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Article François MAZENS
Il faut lever les yeux pour la remarquer, trônant modestement sur son piédestal, aux abords du Dadou. Elle est là, immobile mais émouvante, gardienne d’un pan discret de l’histoire locale : la statue baptisée Rebecca, offerte à la ville de Graulhet il y a plusieurs décennies, veille avec grâce sur le quartier qui fut jadis animé par les clapotis d'une fontaine aujourd’hui éteinte.
Ce don, précieux et empreint de symboles, fut fait par Monsieur Rossignol, ancien propriétaire du château de Lézignac. Ce nom n’est pas anodin : il descend de Théodore Rossignol, ancien maire de la ville. Le geste est généreux : orner un espace public d’une œuvre d’art, pensée pour embellir un jardin ou un coin de verdure. À ses côtés, Henri Manavit, alors président de l’Éveil Artistique, joue un rôle déterminant dans sa mise en valeur. C’est lui qui lui donne un nom : Rebecca, en référence à la figure biblique qui, puisant de l’eau, incarne la fidélité, l’accueil et la tradition.
Mais Rebecca n’est pas une statue comme les autres. Elle porte la signature d’un grand nom de la sculpture française : Agathon Léonard, né Léonard Agathon Van Weydeveldt en 1841 à Lille. D’origine belge, naturalisé français, il fait ses classes à l’Académie des beaux-arts de Lille puis à l’École des beaux-arts de Paris. Très actif dans le courant Art nouveau, Léonard s’illustre dans de nombreuses expositions, jusqu’à décrocher une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1900 pour son sublime Jeu de l’écharpe, réalisé en biscuit de Sèvres.
Sculpteur de la grâce féminine, orfèvre de la délicatesse, il travaille aussi bien le bronze que le marbre, l’ivoire ou le quartz. Sa signature est accompagnée de celle du fondeur P. Baur - une collaboration qui garantit la qualité de la fonte et l'élégance de la patine.
Mais le temps n’épargne personne, pas même les œuvres d’art. Au début des années 1980, un violent coup de vent abat une branche de pin qui vient fracasser le bras de Rebecca. Face à cet outrage du sort, un élan collectif se met en place. Geneviève Ribes, Jacques Mariette et Henri Manavit font appel au talent du sculpteur local Jean Pignol pour réaliser un moulage en terre cuite. La Fonderie de Bronze Lauragaise, à Blan, prend ensuite le relais pour redonner un bras à la belle.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais en 2008, un nouvel incident vient troubler la quiétude de Rebecca. Des vandales tentent de l’arracher de son socle. Heureusement, surpris en flagrant délit, ils abandonnent leur larcin, laissant la statue blessée mais entière, au pied de sa fontaine.
Aujourd’hui, la fontaine est asséchée, envahie d’herbes folles. Rebecca n’en demeure pas moins présente, fidèle à son rôle de vigie. Elle regarde vers les ponts et les vieilles maisons de Graulhet, témoin d’un passé qui refuse de s’effacer. Elle incarne cette part d’âme que possèdent encore certains lieux, à la fois modestes et chargés de récits.
On la croise parfois sans vraiment la voir. Mais pour qui sait s’arrêter, lever les yeux et écouter le silence, Rebecca raconte une histoire d’art, de générosité, de mémoire et de résilience. Une histoire à l’image de Graulhet.
La statue Rébecca
une servante arabe
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Le sculpteur : Agathon Léonard
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Photos du socle de la Statue
Le fondeur : P.Baur Edit
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Léonard Agathon Van Weydeveldt dit Agathon Léonard, né le 28 août 1841 à Lille et mort le 12 novembre 1923 à Paris (14e arrondissement), est un sculpteur d'origine belge naturalisé français. Après ses études d'art à l'Académie des beaux-arts de Lille, puis à l'École des beaux-arts de Paris, Agathon Léonard s'installe durablement à Paris où après avoir exposé au Salon de 1868, il adhère à la Société des artistes français en 1887, puis à la Société nationale des beaux-arts en 1897.Très impliqué dans le courant du style Art nouveau, il expose de nombreuses pièces (médaillons, statuettes de bronze et céramiques) finement travaillées, notamment lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris où il présente le célèbre surtout du Jeu de l’écharpe en biscuit de porcelaine de Sèvres. Pour ce dernier, il recevra une médaille d'or.Il pratique aussi le marbre, et travaille le quartz et l’ivoire. Ses œuvres sont principalement centrées autour de la figure humaine, surtout féminine. (Source WIKIPEDIA)
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Un exemplaire similaire de la statue que l'on peut voir à Graulhet récemment
vendue par la Maison Bonhams*
(*Bonhams est une maison de ventes aux enchères britannique fondée à Londres en 1793. C'est l'une des dix principales maisons de ventes aux enchères mondiales)
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Grande figure en bronze d'une servante arabe fondue par P. Baur tenant une coupe dans la main gauche et une aiguière dans la droite, sur un socle naturaliste signé Leonard Sculp et portant le cachet du fondeur P. BAUR EDIT, posée sur un socle octogonal noirci et partiellement doré. Hauteur du bronze : 108 cm (42,5 po) pour une hauteur totale de 188 cm (74 po).
La statue sans son bras
Au tout début des années 80, lors d'un fort coup de vent une branche de pin lui brise le bras. Des graulhétois impliqués, Madame Geneviève Ribes, Messieurs Jacques Mariette et Henri Manavit demandent au sculpteur graulhétois Jean Pignol de réaliser un moulage en terre cuite pour permettre à la Fonderie de Bronze Lauragaise , située à Blan d'exécuter un bras en fonte....En 2008 des vandales l'ont descellé de son bloc mais surpris dans leur méfait, la statue est abandonnée au pied de (feue) la fontaine sur laquelle elle trônait jadis, aujourd'hui envahie d'herbes elle veille sur les ponts et regarde au loin les vieilles maisons de la ville.
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