu la main.—Dis à mes amis et à mes voisins que je me repens qu’ils prient pour moi !

A sept heures et demie, l’exécuteur est arrivé ; un huissier, commis à cet effet par M. le. Procureur impérial de Lavaur a lu l’extrait de l’arrêt de condamnation, et a fait remettre le condamné à l’exécuteur, qui a procédé à la toilette.

Soutenu par les aides de l’exécuteur, Camboulives a marché jusqu’à la voiture. Il y est monté avec son confesseur. En ce moment, le condamné a montré le même courage. Seulement, sa figure était plus pâle et il paraissait un peu plus faible.

Les stores de la voiture étaient abaissés. Le condamné a pu arriver au pied de l’échafaud sans être en butte à la curiosité de la foule. Quand il a vu l’instrument du supplice, il a baissé la tête et s’est mis à pleurer. On l’a porté au pied de l’escalier, qu’il a monté d’un pas chancelant, toujours soutenu par les deux aides, M. l’aumônier est monté sur l'échafaud en même temps que lui. Camboulives s’est mis à genoux et le prêtre a fait un signe. Aussitôt la foule est devenue muette, et le prêtre a exhorté les assistants à dire une prière pour le condamné qui se repentait de son crime et qui leur demandait pardon. Une émotion profonde a accueilli les paroles de l'aumônier, les officiers ont, incliné leurs épées, les soldats se sont penchés sur leurs fusils, plusieurs personnes se sont mises à genoux. C’était un silence effrayant et solennel.

Camboulives s’était relevé. M. l’aumônier est descendu, et aussitôt les exécuteurs se sont emparés du patient. L’opération avait été commencée au premier coup de huit heures; au moment où le huitième coup sonnait, la justice humaine a été satisfaite. M. l'aumônier s’est rendu immédiatement à l’église de Graulhet, où il a célébré une messe basse pour le repos de l’âme du supplicié.

Deux heures après, l’échafaud était démonté, et la place demeurait vide. L’ordre le plus parfait a été maintenu pendant les préparatifs et pendant l’exécution. Cette scène terrible d’expiation laissera de profonds souvenirs dans tout le département.

 

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