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Exécution capitale à Graulhet - 30 juillet 1856 - 2ième partie

Exécution capitale à Graulhet - 30 juillet 1856 - 2ième partie

2ième partie 

l'unique exécution capitale à Graulhet

Meurtre d'un jeune garçon dans la nuit
du 29 au 30 juillet 1855

EXECUTION CAPITALE A GRAULHET
le mercredi 30 juillet 1856 - 8 h
Place du Foirail (Jourdain)

 

LE DROIT JOURNAL DES TRIBUNAUX 29/05/1856

JURIDICTION CRIMINELLE.
COUR D’ASSISES DE LA HAUTE-GARONNE (Toulouse). Présidence de M. de Guer.

Audience du 21 mai - ASSASSINAT. — FAUX TÉMOIGNAGE. — RENVOI APRÈS CASSATION.

Un public nombreux est venu assister aux débats de cette affaire qui a eu un retentissement considérable et dont nous avons fait connaître les principales péripéties ; chacun veut avoir le dernier mot de ce drame émouvant qui, après s’être déroulé devant la Cour d’assises du Tarn, vient recevoir ici, entouré de nouvelles complications, un dénouement solennel.

Ainsi que nos lecteurs peuvent se le rappeler, dans la nuit du 29 au 30 juillet 1855, François Galinié avait été assassiné sur la route de Graulhet à Carmaux; l’instruction désigna comme auteurs de ce crime Camboulives et Parayre, et l'un et l’autre furent condamnés à la peine capitale par arrêt de la Cour d'assises du Tarn, le 23 décembre dernier.

Cet arrêt a été cassé pour vice de forme par la Cour suprême, et les deux accusés ont été renvoyés devant la Cour d’assises de la Haute-Garonne. Mais aujourd’hui un autre accusé s’assied à côté des deux principaux, c'est la sœur de la victime, inculpée de complicité dans l’assassinat de son frère et de faux témoignage. Les révélations de Parayre ont amené ce résultat.

Après que la condamnation à mort fut prononcée contre lui, Parayre demanda à faire des révélations : il dit qu’il était seul coupable. Cet aveu produisit une profonde sensation ; mais bientôt Parayre revint sur cette déclaration ; il reconnut qu’il ne l’avait faite que pour essayer de se sauver.

Camboulives lui avait dit pendant les débats, et au moment où ils se trouvaient réunis dans une même cellule : si nous sommes condamnés à mort, il faut que l’un de nous déclare que l’autre est innocent. Parayre, à cause de sa jeunesse, avait plus de chance d’obtenir sa grâce; il fut convenu que ce serait lui qui ferait cette déclaration. Camboulives lui fit d' ailleurs des promesses brillantes.

Parayre, soustrait à l’influence de son coaccusé, avoua alors qu’il avait commis le crime de concert avec Camboulives; les détails qu’il dévoila ne laissèrent pas de doute sur la sincérité de cet aveu ; il indiqua en même temps les motifs du crime, et il signala à ce sujet des faits qui établissaient la complicité de Victoire Galinié.

Camboulives, en effet, voulait devenir l’associé et le gendre de Galinié père, et il fit croire à Parayre qu’il pourrait espérer une fille de la maison mais ces projets trouvaient un obstacle dans la personne de Galinié fils, on résolut de s’en débarrasser. Cette résolution aurait été arrêtée par Camboulives et Parayre en présence de Victoire Galinié, qui aurait donné son adhésion.

C’est à raison de ces faits, que les trois accusés comparaissent devant la Cour d’assises. Leur attitude à l’audience ne trahit de leur part aucune émotion ; Parayre seul paraît abattu ; il cache avec soin son visage au public. Camboulives affecte une grande tranquillité, il promène avec assurance ses regards autour de lui. Victoire Galinié semble oublier, par sa tenue peu convenable, la position grave qui lui est faite par l’accusation. Chez aucun d’eux la physionomie ne présente rien de bien saillant : Camboulives a une certaine dureté dans les traits, tout sur sa figure révèle un caractère énergique et résolu ; on lit sur le visage de Parayre l’indice d’une nature inculte et grossière quant à Victoire Galinié, son œil vif et pénétrant dénote une intelligence des plus actives.

M. le procureur général Gastambide occupe le siège du ministère public; il est assisté de Maître Cassagne, avocat général.

Au banc de la défense sont assis Me Canet du Barreau d’Albi, défenseur de Camboulives ; Me Depeyre, défenseur de Parayre, et Me Astrié (Ernest), défenseur de Victoire Galinié.

Le greffier donne lecture de l’acte d’accusation et des autres pièces.

M. le président procède aux questions d’usage, et il ajoute en s’adressant aux accusés :

Il résulta des pièces dont vous venez d’entendre la lecture que vous êtes accusés d’avoir, vous, Camboulives et Parayre, dans la nuit du 29 au 30 juillet dernier, commis un homicide volontaire avec préméditation sur la personne du jeune Galinié, d’avoir exécuté ce crime, avec cette circonstance qu’il a été précédé, accompagné ou suivi de la soustraction frauduleuse d’une certaine somme d’argent et d’une montre dont était porteur Galinié, soustraction commise sur un chemin public pendant la nuit, à l’aide de violences et en réunion de plusieurs personnes, vous, Victoire Galinié, vous êtes accusée de vous être rendue complice de cet assassinat, en provoquant Camboulives et Parayre par des machinations et des artifices coupables; accusée en outre d’avoir, aux audiences des 21 et 22 décembre 1855 de la Cour d’assises du Tarn, où les autres accusés étaient prévenus de l’assassinat de votre frère, commis un faux témoignage : 1° en taisant que ces derniers s’étaient entretenus devant vous, dans la remise de votre père, du projet de frapper votre frère ; 2° en déclarant devant la Cour d’assises que Parayre avait l'habitude d’égratigner les boutons de sa figure, et que les traces d’excoriations qu’on avait remarquées provenaient de là ; tandis que vous saviez parfaitement que ces excoriations étaient produites par les égratignures faites par votre frère au moment où il se débattait contre les étreintes de ses assassins ; 3° en laissant ignorer cette circonstance que Parayre était arrivé en proie à une grande agitation, en disant au contraire que vous n’aviez remarqué rien d’extraordinaire dans son maintien, alors cependant qu’il vous avait fait la confidence de sa coopération dans le meurtre de votre frère.

M. le président résume brièvement les faits qui servent de base à l’accusation.

Le plan des lieux qui ont été le théâtre du crime est mis sous les yeux de MM. les jurés.

L’audition des témoins commence. Auguste Gaston, tanneur à Graulhet, se rendait, le 29 juillet, à sou champ; il traversa la route d’Albi. Près du pont d’A gros, il rencontra deux individus, vers dix heures du matin; peu d'instants après il vit une charrette arrêtée. Quand il repassa, il trouva encore la même charrette, il crut d’abord que le routier était ivre, il y avait près de la charrette un chien noir qui grogna quand il s’approcha. Il trouva dans la charrette un cadavre étendu, il remarqua que la figure était couverte d’écume son opinion fut que la victime avait été étranglée, il alla aussitôt avertir la police. Quand il vint sur les lieux avec la police, il remarqua l'empreinte des roues de la charrette sur la banquette du pont d’Agros; les traces de ces roues indiquaient que la charrette décrivait dans sa marche des sinuosités.

Sur l’interpellation de Me Canot, le témoin déclare qu'il ne se rappelle pas s’il a dit aux premières personnes qu'il rencontra comment la charrette était attelée, mais il le dit au commissaire de police.

M. Augry, commissaire de police à Graulhet. Le 29 juillet, il était avec deux gendarmes sur une place de Graulhet vers minuit et demi ; il alla en se promenant avec eux jusqu’au faubourg Laval, il aperçut de là une charrette sur la route. Un des gendarmes remarqua que cette charrette n’était pas munie de lanterne; comme il faisait clair de lune, M. le commissaire de police empêcha que l’on allât dresser procès-verbal. Tous reconnurent la charrette de Galinié son chien la suivait. Le lendemain, le nommé Gaston vint déclarer qu’il avait trouvé arrêtée sur la route une charrette, sur laquelle était un homme qui avait été assassiné.

Le témoin procéda à des investigations, Camboulives, qu’il rencontra, lui dit : C’est ce pauvre Galinié qui a été assassiné; je le sais, parce que j’étais hier à minuit devant ma remise, et que je l’ai vu passer. Arrive sur le lieu où la charrette était arrêtée, M. le commissaire de police voulut s’en approcher; le chien se précipita sur lui; il fallut user d’expédients pour se préserver de ses attaques; les chevaux furent dételés, et le chien les ayant suivis, il fut possible de visiter la charrette; on y trouva le malheureux Galinié qui était étendu. Au moment où le docteur Bonnet constatait l’état du cadavre, un homme arriva près de la charrette, courant à toute vitesse, et tomba à la renverse, lorsqu’il fut arrivé. M. Bonnet lui prodigua ses soins; il se remit bientôt : c’était Parayre.

Après cet incident, un témoin rapporta une bourse qu’il avait trouvée sur la route: M. le commissaire de police se transporta sur le pont d’Agros ; les empreintes qui existaient sur cette partie de la route indiquaient que le crime avait été commis là, pendant trois jours, rien ne vint révéler quels en étaient les auteurs.

Des soupçons se portèrent sur Camboulives, il fut bientôt constaté qu’il avait tenu certains propos compromettants ; le témoin le fit mander près de lui ; Camboulives convint qu’il avait accompagné Galinié pendant une partie de son voyage. Une lettre anonyme confirma les premiers soupçons ; Camboulives fut dès lors arrêté et conduit à la prison de Lavaur. A Lavaur, M. le commissaire de police apprit de M. Bonnet, tanneur de cette ville, que Parayre n’était pas étranger au crime.

Parayre fut appelé : sa figure était couverte d’égratignures très fortes ; il expliqua ces égratignures en disant qu’il était dans l'habitude de déchirer ses boutons. Galinié père, dans la maison duquel était M. le commissaire de police, s’écria alors ; « Je réponds de Parayre, mon domestique ; ce n’est pas chez moi que vous trouverez le coupable. » M. le commissaire de police n’en persista pas moins dans ses soupçons contre Parayre, des renseignements nombreux vinrent bientôt lui apprendre qu’il ne s’était pas trompé. Les deux accusés furent interrogés ; des témoins furent entendus ; Victoire Galinié fut aussitôt entendue ; les réponses de cette fille, faites avec peu d’assurance, étaient exactement les mêmes que celles de Parayre; il y avait évidemment entre eux un concert coupable pour déguiser la vérité.

La fille Galinié conteste ce dernier fait; on lui donne lecture de ses interrogatoires. M. le président lui fait remarquer qu’elle en est convenue : – Je vous dis que non répond-elle avec énergie.

Camboulives est interrogé sur ce fait révélé par lu témoin qu’il aurait dit : Je sais que c’est Galinié, je l’ai vu passer devant ma remise. Il nie qu’il ait vu passer Galinié; il dit qu’il a tenu ce propos, parce que M. le commissaire lui avait déjà décrit l’attelage de la charrette, et qu’il a reconnu ainsi que ce devait être Galinié.

D. Mais comment avez-vous déclaré à M. le commissaire de police que voua aviez vu passer Galinié ? — R. C’était une manière de blaguer.

Camboulives dit qu’il était couché au moment où Galinié est passé sur la route, il est allé se mettre au lit à onze heures et demie du soir; il raconte les détails de son coucher.

D. Vous savez que les témoins vous ont donné un démenti formel ?- R. Que voulez-vous que j’y fasse ? J’ai dit la vérité.

D. Vous avez dit au juge d’instruction que la charrette était éclairée ; avant, vous avez dit qu’elle ne l’était pas, comment expliquez-vous cette contradiction ? — R. J’avais entendu dire à dix heures du matin que l’on avait voulu faire un procès-verbal à Galinié parce qu’il n’avait pas de lanterne à la charrette. Ce que j’ai dit au juge d’instruction n’avait pas de portée.

M. le commissaire de police déclare qu’il n’a parlé à personne avant midi de sa conversation avec les gendarmes.

Camboulives ne peut pas désigner la personne qui lui aurait parlé du procès-verbal que l’on voulait dresser contre Galinié.

M. le commissaire de police déclare en terminant que Galinié père pourrait, s’il le voulait, dire toute la vérité.

M. le président adresse à Parayre des questions relativement aux faits qui viennent d’être signalés.

D. À quelle heure êtes-vous rentré? — R. À une heure et demie ; je trouvai Victoire Galinié; elle me demanda si j’avais rencontré Camboulives, je lui dis que oui ; elle me demanda encore si nous avions fait ce que Camboulives avait dit, je lui répondis affirmativement; alors elle me dit : Il faut prendre garde que cela ne se sache.—Personne ne le saura, répliquai-je, si tu tiens le secret et si tu dis que je suis rentré à minuit.

M le président. — Fille Galinié, vous voyez ; Parayre vous a recommandé de dire qu’il était rentré à minuit ? - R. (Avec véhémence.) Il ne m’a pas parlé de ça.

D. Lui avez-vous demandé s’il n’avait pas vu Camboulives? — R. Non, encore non.

M. le Président donne lecture de la déposition dans laquelle la fille Galinié est convenue de ces faits et il ajoute : Vous voyez bien que vous l’avez dit ? — R. Je vous dis que non.

M. le président, à Parayre. — Vous affirmez qu’elle l’a dit ? — R. Oui, elle l’a reconnu devant la Cour d’assises à Albi.

Victoire Galinié persiste dans ses dénégations. Parayre ajoute ; Victoire Galinié me dit encore : Tu as des égratignures sur la figure, cela te décèlera ; je lui dis alors de déclarer que j’étais dans l’habitude de m’écorcher les boutons.

D. Ces égratignures avaient été faites par qui ? — R. Par le fils Galinié.

D. Racontez comment s’est passée la scène du meurtre? — R. Je suis sorti à sept heures du soir pour ne rentrer qu’à une heure et demie ; j’allais d’abord au café, et je me rendis ensuite au rendez-vous convenu avec Camboulives ; je le trouvai à dix heures et demie ou onze heures sur la place du Château ; il venait du café Bonnet ; il me dit après m’avoir reproché d’arriver bien tard : Galinié est-il parti ? — Je ne le sais pas, répondis-je. — Il faut pourtant le savoir.—Je ne me soucie pas d’y aller, ajoutai-je mais alors il me dit. : Tu n’es pas un homme de parole ; il faut faire ce que nous avons dit; si tu ne le fais pas, tu t’en plaindras; il me dit encore ; Sois tranquille, je réponds de tout, Je me décidai alors à le suivre, et nous allâmes attendre Galinié.

D. Où allâtes-vous pour l’attendre ?—R. Dans un champ de millet ; la charrette passa bientôt; j’y montai dessus en disant à Galinié que j’allais l’accompagner ; il ne me répondit rien. Je me plaçai au milieu de lu charrette. En entrant dans la ville du Graulhet, j’aperçus des gendarmes avec le commissaire de police, je me cachai promptement avec un petit manteau ; Galinié marchait ; il trouva sur le pont Saint-Jean quelqu’un avec qui il parla quelque temps, mais que je ne reconnus pas. Camboulives nous rejoignit bientôt il monta sur la charrette, et il dit a Galinié de monter ; il lui dit même de se coucher sur la charrette, en ajoutant : Il faut que tu te reposes, nous mènerons le cheval avec le domestique. Alors Galinié se coucha sur la paille qui était dans la charrette, la tête placée du côté des chevaux. Au pont d’Agros, Camboulives lui mit le genou sur le ventre. Prends-le, me dit-il; je le saisis aussitôt au cou, et c’est alors que je reçus des égratignures. Comme le chien aboyait, Camboulives me dit: Descends, caresse le chien, je me charge de l’affaire. Pendant ce temps, Camboulives l’acheva.

1). Camboulives s’était-il servi d’une corde? — R. Je ne l’ai pas vu au moment où il exécutait le meurtre.

D. Êtes-vous remonté sur la charrette ? — R. Oui, j’allai prendre le fouet ; alors Camboulives fouilla dans les vitement de Galinié, il prit la bourse et la montre qu’il avait sur lui, il descendit; je fouettai les chevaux qui partirent suivis du chien. Nous nous arrêtâmes dans un fossé ; Camboulives éventra la bourse et en jeta les débris au loin ; après cela, Camboulives, qui me disait sans cesse. Prends courage, n’aie pas peur, me remit une partie de l’argent et la montre qui m’appartenait et que j’avais prêtée à Galinié pour faire son voyage ; il me recommanda de jeter cette montre en passant au pont Saint-Jean ; et il ajouta : Pars le premier ; il ne faut pas qu’on nous voie ensemble. J'allais a lors à la maison Galinié, et c’est là que j’eus avec la fille Galinié la conversation que j’ai déjà rapportée.

M. le président, s'adressant à Camboulives. — Ce que vient de raconter Parayre est-il vrai ? — R. Non, je ne l’ai pas vu du tout, je ne l’ai rencontré qu’à six heures du soir chez Galinié le père, je l’y trouvai avec Victoire Galinié et ses deux frères, mais je ne me rappelle pas ce que je lui ai dit.

Parayre, que l’on amène au milieu de l’enceinte pour qu’il puisse être plus facilement entendu de MM. les jurés, décrit ainsi les faits de cette scène : J’étais occupé à charger du charbon avec Victoire. Galinié ; son frère, arriva bientôt, et il me demanda ma montre pour faire son voyage : Camboulives arriva à son tour; il donna du tabac à Galinié, et il lui demanda l’heure de son départ; Galinié alla alors au lit; Camboulives et la fille Galinié causaient près de la charrette; Camboulives me dit alors : Viens nous avons quelque chose à te dire; tu ne sais pas ce dont il s’agit? — Non, dis-je. — Eh bien, il s’agit de tuer Galinié. — Il ne m’a rien fait, repris-je.—Sois tranquille, ajouta Camboulives, je, te récompenserai. Il m’embarrasse, il m’empêche de faire mes affaires mais sois sans crainte, on ne le saura pas ; Victoire Galinié en est contente. Alors cette dernière s'écrie : Non, je ne veux être la cause de rien; et Camboulives lui dit : Tu ne seras la cause de rien, mais il faut le faire, il faut le faire.

Victoire Galinié et Camboulives nient énergiquement ces faits.

Parayre donne encore des détails sur deux conversations qu’il a eues avec Camboulives au mois d’avril et au mois de mai, dans lesquelles ce dernier le préparait au crime qu’il devait exécuter plus tard.

Camboulives oppose comme toujours une dénégation formelle.

D’après Parayre, Camboulives lui aurait dit dans la remise de Galinié père : « Je sais que le roulier Linas n’ira pas à Carmaux avec Galinié fils ; Galinié, de son côté, ne veut pas aller avec d’autres rouliers ; le moment est donc favorable; il faut agir. » Camboulives avait dû savoir que Linas était allé annoncer, en effet, chez Galinié qu’il ne pouvait pas raccompagner.

Camboulives reconnaît qu’il a été parlé de Linas à ce moment, mais il soutient que c’est Galinié fils qui en a parlé, en disant à Parayre : « Vas voir si Linas peut venir avec moi ? » La fille Galinié appuie cette version.

M. le commissaire de police parle des relations qui existaient entre Camboulives et Victoire Galinié.

Cette dernière dit qu’elle a connu Camboulives, mais qu’elle ne l’a pas fréquenté. Cette déclaration se trouve en contradiction avec une de ses dépositions ; M. le président le lui fait remarquer ; elle persiste.

M. Bonnet, médecin à Graulhet, fut chargé d’aller constater l’état du cadavre; il rencontra Camboulives qui lui dit que c’était le fils Galinié qui avait été tué. En visitant la charrette, il trouva une corde autour du cou du cadavre; il donna ses soins à Parayre, qui était tombé en syncope près de la charrette. Le cadavre était étendu, le cou et la poitrine découverts, la face était tuméfiée ; la bouche couverte d’écume ; sur la poitrine et la figure étaient de fortes empreintes ; le cou portait des traces de strangulation. L’autopsie a constaté que la strangulation avait été la cause de la mort. Le témoin a vu les trois filles Galinié en pleurs ; il n’a pas entendu dire que Victoire se soit trouvée mal ; il n’a pas su, avant le crime, que cette fille eût des relations avec Camboulives; il rapporte un bruit public qui accusait Camboulives de la mort d’un nommé Soni.

Mouriès a trouvé les débris de la bourse près le pont d’Agros; il a remarqué les empreintes des roues sur la banquette de ce pont.

M. Blens, juge de paix, est entendu. Les détails qu’il fournit ne font que confirmer ceux qui ont été donnés par le médecin. Il en est de même de la déposition de Raynal, gendarme, qui reproduit les faits signalés par M. le commissaire de police.

Bertrand Rocher, de Graulhet, a vu Parayre tomber en syncope; ce dernier disait : J’ai quelque chose sur le cœur, que je ne puis pas dire.

Valat cordonnier, a rencontré Parayre qui lui a demandé ce qu’on disait du crime et qui on en accusait; il remarqua les égratignures; Parayre les expliqua eu disant qu’il s'était fait mal en tombant.

Galinié l’oncle de l’accusée, dépose que Parayre lui a dit qu’il était allé chercher Camboulives, qu’il avait quitté un maçon à onze heures et demie et qu’il était rentré à minuit.

Roudié maçon à Graulhet. — Le 1er août, il a eu une conversation avec les époux Galinié, qui lui a donné l’idée qu’on soupçonnait surtout Parayre; ils disaient qu’ils croyaient avoir une canaille dans la maison. On ne savait pas à quelle heure Parayre était rentré. Galinié père disait que Camboulives était capable de tout ; que Parayre avait demandé la permission le dimanche soir de s’absenter en disant qu’il avait des affaires et qu’il serait possible qu’il rentrât tard. Le témoin constate qu’il paraissait que les parents de la victime croyaient que Camboulives et Parayre étaient les coupables. Il pense que la fille Galinié n’a pu ignorer le crime ; elle paraissait être la maîtresse de Parayre ou de Camboulives. La famille Galinié hésitait à faire la dénonciation . Camboulives invité à souper le dimanche au soir par Galinié, aurait dit qu’il n’avait pas le temps, qu’il devait partir. Il ne se rappelle pas si Galinié lui a dit que Camboulives avait déclaré qu’il allait à Briatexte.

Victoire Marty de Graulhet, dépose que, le 30 juillet dernier, elle faisait la lessive près de la maison Galinié. Elle apprit des membres de la famille Galinié que le jeune François avait été assassiné. On disait que les assassins devaient connaître le chien qui accompagnait la charrette. Dans la journée, le témoin a vu Parayre se frappant la tète, en proie à une grande agitation ; il avait l’air préoccupé. A l’enterrement du fils Galinié, auquel assistait Parayre, le témoin dit à son mari : Il est bien pénible de voir le bourreau accompagner sa victime à la dernière demeure. Le témoin a rencontré Parayre sur la route de Carmaux, et ce, dernier lui demandait si on avait découvert quelque chose relativement au crime; le témoin répondit qu'on avait arrêté un des auteurs. N’a-t-on pas arrêté l’autre ? dit Parayre. Il paraissait inquiet et embarrassé.

Bruyère, de Graulhet. — Le témoin est le portefaix de Camboulives. Il dépose que Camboulives est arrivé le 29 juillet dernier, à neuf heures du matin, à Graulhet, qu’il ne l’a revu ce jour-là qu’à huit heures du soir. Le lendemain il est allé réveiller Camboulives, et comme ce dernier ne lui a pas répondu de suite, il est sorti et une femme lui a dit qu’on avait trouvé un homme mort sur la route d’Albi ; un témoin lui confirma la même nouvelle. Alors il alla trouver Camboulives et lui annonça cotte nouvelle. Ce dernier voulut aller voir le cadavre et il dit au témoin : Je parie que c’est le fils Galinié, je lui ai donné du tabac hier soir. Arrivés tous les deux au pont d’Agros, Camboulives ne voulut pas aller plus loin, et après s’être retourné, il dit au témoin que la guillotine serait une peine trop douce pour les auteurs de cet assassinat.

Camboulives soutient aux débats que, lorsqu’il a tenu les deux propos rapporté dans la déposition de Bruyère, il lui avait été impossible de savoir quel était l’individu qu’on avait trouvé mort, et si cette mort était le résultat d’un crime. Camboulives a dit au témoin qu’il allait passer la soirée quelquefois chez Galinié, qui avait des filles charmantes.

Camboulives, interpellé sur ce dernier propos, répond, comme d’habitude, que c’était une blague

A cinq heures et demie, l’audience est levée et la continuation en est renvoyée à demain.

LE DROIT JOURNAL DES TRIBUNAUX 30/05/1856

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE-GARONNE (Toulouse).

Présidence de M. de Guer - Audiences des 22, 23 et 24 mai – ASSASSINAT – FAUX TÉMOIGNAGE. — RENVOI APRÈS CASSATION - DOUBLE CONDAMNATION A MORT.

À l’audience du 22, après quelques dépositions qui ne révèlent aucun fait nouveau, Parayre reproduit ses aveux. Il reconnaît qu’il est monté sur la charrette après la première scène, et qu’il a déposé son pied sur la poitrine de Galinié ; il lui semblait que le corps de la victime remuait encore.

Parayre ajoute en terminant : Je ne comprends pas comment Camboulives persiste à vouloir me compromettre ; je ne comprends pas pourquoi il cherche à perdre un enfant comme moi ; lui qui est cause de tout, comment ose t-il me donner un démenti !

Une altercation très vive s’engage à ce sujet entre Camboulives et Parayre.

– Comment as-tu le courage de me donner un démenti, à un pauvre enfant comme moi ? s’écrie Parayre.

- Tu oses dire cela ? répond Camboulives, canaille ! — Tu es un malheureux de vouloir me perdre, réplique Parayre.

– Brigand ! s’écrie Camboulives, tu m’accuses parce que tu te vois perdu.

Victoire Galinié, interrogée de nouveau sur les faits révélés par Parayre, persiste dans ses dénégations : Jamais, dit-elle, Parayre ne m’a rien donné à connaître; seulement il m’a dit souvent des choses malhonnêtes que je n’ai pas voulu répéter à Albi.

Parayre raconte les circonstances qui l’ont amené à faire ses révélations. C’est sur les instances de Camboulives qu’il se décida à déclarer qu’il était seul coupable; il ne peut préciser à quel moment des débats qui eurent lieu devant la Cour d’assises du Tarn, Camboulives provoqua sa détermination.

Ce dernier lui disait : Nous allons être condamnés à mort, il faut que l’un de nous soit sauvé; et pour cela, il faut que l’autre consente à s’accuser lui-même; mais je suis trop vieux, on ne me ferait pas grâce si j’étais condamné; il faut donc dire que c’est toi qui as commis l’assassinat; tu seras condamné, mais à cause de ton jeune âge on te fera grâce. Tu iras à Cayenne, et là je t’enverrais de l’argent. Parayre ajoute : Après ma condamnation, mon défenseur vint me trouver et me dit : Mon garçon, tu n’as qu’un moyen de te sauver, c’est de dire la vérité; l’Empereur aura égard à ta jeunesse et pourra te faire grâce. C’est alors que je déclarai que j’étais seul l’auteur du crime; plus tard, je réfléchis, et cédant aux exhortations de l’aumônier qui venait me voir fréquemment, je revins sur ma déclaration, et je dis alors la vérité.

Les dépositions des témoins ont rempli le reste de cette audience qui a été levée à cinq heures et demie.

Au commencement de l’audience du 23, un détenu de la maison d’arrêt de Gaillac dépose que Camboulives, qui a passé quelques jours dans cette prison, lui a fait écrire une lettre anonyme adressée au Parquet de cette ville, afin d’écarter tout soupçon de sa personne. Dans cette lettre, dictée par Camboulives, il était dit : C’est Parayre et un autre individu que Camboulives qui ont exécuté le meurtre, et Camboulives les a rencontrés au moment où ils allaient commettre ce crime. » Cette lettre n’a pas été retrouvée.

La déclaration de ce témoin produit une grande sensation dans l’auditoire.

Camboulives, interpellé par M. le président, finit par avouer qu’il a dicté cette lettre.

Après avoir entendu cet aveu accablant, Me Canet, fortement ému, demande que l’audience soit suspendue pendant quelques instants pour qu’il puisse conférer avec Camboulives. À la reprise de l’audience. M. le président demande à Camboulives s’il n’a rien à révéler. Il répond négativement.

Demyre, cultivateur, rapporte que, trois jours après le crime, la fille Galinié lui a dit qu’elle devait se marier avec Camboulives, elle ajouta, en parlant de ce dernier, qu’il s'était vanté d’avoir « sablé » son premier amant.

Victoire Galinié nie ces propos. M. le président constate que, dans une déposition écrite, elle a déclaré que son premier amant avait été sablé, en disant seulement qu’elle ignorait de qui elle tenait ce fait.

Cécile Bessières, épouse d’Antoine Cols, sage-femme, dépose que Victoire lui a dit : Camboulives a sablé mon dernier amant.

Elisabeth Marquiés rapporte qu'un individu lui a dit qu’il tenait de Victoire Galinié que Camboulives avait sablé son dernier amant. | Cette déposition n’a pas été notifiée dans la procédure; M. le procureur général offre d’en donner immédiatement une copie aux défenseurs; ceux-ci déclarent qu’ils n’en ont pas besoin pour le moment. Cette copie leur est néanmoins présentée, et la Cour donne acte de cette remise.

Joseph Jouy fils - Victoire Galinié le menaça, dans une circonstance, de lui donner une volée, cette menace ne reçut jamais d’exécution.

Victoire Galinié nie le propos rapporté par le témoin.

M. Gravelle, gardien en chef de la prison de Toulouse, est entendu à titre de simple renseignement. Il rapporte que le père de Camboulives étant venu visiter son fils à la prison, ce dernier lui dit que si les Galinié déposaient contre lui, et qu'il ne fut condamné qu’aux travaux forcés, il tâcherait de s’échapper pour aller les tuer.

Après quelques autres dépositions sans intérêt, l’audience est levée.

Dans la nuit qui a suivi cette audience, Camboulives a fait appeler M. le président des Assises.

Le 24 dès neuf heures et demie, la foule se presse à toutes les issues. Un petit nombre d’élus pénètre avec peine dans l’enceinte réservée ; la tribune est promptement garnie ; les avocats en robe arrivent grand nombre ; plusieurs sont obligés de s’asseoir sur les gradins placés au-dessous des sièges des membres de la Cour ; lorsque la porte extérieure est ouverte, la salle est bientôt remplie. On remarque dans enceinte réservée plusieurs groupes animés qui parlent des révélations faites dans la nuit par Camboulives; cette nouvelle circule bientôt dans l’auditoire et excite une vive émotion; l’émotion redouble quand les accusés sont introduits ; tous les regards se portent sur Camboulives ; il parait livré à une grande agitation ; à peine assis, il cache ses pleurs en couvrant sa figure avec son mouchoir. L’attitude des deux autres accusés est toujours la même.

A dix heures, la Cour prend séance. M président, s’adressant à Camboulives. — Camboulives vous m’avez fait appeler hier à la prison; dites à MM. les jurés quelles sont les révélations que vous m’avez confiées ?

Camboulives commence sa réponse avec quelque hésitation ; sa voix, affaiblie par l'émotion à laquelle il est en proie, est à peine perceptible.

Il raconte d’abord les détails de plusieurs entrevues qu’il a eues avec Victoire Galinié, et il ajoute :

Un jour elle me dit : Quand est-ce que tu te maries ?—Je n’en ai pas le temps, lui répondis-je. Elle me dit : Il faut te marier avec ma sœur ? — Je ne la connais pas, lui dis je.—Je te la ferai connaître, répliqua-t-elle. Quelque temps après, je rencontrai Victoire avec Parayre dans la marnière; nous causâmes pendant quelques instants ; il ne fut question de rien. Le soir, je trouvai encore Victoire, qui me parla de faire tous ensemble un repas, le dimanche suivant. Je ne me rendis pas chez elle ce jour-là. Quelques jours plus tard, elle me trouva, et me dit : Tu n’es pas venu ? —Non, lui dis-je. Elle ajouta : Quand est-ce que tu te maries avec Françoise ? moi, je veux me marier avec Parayre. — Et l’enfant ? (François Galinié) lui dis je. Elle me répondit : Nous le tuerons ?

Le 29 juillet, j’allai chez Galinié, je causai quelques instants avec les filles, je visitai la briqueterie. Parayre vint ; nous descendîmes à la remise. Le fils Galinié arriva à son tour, il me demanda une cigarette; je la lui donnai; il la fuma et puis se coucha. Je causai avec Parayre et Victoire ; Parayre alla chercher de l'eau et revint bientôt. Victoire parla de son frère : Nous ne trouverons jamais un moment plus favorable, me dit-elle, que ce soir. — Pourquoi ? lui dis-je. — parce que Linas a dit qu’il ne pouvait pas l’accompagner ; il est sûr qu’il ira seul à Carmaux. Je lui répondis : Je ne te conseille pas de faire cette affaire. Et je m’en allai à six heures du soir.

Après cette heure-là, je rentrai à la maison Cagneuil ; là on me dit que Fabre me demandait ; j’allai le rechercher, mais je ne le trouvais point ; je me rendis alors au café Bonnet, j’y restai jusqu’à onze heures un quart ; j’allai ensuite trouver Parayre au lieu qui avait été fixé ; nous nous dirigeâmes près de la route, et, sur le pont d’Agros, nous avons tué et étranglé ce pauvre misérable.

D. Votre récit est incomplet. Précisez davantage les détails. Comment la scène du meurtre s’est-elle passée ? — R. C'est Parayre qui se précipita sur Galinié ; il le saisit au cou, l’étreignit fortement ; il lui passa ensuite une corde autour du cou et il l’étrangla ; en tenant le corps soulevé au moyen de la corde, il le retourna sur la charrette ; c’est aussi Parayre qui prit l’argent; en descendant de sur la charrette son pied sur la figure du malheureux. Après cette scène, nous retournâmes à Graulhet Parayre rentra dans la maison Galinié; je rentrai, de mon côté chez les Cagneuil.

D. A quelle heure êtes-vous rentré ? — R-A heure du matin; je montai l’escalier qui conduit à ma chambre pieds nus.

D. Quel est le rôle que vous avez ions l’exécution du crime? — R. Je tenais Galinié par les pieds

D. Vous n’avez pas suffisamment expliqué comment le complot avait été formé entre vous et Parayre. R. Après que Victoire eut donné l’idée du meurtre nous convînmes avec Parayre que nous irions attendre Galinié, et que l’assassinat aurait lieu sur le pont d’Agros.

Camboulives déclare, en terminant que ce que Parayre a raconté, relativement aux déclarations par lui faites après la condamnation prononcée par la Cour d’assises du Tarn, est parfaitement exact.

M. le président, s’adressant ensuite à Parayre – Parayre, vous venez d’entendre les révélations de Camboulives ; est-ce que les faits se sont passés ? — R. Non Monsieur le président. Camboulives ne dit pas la vérité. *

Parayre se tourne alors vers Camboulives et lui dit avec force : Déclare enfin la vérité; je ne te demande pas autre chose; comment peux-tu dire que c’est moi qui ai tout fait ? N est ce pas toi qui as organisé l’exécution du crime ? N’est-ce pas toi qui m’as dit dans la remise : Il faut le faire, il faut le faire ! Malheureux c’est toi qui m’as perdu ! Hier, tu disais que tu déclarerais la vérité, et cependant tu ne la disais pas; eh bien aujourd’hui répare ta faute ; achève de dire la vérité allons, malheureux, dis une fois toute la vérité. '

Camboulives. — Tout ce que j’ai raconté est vrai. M. le président. — Fille Galinié, vous venez d'entendre ce que dit Camboulives?—R. Ce n'est pas vrai

D. Camboulives, défendez-vous. — R. Sans elle le crime n’aurait jamais été exécuté. (Sensation.)

Victoire Galinié s’emporte contre Camboulives. D. Quel intérêt voulez-vous que ces deux hommes aient eu à commettre le meurtre?—R Tout ce que je sais c’est que ce n’est pas pour moi. Je suis innocente devant la justice comme devant Dieu.

M. le président. — Dieu sait encore mieux que la justice ce que vous avez fait. — R. Si Dieu pouvait me juger, je ne serais pas ici.

Camboulives est interpellé encore sur quelques détails qu’il a omis;

D. Qui a pris l'argent dont Galinié était porteur ? — R. C’est Parayre.

D. Comment cela s’est-il passé ? — R. Parayre est monté seul par le derrière de la charrette; il a pris l’argent et la montre ; j’étais sur le devant et je voyais faire; en descendant, il a mis le pied sur la figure de Galinié. C’est Parayre qui a ôté l’argent de la bourse, il a dit que cet argent servirait à louer des musiciens pour la fête de Saint-Pierre. (Mouvement dans l’auditoire.) Parayre me dit en nous retirant : Nous ne risquons rien, parce que Victoire dira que je suis rentré à minuit un quart, et que le chien sera empoisonné.

D. Parayre, qu’avez-vous à dire sur ces révélations ? — R. Tout cela est faux; comme il ment ! Il ne sait pas ce qu’il dit; je pense qu’il se décidera à dire le vérité.

D. Camboulives, vous ne dites pas toute la vérité; faites un effort encore et ne déguisez plus rien.

Camboulives ne fait aucune réponse; Parayre l’interpelle vivement : Je serais heureux, lui dit-il, de te voir dire la vérité ; tu sais bien que tu m’as perdu, tu sais que tu as abusé de ma jeunesse, de mon inexpérience et de ma faiblesse. Eh bien ! je te pardonne mais au nom du ciel, dis la vérité; songe que tu es devant la justice!

Camboulives persiste dans ses déclarations. Un juré demande si Camboulives, en rapportant un propos tenu par Victoire Galinié au sujet de son frère, a dit : On le tuera, ou nous le tuerons; il ajoute qu’il fallait savoir laquelle des deux expressions avait été prononcée, parce que l’une était différente de l’autre.

Me Astrié se lève aussitôt pour demander acte à la Cour des paroles qui viennent d’être prononcées.

M. le procureur général se borne à faire remarquer que la Cour doit apprécier si ces paroles renferment la manifestation d’une opinion.

La Cour, après avoir délibéré, déclare qu’il n’y a pas lieu de donner acte.

Camboulives est encore interrogé. D. C'est vous qui avez dit à la fille Galinié : Et l’enfant ? À quoi elle répondit : Nous le tuerons? — B Oui, je crois qu’elle disait cela en plaisantant; dans la remise, elle me dit qu’elle voulait se marier avec Parayre ; mais c’était encore là une manière de plaisanter elle ne voulait pas l’épouser.

D. C’était donc vous qu’elle voulait épouser ? — . Peut-être qu’oui…

D. Fille Galinié, vous voyez les charges qui s accumulent sur votre tête, il n’y a plus que vous qui n’ayez pas avoué ; réfléchissez à votre position. – J’ai dit la vérité; je ne fais aucun cas de ce qu’ils peuvent déclarer, car qui a trahi mon frère m’a trahie.

D. Vous n’avez donc tenu aucun des propos qui viennent d’être rapportés ? — R. Non, ce n’est pas vrai. Je ne crains pas leurs accusations; je n’ai rien à me reprocher; je ne regrette qu’une chose, c’est le déshonneur que je cause à ma famille, et je désire vraiment avoir la force de le supporter avec résignation ; mais pour être innocente, je le suis.

Parayre est interpellé sur les propos qui aurait été tenu par Victoire Galinié.

R. Victoire n’a jamais dit, en parlant de son frère « Nous le tuerons. » C’est Camboulives qui a parlé de le tuer ; et elle répondit «  Si mon père le savait, Dieu m’en préserve ! — Personne ne le saura, dit Camboulives ; cela s’est vu d’autres fois. »

M. le Président fait un dernier appel à Camboulives et à Victoire Galinié pour les engager à dire la vérité : ils persistent dans leurs dires respectifs

Après ces dramatiques incidents, M. le procureur général se lève et prend la parole, soutient énergiquement l’accusation et demande au jury une répression sévère

Me Canet prend ensuite la parole dans l’intérêt de Camboulives ; Me Depeyre présente la défense de Parayre. Les deux avocats sollicitent, en faveur des accusés le bénéfice des circonstances atténuantes.

Me Astrié plaide pour Victoire Galinié et s’attache à combattre les charges de l’accusation.

L’audience est levée à six heures pour être reprise à huit.

La Cour rentre en séance à huit heures et demie. M le Procureur général réplique aux défenseurs. Me Astrié répond à M. le procureur général.

Après ces répliques M. le Président résume ces longs et saisissants débats.

Le jury entre dans la salle des délibérations à minuit et demi. À ce moment l’affluence devient de plus en plus considérable ; des groupes de curieux circulent sur la place du Palais attendant patiemment la solution qui va être donnée à ce drame émouvant qui occupe exclusivement, depuis plusieurs jours, l’attention publique

A deux heures du matin seulement, on annonce que le jury est rentré, la foule fait irruption dans la salle, le calme s’établit avec peine ; la parole est donnée au chef du jury; au milieu d’un silence religieux, il donne connaissance du verdict par lequel le jury a répondu affirmativement sur toutes les questions qui concernent Camboulives et Parayre sans admission des circonstances atténuantes; et quant à la fille Galinié, négativement sur la question de complicité, affirmativement sur la question de faux témoignage, sans circonstances atténuantes.

Camboulives et Parayre sont condamnés à la peine de mort et Victoire Galinié à douze ans de travaux forcés.

L’exécution doit avoir lieu sur la place de Graulhet.

LE DROIT 20/01/1856

ALBI - On se rappelle la double condamnation à mort prononcée vers la fin de décembre dernier par la Cour d’assises du Tarn, contre les nommés Parayré et Camboulives pour assassinat sur la personne du jeune Galinier, de Graulhet ; on se rappelle également que le soir même du jour où fut rendu l’arrêt, Parayé annonça l’intention de faire des révélations et que, mis en présence des magistrats, il se déclara le seul auteur du crime en affirmant la complète innocence de Camboulives ; puis, qu’il se rétracta quelque temps après et restitua à Camboulives son véritable rôle dans ce lugubre drame, celui d’instigateur et de principal auteur de l’assassinat. «D’après les bruits qui circulent et que tout fait présumer être exact nous disait notre correspondant Camboulives voulait épouser la sœur de la victime et entrer en qualité de gendre chez Galinier père, comme ce dernier s’y opposait, destinant son fils à continuer son état de chauffournier Camboulives aurait prémédité de se défaire de son futur beau-frère, et aurait déterminé Parayré à l’aider sous la promesse qu’il le garderait comme valet, et peut-être même qu’il le ferait entrer dans la famille Galinier son tour comme mari de la seconde fille de Galinier. »

Cette affaire, déjà si fertile en péripéties et en émotions diverses, parait devoir se compliquer encore d’un nouvel incident. On nous écrit en effet que par suite d’autres révélations faites par l’un des condamnés, une des sœurs de la victime se trouverait compromise. Ces révélations ont paru assez graves pour que la Cour de Toulouse évoquât l’instruction de l’affaire. Le 15 de ce mois, M. le conseiller Prévost délégué à cet effet par la Cour, et M l’avocat général Charrins se sont transportés à Graulhet où leur arrivée a produit la plus profonde sensation.

Parayré sera grâcié le 3 août 1856 et Victoire libérée en 1864

 

 

 

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