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La grande grève - A travers la presse française Troisième partie : Mars 1910 à fin 1910 |
Mercredi 2 mars 1910 - Le Figaro
Le préfet du Tarn est arrivé à Graulhet à une heure de l'après-midi et a reçu immédiatement le comité patronal. Celui-ci, après une assez longue entrevue, a déclaré qu'il regrettait de ne pouvoir rien changer aux décisions prises par l'assemblée générale patronale, au vote secret. De son côté, pendant cette entrevue, le comité de grève a rendu visite aux deux patrons dissidents.
Mercredi 2 mars 1910 - L'Humanité
En réponse à la lettre des deux patrons dissidents, le comité de grève leur a adressé une lettre aujourd'hui, leur annonçant qu'il se rendait chez M. Chabbal à 3 heures, pour reprendre les pourparlers et connaître leur opinion sur le vote émis par le syndicat patronal, sur la proposition du délégué du ministre et sur leurs propres intentions. A l'heure actuelle, l'entrevue continue. D'autre part le préfet, de retour de Paris, appelle la commission patronale avec qui il confère. A 2 heures, les patrons confirment la décision prise par leur dernier vote de retirer toutes les propositions faites, de remettre les choses au point où elles étaient le 4 décembre, jour de la déclaration de grève. C'est dire qu'ils se déclarent irréductibles sur la diminution des heures de travail.
Jeudi 3 mars 1910 - L'Humanité
L'entrevue entre la délégation ouvrière et les patrons dissidents a duré trois heures. Malgré le secret que l'on garde sur cette entrevue, on croit que les pourparlers ont repris avec plus de facilité, dans des termes plus amicaux que précédemment. La discussion aurait roulé sur l'autorisation occasionnelle d'effectuer les travaux les plus pressants dans les matinées du dimanche - sur la garantie de déperdition des marchandises en cas d'un nouveau conflit - sur la réduction des heures de travail.On croit que certains patrons ne se montreraient pas hostiles à cette dernière clause et seraient disposés à accorder la moitié de la diminution demandée de suite et l'autre moitié dans un temps indéterminé. Au cours de cette entrevue, les délégués ouvriers ont agité la question de l’élimination du syndicat des contremaîtres. La délégation patronale a demandé 48 heures pour s'entendre, avec les autres patrons dissidents.Les patrons syndiqués, eux, restent toujours irréductibles sur la question des heures detravail. Le résultat escompté de cette entrevue avec les patrons dissidents provoque une détente des esprits. La ville est calme.
Vendredi 4 mars 1910 - Le Figaro
Graulhet. La réunion de la commission de la grève, qui avait été annoncée hier s'est terminée ce soir, à sept heures et demie, et sera reprise demain. On augure un bon résultat.
Vendredi 18 mars 1910 - Le Figaro
Au cours d'une réunion plénière des grévistes, le président du comité de grève a fait accueillir à l'unanimité une décision disant qu'aucun gréviste n'accepterait de propositions individuelles faites par les patrons.L'un de ces derniers a fait annoncer qu'il invitait tous les grévistes qui travaillaient chez lui au moment de la cessation du travail à assister demain, à neuf heures du matin, à une entrevue avec lui. Cet appel a provoqué une certaine émotion, et l'on attend avec impatience de part et d'autre les résultats de cette tentative.
Mardi 22 mars 1910 - Le Figaro
La situation à Graulhet
Des forces imposantes de gendarmerie protégèrent aujourd'hui l'entrée et la sortie des ouvriers de l'Usine Chabbal, qui seulement au nombre de trente-cinq ont répondu à l'appel publié hier par les patrons. Les grévistes surveillaient également l'entrée et la sortie de ces ouvriers.
Carte postale : Les Hussards à Saint-Pierre
Carte postale : Escortes devant les usines
Mardi 22 mars 1910 - Le Matin
A l'usine de M.Chabbal, les ouvriers se sont mis en grève, et M.Chabbal, a déclaré que ceux qui ne seraient pas rentrés jeudi seraient considérés comme ayant abandonné le travail. Les grévistes réunis persistèrent dans leur hostilité. 25 ouvriers sur 350 rentrèrent au travail et furent hués par leurs camarades, et la gendarmerie a dû les protéger.Un patron, M. Aristide Cathalau, âgé de vingt-six ans, qui regardait passer les manifestants a été blessé à la tête une large plaie lui ouvrait le front au-dessus de l'œil droit, son chapeau avait eu le cuir coupé. Le docteur Laurens, appelé à la hâte, lui a donné ses soins, et le praticien croit à une blessure provoquée par une balle de revolver. Une femme déclare avoir entendu une détonation. M. Cathalau souffre beaucoup, mais son état n'est pas grave.
Mercredi 23 mars 1910 - Le Petit Parisien
UNE MANIFESTATION ÉCHOUE
Cet après-midi, après la rentrée des ouvriers qui ont repris le travail, une colonne de gréviste a voulu faire une manifestation, mais le sous-préfet, M. Moury-Muzet, a immédiatement pris des dispositions pour empêcher les manifestants de se rendre dans le quartier des usines et la gendarmerie a barré la route de Castres. Les grévistes se sont retirés vers la Maison du peuple.
Mercredi 23 mars 1910 - Le Temps
Tous les ateliers de mégisserie de Graulhet étaient ouverts ce matin. Les rentrées d'ouvriers ont été peu nombreuses. Deux grévistes ont été arrêtés et conduits à Lavaur, pour injures à la gendarmerie. Hier un patron a été légèrement blessé au front par un projectile au moment où il se trouvait à sa fenêtre. Une enquête est ouverte.
Un soldat s'est grièvement blessé à la tête en tombant accidentellement. Il a été transporté à l'ambulance.
Samedi 26 mars 1910 - Le Temps
Aux heures de rentrée et de sortie des ouvriers qui travaillent, les grévistes, par groupes, poussent des cris sur le passage des ouvriers. Hier, à la sortie de six heures, quelques bousculades se sont produites. Une femme a été arrêtée.
Mardi 29 mars 1910 - La Croix
En une réunion, les grévistes décident que le travail ne sera pas repris avant l'accord des Syndicats patronal et ouvrier. On craint des troubles pour mardi par suite de la réouverture de toutes les usines. Les grévistes iront mercredi faire une promenade à Briatexte où une usine travaille.
Dimanche 3 avril 1910 - Le Matin
LES VIOLENCES RECOMMENCENT A GRAULHET
.Jules Assalit trente-cinq ans, ouvrier mégissier dissident, a été attaqué cet après-midi par les grévistes et menacé. Il sortit pour se défendre, son tiers point, mais il fut immédiatement entouré et mis dans l'impossibilité de se défendre. Un gréviste lui a donné un coup de couteau à la tempe droite. Quatre des agresseurs ayant été signalés, la police les recherche. M. Malet, père de patrons, âgé de quatre vingt-cinq ans, a été assailli par les grévistes et maltraité assez sérieusement.
Lundi 4 avril 1910 - Le Matin
A Graulhet, quatre grévistes, les frères Lavit, Rouzières et Pointud, auteurs de coups et blessures sur un ouvrier sont arrêtés.
Jeudi 7 avril 1910 - Le Temps
La nuit dernière, des individus ont saccagé trois propriétés appartenant à des patrons et un champ appartenant au président du syndicat indépendant Les dégâts causés par ces actes de malveillance sont assez importants.
Vendredi 8 avril 1910 - Le Matin
Les dégâts causés dans les vignes sont évalués à 6000 F. Les enquêtes continuent sans donner de résultats. Cinquante gendarmes de l'Hérault ont quitté Graulhet à une heure.A deux heures, un patron a convoqué tous ses ouvriers. Ces derniers ont répondu à l'appel. Après une causerie très courtoise le patron a déclaré que son usine sera ouverte demain à tous ceux qui voudront reprendre le travail.
29 avril 1910 : Envoi d'une carte postale d'un gendarme à son épouse certainement, à la Gendarmerie de Nasbinals en Lozère : la voici
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Samedi 24 décembre 1910 - Le Matin
M. Calvignac, secrétaire du syndicat des moutonniers de Graulhet, a été arrêté en vertu d'un jugement de contrainte par corps, à la suite des condamnations qu'il a encourues pour diffamation pendant la dernière grève de la corporation.Une vive agitation se manifeste dans le syndicat, qui est affilié à la C. G. T.